Le tourisme, une alternative à l’exploitation minière au Pérou

L’ONG péruvienne CooperAccion soutient et accompagne les paysans dans leur volonté de faire de leur province une zone libre de toute exploitation minière. Consciente qu’un non catégorique n’est pas une prise de position constructive, la commune, soutenue par CooperAccion, planche sur les secteurs économiques à développer en alternative à l’exploitation minière. Le développement du tourisme fait partie des secteurs d’avenir pour Huancabamba et sa province.

Au nord du Pérou, à l’extrême Est du département de Piura, se trouve Huancabamba, une petite ville de 10.000 habitants, chef-lieu de la province du même nom. Située en plein cœur des Andes, à 2000 mètres d’altitude, Huancabamba est une ville paisible, isolée et entourée de montagnes vertes de prairies et de champs.

Depuis la côte pacifique, l’unique accès à Huancabamba se fait via une étroite, sinueuse et dangereuse route de montagne bordant d’immenses falaises. Bien que la distance jusqu’à la côte ne soit que de 200km, le trajet en bus, principal moyen de transport, dure huit longues heures mais permet aux passagers d’apprécier un paysage d’une rare beauté.

Dans la province de Huancabamba, la principale activité économique est l’agriculture. Chacun, du villageois au bourgmestre, possède des terrains sur lesquels sont plantés du maïs, des pommes de terre ou des céréales. Ces parcelles de culture, bordées de prairies, partent de la base des montagnes et s’étendent jusqu’à leur sommet, offrant un paysage unique.

En famille et à l’aide de taureaux, les paysans sèment puis récoltent plusieurs fois par an. Une partie de la récolte compose les repas de la famille, l’autre sert d’aliment pour le bétail ou est vendue sur le marché local. Grâce à ces récoltes successives et au stockage des aliments, la famille vit en quasi-autarcie. Mais cette vie organisée autour de la nature est menacée.

Une vie autarcique menacée !

En 2003, l’entreprise Rio Blanco Copper S.A. a acquis les droits pour l’implantation d’une gigantesque exploitation minière de près de 6550 hectares, située dans les montagnes surplombant la province de Huancabamba. Pour extraire le cuivre et le molybdène, l’entreprise a opté pour la construction d’une mine à ciel ouvert ce qui entraînera inévitablement la destruction de biotopes composés d’une faune et d’une flore inestimables. Vivant de la terre et des ressources des montagnes, la majorité des paysans de Huancabamba sont farouchement opposés au projet minier.

Depuis l’annonce du projet, des tensions sont nées au sein de la population engendrant parfois de violentes confrontations.

Bien que fortement rejeté par un référendum organisé par les communautés paysannes en septembre 2007, le projet minier a toujours quelques partisans. Dans cette région du Pérou classifiée comme zone d’extrême pauvreté, les familles les plus pauvres sont attirées par les promesses d’emploi de la mine et soutiennent donc son implantation. Dans le camp opposé, les paysans ne veulent pas de la destruction de leurs montagnes et craignent les dommages écologiques que pourrait engendrer la mine.

L’ONG péruvienne CooperAccion soutient et accompagne les paysans dans leur volonté de faire de leur province une zone libre de toute exploitation minière. Consciente qu’un non catégorique n’est pas une prise de position constructive, la commune, soutenue par CooperAccion, planche sur les secteurs économiques à développer en alternative à l’exploitation minière. Le développement du tourisme fait partie des secteurs d’avenir pour Huancabamba et sa province.

Présente dans plusieurs régions du Pérou souffrant d’une exploitation intensive des ressources naturelles, CooperAccion possède un important savoir-faire dans l’accompagnement des communautés locales vivant à proximité d’une exploitation minière. A Huancabamba, CooperAccion opère à trois niveaux. Tout d’abord, l’ONG organise des formations pour le personnel communal visant à améliorer la gestion des affaires courantes de la commune. Elle apporte également son expertise technique lors de l’élaboration de projets, tel que le programme de développement du secteur touristique.

Au niveau de la population, CooperAccion organise une formation de leadership pour les jeunes de Huancabamba et des villages environnants. Ces jeunes sont des acteurs importants pour le développement de leur communauté car ils débordent d’énergie et d’idées de nouveaux projets tels que la construction d’une pisciculture ou la création de chambres d’hôtes. Au terme de la formation, ils ont les connaissances et l’assurance nécessaires pour mener à bien leur projet et sont prêts à épauler la mise sur pied d’autres initiatives.

Enfin, CooperAccion joue le rôle d’observateur et de relais d’information au niveau national. Huancabamba étant une province fort isolée, les événements qui s’y déroulent sont très peu diffusés au niveau national.

Grâce à ses contacts locaux, CooperAccion suit de près l’évolution du conflit social opposant l’entreprise minière à la population et publie un compte rendu de la situation. Lorsque l’entreprise minière communique sur des événements relatifs au conflit, les informations diffusées par CooperAccion permettent d’avoir une autre perspective de la réalité.

