Under the weight of Greek debts, coal

2018_image_analyse_grece_gg.jpg

Despite the recent closure of Greece's third economic "bailout", the country still faces immense challenges. Entangled in its financial calculations, the government clearly seems to be relegating the energy transition to second place. The third largest producer of coal in Europe, Greece nevertheless illustrates the difficulty of European countries in getting rid of this source of energy belonging to the past and weighing heavily on the future.2018_image_analyse_grece_gg.jpg Report from Justice and Peace following a mission to Greece organized by the French collective ISF Systext.

In Anargyri, a small village in northern Greece, Andreas [1]The first name used is an assumed first name. crosses a flowery mound of earth supposed to block the road. After discussion with the guard blocking the way, he motioned for us to follow him. We follow suit and soon discover an apocalyptic setting. Fractured road, cracked houses, and barely 100 meters further, emptiness. We overlook the huge Amynteo open-cast mine where a major landslide took place in June 2017. Around 80 million cubic meters of earth fell into the hole, taking with them several machines and covering 25 million tonnes lignite [2]Lignite is a low-rank coal composed of 50 to 60% carbon., for a total of 500 million euros in financial losses. Below, dozens of tiny trucks continue to operate, having resumed their activities, next to the wrecked machines. Un monopole historiquePublic Power Corporation (PPC) est l’entreprise publique qui exploite le lignite en Macédoine Occidentale, au Nord de la Grèce. Elle est détenue à 51% par l’État et possède 70% de la puissance installée [3]Installed power means the theoretical maximum electricity production capacity of the entire fleet of power plants of a given type, or in a given country. grecque. La part de la production électrique du pays à base de lignite est de 45% et 86% de l’électricité de PPC issue de ce combustible provient des 19 centrales du bassin minier de Macédoine Occidentale. L’entreprise y emploie 5000 travailleurs dont 3000 via des sous-traitants. Le lignite est la seule source d’énergie que possède la Grèce qui pour le reste est dépendante de l’étranger. Le lignite est exploité principalement dans des mines à ciel ouvert pour générer de l’électricité. L’extraction suppose de retirer la couche supérieure de la terre puis, à l’aide d’explosifs et de machines aux dimensions colossales, de creuser de plus en plus profondément jusqu’à atteindre la roche la plus noire possible, le lignite. La Grèce en est le 3ème producteur au niveau européen, après l’Allemagne et la Pologne.« Le lignite est cher et sale et notre lignite grec n’est pas de bonne qualité » nous dit Lazaros Tsikritzis, conseiller à la mairie de Kozani, chef-lieu de Macédoine Occidentale. Les centrales thermiques dans lesquelles le lignite broyé est brûlé [4]The process involves burning ground lignite into dust at 1400 degrees so that it can heat water which will turn into steam at high pressure and cause the... Continue reading rejettent différents polluants : du CO2 (1/3 du CO2 émis en Grèce provient de l’exploitation du lignite) mais aussi du dioxyde de souffre, de l’oxyde d’azote et des particules fines. « Notre industrie est l’une des 5 industries les plus polluantes d’Europe. Elle équivaut aux émissions de 6 millions de voitures chaque jour » constate Lazaros. Pendant près de 20 ans, PPC a excédé les taux de particules fines autorisés par l’Union européenne. Un effort a été consenti en 1997 mais cela reste insuffisant pour se conformer aux normes européennes. À côté des améliorations techniques apportées, la diminution de la pollution de l’air s’explique aussi par la crise économique que subit la Grèce depuis 2008 qui a entraîné une diminution de la consommation des ménages. De plus, les nouvelles directives et législations européennes en matière de lutte contre le réchauffement climatique, tout comme les compensations carbones, rendent l’exploitation du lignite moins rentable.Le pic de production a été atteint en 2004 et la production a déjà chuté de moitié entre 2009 et 2016. Or, 46% des emplois directs de la région dépendent de PPC. « Nous devons amorcer la transition et la réhabilitation des zones exploitées. Nous avons déjà perdu beaucoup de temps, sans compter les impacts que nous supportons » explique Lazaros. Si rien ne change, ces différents ingrédients laissent présager une catastrophe industrielle (et écologique) en Macédoine Occidentale. Un bilan mitigéNon loin d’Anargyri, nous