Anti-globalization and Zapatismo: two sources of inspiration for new citizen struggles

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What examples of progressive struggles can still nourish the imagination? Let us try to identify the specificity of two sources of inspiration: the alter-globalization and universal path on the one hand; the Zapatista and local way on the other hand.

analysis_l_altermondialisme_et_le_zapatitisme_710x280_credits_manuel_lombard.jpg Various movements opposing transatlantic trade agreements punctuated the year 2016 with actions, sometimes spectacular, bringing together people from all sides. Through the latest study 2016 de la Commission Justice et Paix, nous avions montré que des agriculteurs, des étudiants, des patrons de PME, des ONG ou des organisations syndicales, entre autres, se sont dressés face aux dangers que font peser le TTIP et le CETA sur la démocratie, les droits sociaux, l’environnement et l’économie locale.A l’heure où le parlement européen vient d’approuver le CETA, le 13 février dernier, quelle suite donner à ce mouvement qui a pu fédérer à travers des grandes coalitions et une grande créativité ? Nous sommes convaincus que de ce terreau d’expériences partagées doit pouvoir germer une lutte pour un ou plusieurs projets de société alternatifs aux politiques néolibérales. Il importe d’associer à un discours de contestation contre ces traités, l’affirmation ou la réalisation de projets positifs. Si plus grand monde ne croit en l’illusion d’un grand soir révolutionnaire qui ferait basculer le monde, quelles perspectives progressistes et réalistes peuvent encore nourrir notre imaginaire et nous guider ? A la lumière de ce que nous apprennent des exemples de luttes contemporaines de ces 25 dernières années, deux sources d’inspiration aux approches différentes s’offrent aux citoyens : la voie altermondialiste, universelle et centripète d’une part ; la voie zapatiste, locale et centrifuge d’autre part. Tentons de cerner la spécificité de ces approches. La force centripèteLe mouvement altermondialiste né dans les années 90 vise une mise sous pression des responsables politiques à l’échelle nationale et internationale pour une autre mondialisation à travers la mise en place d’un cadre politique qui contraint les acteurs privés tels que les sociétés transnationales à respecter des normes sociales, sanitaires et environnementales. Cette piste d’action a pu se traduire par le passé par de grandes manifestations, des blocages de sommets politiques internationaux ou bien la mise en place de grands forums mondiaux. Il s’agit d’un mouvement rassembleur des forces de résistance qui calque souvent l’organisation de ses actions sur les agendas politiques nationaux et internationaux.Si l’on suit cette voie, pourquoi ne pas imaginer, dans le cadre de la lutte contre les accords commerciaux de nouvelle génération, tels que le TTIP et le CETA, une large convergence des luttes en faveur d’an international treaty binding which would oversee all bilateral treaties in force and which would oblige transnational companies to respect human rights and the environment? The Namur Declaration launched by Walloon Minister-President Paul Magnette on December 5, 2016 goes in this direction [1]The Namur Declaration launched at the initiative of Paul Magnette, President of the Walloon Parliament, was signed in 2016 by renowned intellectuals such as the philosophers Philippe Van Parijs, … Continue reading. These upward action initiatives are essential because political power is the only one that can give a global orientation to a societal project. However, the running out of steam that threatens human rights organizations and the alter-globalization movement, as well as the episodic nature of actions, due to lack of time and resources, invite us to also consider another avenue. La force centrifugeL’autre voie, centrifuge, part du bas et de l’échelon local. Elle consiste à emprunter le sillage tracé par le Zapatisme depuis quelques années en s’inspirant de la mutation progressive de ce mouvement. Pour rappel, les Zapatistes sont apparus au grand jour le premier janvier 1994 en se soulevant contre le gouvernement mexicain qui venait de signer l’ALENA, accord de