L’exploitation minière, trajectoire inévitable ?

Actuellement, le tourisme de Huancabamba est limité et désordonné mais la population a le désir d’aller de l’avant et les possibilités de développement sont réelles. Pour que le non à l’exploitation minière soit viable et constructif, les autorités publiques doivent prendre les mesures nécessaires pour favoriser le développement de secteurs alternatifs tel que le tourisme.

Aujourd’hui encore, et depuis toujours, Péruviens et étrangers se rendent à Huancabamba pour visiter les « curanderos » ou « sorciers » dans le but de se faire soigner ou d’être conseillés dans le choix d’une décision délicate. Chaque mois, ils sont quelque 2500 touristes à se rendre à Huancabamba.

En plus de ce tourisme « santé », la province regorge d’opportunités comme le développement d’un tourisme axé sur la nature ou les treks. Les Huancabambinos, habitants de Huancabamba, ont bien mesuré le potentiel que représente le secteur du tourisme, et les initiatives de développement de structures d’accueil foisonnent ! En quatre ans, l’offre de chambres d’hôtel a doublé.

Un des responsables de cette augmentation de l’offre est José. Ancien agronome à la retraite, il a totalement transformé sa maison pour y créer trente chambres d’hôtel. Il me confie « j’ai un petit terrain sur les hauteurs de la ville. De là, on a une vue splendide sur Huancabamba et ses alentours. J’aimerais y construire des petits bungalows. Ce serait un endroit formidable pour passer ses vacances ! ». D’autres ont choisi de se lancer dans la restauration comme Maria, son mari et leurs deux fils qui ont hypothéqué leur maison pour construire un restaurant dans le centre de la ville. « Cela fait trois mois qu’il est ouvert et il ne désemplit pas » m’annonce fièrement Maria.

« Nous ne comptons pas en rester là. Une fois que le restaurant sera lancé, nous aménagerons des chambres au deuxième étage pour ouvrir le second hôtel-restaurant de la ville »

ajoute-t-elle.

Un peu plus haut dans les montagnes, dans le petit village de Salala, Julia me raconte qu’elle aimerait aménager des chambres d’hôtes pour faire découvrir aux voyageurs son quotidien et le travail des champs qu’elle réalise avec sa famille.

Les initiatives d’accueil ne manquent pas mais un projet doit encore être réalisé pour améliorer le voyage des touristes : la sécurisation de la route reliant la côte à Huancabamba. En effet, la stabilité de cette unique route d’accès à la ville n’est pas garantie et son étroitesse ne permet pas aux véhicules de se croiser aisément.

D’ailleurs, de nombreux touristes ont peur et refusent de s’engager sur cette route. Le projet de rénovation de la route ne dépend pas des Huancabambinos mais des autorités publiques. Il est le maillon faible du développement touristique. Une fois la nouvelle route réalisée, José bâtira ses bungalows et d’autres projets privés, jusqu’ici en suspens, verront le jour.

En réponse aux demandes de la population, la commune commence à organiser et réguler le secteur des transports, de l’horeca et du tourisme. Des formations portant sur l’accueil et la gestion de groupes de touristes sont notamment proposées aux gérants d’hôtels et de restaurants.

Par le référendum de 2007, les Huancabambinos ont exprimé leur volonté de vivre dans une région sans exploitation minière et à présent, avec l’aide des autorités publiques locales, s’investissent énergiquement dans le développement d’alternatives économiques. Á Huancabamba, la mobilisation citoyenne démontre que l’exploitation minière n’est pas la réponse inévitable au besoin de développement économique de la région.

Huancabamba, une réalité lointaine ?

Bien qu’éloignée géographiquement, la situation conflictuelle opposant la population de Huancabamba à l’entreprise minière Rio Blanco Copper S.A. nous concerne. En effet, cette entreprise, comme d’autres multinationales responsables de mines au Pérou, est financée par des capitaux venant de banques européennes et de nos fonds de pension, c’est-à-dire notre épargne.

Á titre d’exemple, on peut citer le fonds national des pensions de Suède qui a investi quelque 52 millions d’euros dans l’entreprise Newmont, propriétaire de la mine d’or Yanacocha.

Située au centre du Pérou, Yanacocha a causé à plusieurs reprises de graves dégâts environnementaux et est le centre d’un important conflit social. S’intéresser à l’utilisation qui est faite de notre argent est un petit geste mais qui a de grands impacts. Les fonds d’investissements socialement responsables sont une option alternative garantissant le respect de certains critères environnementaux et sociaux.

S’intéresser à la situation de Huancabamba et être le relais de cette information, c’est non seulement marquer son soutien pour la situation mais c’est également agir pour un changement. En effet, en accordant notre intérêt aux conférences et articles de presse traitant de ce conflit social, nous le rendons plus important et augmentons les forces de pression des organisations œuvrant pour un changement.

Nicolas Fichers

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