découvrons le village de Valtonera. Nous y rencontrons des habitants qui nous montrent les dégâts causés par la mine située à environ 2 km de là. Fissures dans les murs des maisons, effondrements de terrain, sols cabossés, les villageois sont mécontents : « sur 200 habitants, 50 à 60 ont quitté le village en 2017 » nous dit Piero [5]This first name is an assumed first name.. Quelques familles ont reçu de l’argent d’un fonds de compensation mais elles sont peu nombreuses. Ce qui est sûr, c’est que l’entreprise refuse de porter la responsabilité de ces dommages irréversibles. Pourtant, il est fort probable que les actions de l’entreprise expliquent ces phénomènes : tout d’abord, les vibrations provoquées par les explosions quotidiennes à 2 km du village; ensuite, le pompage de l’eau souterraine qui crée des dépressions et déstabilise les sols. Malgré les risques d’effondrement, les villageois ne veulent pas quitter leur maison et attendent une prise en charge de l’État. Ces deux villages ne se trouvant pas dans la concession minière de PPC, ils ne peuvent bénéficier d’une relocalisation contrairement à 8 autres villages déjà relocalisés par l’entreprise. « Ceux qui ont du charbon sous leur maison sont relocalisés mais ceux qui souffrent seulement des impacts non », explique Lazaros.L’impact sur l’eau représente un autre point de tension entre l’entreprise, la population et les autorités politiques locales. L’entreprise a en effet besoin de grandes quantités d’eau (5000 m3/h) pour produire la vapeur qui va actionner la turbine des centrales, dont la rotation est transformée en énergie électrique, ainsi que pour ensuite refroidir cette vapeur. À côté de cet usage, « PPC détruit les nappes phréatiques pour accéder au charbon et elle ne reconnaît pas la responsabilité de ce dommage » nous dit Lazaros Tsikritzis. Ce différend a conduit la mairie de Kozani à poursuivre PPC en justice en 2016 pour destruction des réserves d’eau potable, entre autres [6]The other main reason for the lawsuit was that the new “Ptolemaida V” plant operational in 2020/2021 will not use the most advanced depollution technologies and will not… Continue reading. Toxic substances as well as fly ash [7]Fly ash is the toxic residue from coal combustion. avaient été retrouvées dans l’eau. « Nous avons perdu le procès. La Cour de justice nous a dit que ce n’était pas son problème » poursuit Lazaros.Pour faire fonctionner les centrales thermiques, PPC pompe 72 millions de m³ annuellement dans le fleuve Aliakmon, le plus long fleuve grec. En comparaison, 43 millions de m3 sont consommés par les 300 000 habitants de Macédoine Occidentale. Il arrive aussi que PPC détourne des rivières afin d’exploiter le sol en-dessous de celles-ci. Manque de cohérence de l’EuropeLa dépendance au charbon n’est pas propre à la Grèce. Le charbon représentait en 2016 la deuxième source d’énergie mondiale après le pétrole. Au niveau de la production d’électricité, le charbon reste en première position. Dans les deux cas, il est la source d’énergie la plus polluante. Et la demande énergétique mondiale continue de croître de façon corollaire à l’augmentation de la population mondiale et du revenu par habitant. Selon les projections de l’EIA [8]International Energy Agency., les énergies fossiles pourraient encore représenter 80% du mix énergétique mondial en 2040. Dans cette perspective, les émissions en CO2 augmenteraient de 34% par rapport à 2012 alors que la limitation du réchauffement de la planète à 2° impose, selon le GIEC, de réduire les émissions de l’ensemble des gaz à effet de serre de 40 à 70% d’ici à 2050.Pour maintenir le réchauffement de notre planète à +2°, l’Union européenne s’est fixé pour objectif de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 80 à 95% d’ici à 2050 par rapport aux niveaux de 1990. L’UE a repoussé à 2030 le cadre qu’elle avait initialement fixé pour 2020 autour de différents objectifs : efficacité énergétique, augmentation de la part des énergies renouvelables, diminution des émissions de GES. Une (trop) lente transition vers une économie sobre en carbone s’est mise en marche.La diminution de la dépendance au charbon fait partie de cette stratégie. En 2016, l’Union européenne a lancé son paquet « une énergie propre pour tous les européens » qui s’intègre à la stratégie de l’union pour l’énergie. Dans le cadre de ce paquet, la Commission européenne a créé en novembre 2017 une plateforme pour les régions charbonnières en transition. Un projet pilote a été lancé en Macédoine Occidentale dans ce cadre-là [9]This involves, among other things, soil restoration through experimentation with orchard plantations.. L’UE s’engage également à supprimer les subventions aux combustibles fossiles, dont le charbon. Malheureusement, sous la pression de la Grèce notamment, le Conseil européen a accepté de prolonger les subventions aux usines de charbon existantes jusqu’à 2035. Tous les États membres sont également chargés de créer des plans nationaux sur l’énergie et le climat. Une première version de ces plans devait être remise en décembre 2017. Celui de la Grèce était peu développé.