libre-échange de nouvelle génération entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique dont le bilan s’est avéré désastreux. A travers cette rébellion, le mouvement indigène originaire du Chiapas, région au Sud-Est du Mexique, entendait lutter contre l’oppression et l’exploitation néolibérale en réclamant davantage de justice, de démocratie et de liberté.Après avoir tenté pendant des années d’investir la politique nationale mexicaine sans succès à travers notamment la lutte armée ou les urnes, ce mouvement a réorienté son action en consacrant son énergie à sa zone d’influence, le Chiapas, à travers la constitution de formes d’organisations sociales autonomes et autogérées à l’écart du Gouvernement central. Ces innovations politiques élaborées sur base de hautes exigences démocratiques, sociales, écologiques et culturelles ont conduit de nombreuses personnes en quête d’un projet de transformation sociale à s’inspirer de ce mouvement. L’historien français Jérôme Baschet a ainsi déclaré qu’il s’agissait d’ « une des utopies concrètes les plus remarquables que l’on pouvait observer à l’échelle planétaire [2]Jérôme Baschet, Farewell to capitalism. Autonomy, society of good living and multiplicity of worlds, Paris, La Découverte, 2014.».Pour les Zapatistes, l’émancipation de toutes les formes d’oppression passe donc par l’autonomie. Concrètement, la zone d’influence zapatiste est constituée d’un territoire fragmenté, grand comme plus ou moins la Belgique qui se divise en trois régions, en municipalités et en communautés locales dans lesquelles les délégués politiques sont soumis à un système de rotation et de révocabilité qui vise à empêcher les effets de captation du pouvoir. Par ailleurs, de nombreux projets de loi sont soumis à des assemblées citoyennes avec des modes de décision horizontaux. C’est ce système qui assure une autonomie éducative, une autonomie sanitaire, et, dans la mesure du possible, une autonomie économique par rapport aux grandes puissances économiques.Zapatismo, an open movement!It is common to assert that autonomy is necessarily synonymous with withdrawal, exclusion or total abandonment of a universal perspective. The Zapatista experience shows us the opposite. Indeed, while remaining away from the Mexican central government, the Zapatistas maintain relations with the whole world. The “escuelita”, a small training school, welcomes hundreds of people from the four corners of the globe each year. Furthermore, the Zapatistas are opposed to any form of identity and community domination. “We want to be equal and different” is one of the mottos which, far from presenting itself as a uniform and fixed movement, claims belonging to plural identities by conceiving their territory as a space of openness. According to Bernard Duterme, sociologist and director of CETRI, the Zapatistas bring together multiple affiliations, calling themselves “peasants, Mayans, Chapianeks, but also Mexicans and Citizens of the world.” [3]Bernard Duterme, The Zapatistas, a lasting rebellion, conference at ULB, January 28, 2016. ". Vivre l’utopieMais en quoi, l’exemple zapatiste peut-il inspirer d’autres mouvements sociaux comme la lutte contre le TTIP en Belgique ? Les projets autonomes et autogérés permettent à un mouvement de lutte de s’enraciner dans des pratiques collectives et alternatives menées au quotidien par un tissu de personnes qui agissent ensemble pour les valeurs auxquelles elles croient. Les alternatives dépassent le stade des mots et des intentions pour s’incarner dans le monde réel, dans un lieu investi, des relations qui se nouent et dans des projets qui se réalisent. L’utopie réaliste, par opposition à un idéalisme abstrait se matérialise et se donne à voir dans les projets réalisés. Les expérimentations locales de projets alternatifs, en relevant d’ « un agir commun » sont même des conditions préalables essentielles à tout mouvement de lutte qui se donne pour objectif d’imprégner le monde de façon durable… Sans cela, les idéaux risqueraient bien de demeurer des vœux pieux qui ne dépassent pas le stade de la parole.Zapatistas in Belgium?Le zapatisme n’est pas un mouvement exportable tel quel. La géographie ainsi que l’histoire culturelle et sociale des communautés