À côté de ces objectifs, l’Union européenne révèle une attitude incohérente face à la Grèce. Dans leur troisième programme d’ajustement économique (2015), les institutions européennes imposent à la Grèce de vendre 40% des actions de PPC à des investisseurs étrangers, prétextant que l’engagement d’autres entreprises augmenterait la compétitivité du marché de l’énergie qui pourrait à termes mener à des prix plus avantageux pour les consommateurs. « Avec ces nouveaux investissements étrangers, le modèle électrique basé sur le lignite va se prolonger et cela va retarder la transition vers un modèle énergétique plus soutenable » déplore Lazaros. Parallèlement, la construction absurde d’une nouvelle méga-centrale de lignite « Ptolemaida V [10]The latter would be operational in 2020/2021. » supported by PPC and the Greek government confirms the determination to continue down a dead end path. Vers la transition ?« Le lignite a une fin et cette fin est proche ! » clame Lazaros. En Macédoine Occidentale, 45% du PIB vient de la production de PPC ainsi que 46% des emplois directs. Sachant que la production de lignite va continuer de décroître, il est impératif de penser à l’après-lignite. Comment faire le saut vers une économie bas carbone ? C’est la question qui taraude les autorités locales de Kozani. Ils réfléchissent aux ingrédients nécessaires pour restaurer les sites lunaires des mines fermées. Et aux mécanismes qui, à leur échelle, permettraient de reprendre la main sur leur destin. Mais la tutelle de l’Union européenne empêche une totale liberté d’action et le manque de soutien de l’État grec est évident.WWF Grèce s’intéresse à ce bassin minier depuis plusieurs années et a publié une feuille de route détaillée sur les mesures à mettre en place pour un futur soutenable. Ce « Green Plan » réorienterait les activités économiques de la région vers l’agriculture et permettrait de créer 5500 emplois. Une alternative est donc possible. Selon la mairie de Kozani, des conditions sont nécessaires à ce changement : relocalisation de deux villages, récupération des terres des ex-mines de PPC, reconversion professionnelle et fonds financiers.Plus qu’une problématique liée uniquement à la Grèce, la sortie du charbon se présente comme un enjeu majeur de notre époque. L’Union européenne se doit d’adopter une politique cohérente à cet égard afin d’enclencher véritablement une transition énergétique et faire face aux impératifs du réchauffement climatique. La pression des citoyens peut/doit rappeler à nos décideurs leurs engagements et l’importance de la solidarité dans l’UE qui aujourd’hui fait trop souvent défaut. Geraldine Duquenne

Attachments

Notes

Notes
↑1The first name used is an assumed first name.
↑2Lignite is a low-rank coal composed of 50 to 60% carbon.
↑3Installed power means the theoretical maximum electricity production capacity of the entire fleet of power plants of a given type, or in a given country.
↑4The process consists of burning the crushed lignite in the form of dust at 1400 degrees so that it can heat the water which will transform into steam at high pressure and drive the turbine whose rotation will be transformed into electrical energy.
↑5This first name is an assumed first name.
↑6The other main reason for the lawsuit was that the new “Ptolemaida V” plant operational in 2020/2021 will not use the most advanced depollution technologies and therefore does not respect the Greek National Transition Plan.
↑7Fly ash is the toxic residue from coal combustion.
↑8International Energy Agency.
↑9This involves, among other things, soil restoration through experimentation with orchard plantations.
↑10The latter would be operational in 2020/2021.
Facebook
Twitter
LinkedIn
Print
E-mail

In the news

Stay informed

Subscribe to our online newsletter and receive complete monthly information.

Get involved with us!

Our queer news in your inbox?

Complete this form to be kept up to date with our educational news (training, educational tools, etc.)

Firstname name
Je souhaite m'inscrire à la newsletter "Pédagogie" de Justice & Paix