qui vivent au Chiapas confèrent au mouvement un caractère unique. Par ailleurs, l’ampleur de cette résistance pratique aux politiques néolibérales n’a pas de correspondant en Europe. Toutefois, ce mouvement rayonne bien au-delà de ses frontières. En Belgique, des groupes de militants visibles lors des actions menées contre le TTIP et le CETA assument leur inspiration en évoquant le mouvement mexicain. C’est le cas de l’EZLN qui y fait référence par son nom, et d’autres groupes d’action qui mettent en place un mode d’organisation strictement horizontal, conformément aux exigences démocratiques du zapatisme. Le réseau ADES, groupe de jeunes très impliqués dans la lutte contre le TTIP, se définit, à l’instar du mouvement mexicain, comme une couveuse de projets alternatifs de façon à ancrer les idéaux dans des pratiques alternatives. La BEESCOOP, supermarché coopératif, illustre cette dynamique. Il est certain que ce va-et-vient entre expérimentations locales et luttes globales a assurément favorisé la créativité et l’émulation observées dans le cadre de la dynamique TTIP Game Over.C’est pourquoi on ne peut penser la lutte de façon indépendante des projets alternatifs de terrain entrepris à l’échelle locale. Ils constituent les sources d’inspiration les plus solides, car réelles, qui permettent de renforcer l’adhésion des citoyens qui portent ces luttes et de convaincre ceux qui seraient sceptiques ou craintifs par la perspective d’un changement radical de paradigme politique. Les projets alternatifs donnent également de l’espoir et de l’énergie en montrant que des changements, à échelle locale et de façon progressive, sont possibles. Le pouvoir performatif des idées, aussi bonnes soient-elles, est limité par rapport à ce qui se donne à être expérimenté et vécu.Pour conclure, dans une perspective de lutte, les modes d’action évoqués entrent d’une certaine manière en tension, par le simple fait, entre autres, qu’il est difficile de porter une action à tous les niveaux en même temps. Toutefois, il importe de considérer l’enrichissement que ces deux perspectives s’apportent mutuellement ; les expériences locales autonomes comme sources d’inspiration et d’espérance, la pression constante de la société civile sur les institutions politiques nationales et internationales comme conditions de possibilité de ces utopies réalistes.Other movements in Latin AmericaIn addition to Zapatismo, other movements in South America demonstrate that neoliberalism is not the insurmountable horizon of our time, by drawing new lines. THE Piqueteros in Argentina or the Movement landless peasants in Brazil are also renewing the political left, whether through their methods of organization, their ways of leading struggles or their defense speeches in favor of the environment and autonomy. Valery WitselBibliographic sources
  • Jérôme Baschet, Farewell to capitalism. Autonomy, society of good living and multiplicity of worlds, Paris, La Découverte, 2014.
  • Theotonio Dos Santos, Latin American social movements: from resistance to offensive?, in Left Movements and Powers in Latin America, Study Alternatives Sud, Éditions Syllepse, 2005.
  • Hernán Ouviña, The new political radicalities in Latin America: Zapatistas, piqueteros and landless people, in Left Movements and Powers in Latin America, Study Alternatives Sud, Éditions Syllepse, 2005.
  • Collective work, Men of corn, hearts of embers. Indian cultures in rebellion in Mexico, Montreuil, L'insomniaque, 2002.
  • Valéry Witsel, The new citizen struggles. Put into perspective through the TTIP, Study by the Justice and Peace Commission, 2016.

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Notes

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↑1The Namur Declaration launched at the initiative of Paul Magnette, President of the Walloon Parliament, was signed in 2016 by renowned intellectuals such as the philosophers Philippe Van Parijs, Thomas Piketty and Philippe Maystadt.
↑2Jérôme Baschet, Farewell to capitalism. Autonomy, society of good living and multiplicity of worlds, Paris, La Découverte, 2014.
↑3Bernard Duterme, The Zapatistas, a lasting rebellion, conference at ULB, January 28, 2016.
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