Cercles de dons

Les initiatives citoyennes de lutte contre la précarité fleurissent autour de nous. La Commission Justice et Paix de Liège souhaite les faire connaître. Aussi, l’un de ses membres, André, vous invite à découvrir un moyen de retisser du lien qu’il a expérimenté lui-même : les Cercles de Dons. À contre-courant de l’individualisme, l’objectif des « Cercles de Dons » est de trouver des solutions aux problèmes de notre société.

Les Cercles de Dons pour reconstruire la communauté

Dans le contexte des Initiatives de Transition (voir encadré), de nouveaux projets citoyens allient solidarité et fraternité. Dans les années 2000, un entrepreneur social californien, Alpha Lo, et quelques-uns de ses amis ont eu l’idée et l’envie d’expérimenter un nouveau concept, qu’ils ont baptisé en anglais « Gift Circles » et que nous traduisons par « Cercles de Dons ».

Je connaissais déjà quelque peu le philosophe américain Charles Eisenstein, qui a notamment écrit « Sacred Economics », « L’économie sacrée ». C’est dans un article publié par lui sur Internet que j’ai découvert le concept des « Cercles de Dons ».

Dans ce texte, Charles Eisenstein raconte qu’il a demandé aux gens qu’il rencontrait un peu partout de lui dire ce qui leur manquait le plus dans leur vie. Ils répondaient le plus souvent, s’ils n’étaient pas appauvris ou malades : « la communauté ». En ce qui concerne l’évolution des communautés et les causes de leur disparition, le philosophe pense qu’il y a de nombreuses raisons : l’aménagement des banlieues pavillonnaires, la disparition des espaces publics, la voiture et la télévision, l’importante mobilité des personnes et des emplois et, finalement, le système monétaire.

Eisenstein indique que les communautés sont presque impossibles dans une société largement monétisée comme la nôtre, parce que ce qui tisse les communautés, ce sont les dons : cela explique en dernière analyse pourquoi les personnes pauvres ont souvent des communautés plus fortes que les personnes riches. Car si on est financièrement indépendant, on ne dépend en rien de ses voisins, ou même de quelque personne spécifique que ce soit ; on peut simplement payer quelqu’un pour faire ce qui est à faire, ou bien payer quelqu’un d’autre pour le faire.

Autrefois, ajoute-t-il, pour toutes les choses nécessaires et moins nécessaires, les gens dépendaient de personnes qu’ils connaissaient personnellement. Si on perdait le forgeron du coin, le brasseur local ou le médecin, il n’y avait personne pour le remplacer. Et la qualité de vie en devenait nettement moins bonne. Si on perdait ses voisins, on pouvait se retrouver sans aide alors qu’on venait de se fouler la cheville en pleine récolte ou que la grange venait de brûler. La communauté n’était pas accessoire à la vie, c’était une manière de vivre.
Ainsi, le philosophe poursuit : “Étant donné le caractère circulaire du flux des dons, j’ai été enthousiaste d’apprendre que l’invention sociale la plus prometteuse pour construire une communauté que j’ai pu croiser s’appelle le ‘Cercle de Dons’.”

Comment les Cercles de Dons fonctionnent-ils ? Alpha Lo propose le mode d’emploi suivant :
- pour commencer, l’accueil de personnes qui participent à la rencontre
- ensuite, un premier tour où chacun exprime un besoin, un désir
- un deuxième tour où celui qui le désire apporte un don, sous la forme d’un objet ou d’un service
- un troisième tour où celui qui le désire exprime sa gratitude, de la façon dont il le souhaite
- et finalement, une mise au point sur la vie du Cercle et son suivi éventuel.
Tout y est gratuit et l’argent n’intervient pas.

Depuis quelques années, un peu partout dans le monde, toute une série de citoyens ont décidé de se lancer dans des nouvelles initiatives de solidarité, comme - par exemple - le mouvement des Initiatives de Transition, qui a débuté en 2006, en Angleterre, à Totnes, une petite ville située dans une région économiquement sinistrée.

De quoi s’occupe la Transition ? Elle a pour but d’impliquer une communauté dans le processus qui consiste à passer de la dépendance au pétrole à la résilience locale, c’est-à-dire à la capacité à supporter les crises écologiques et économiques.
Petit à petit, la Transition a intéressé un nombre toujours grandissant de villes dans le monde et notamment dans notre pays : Ath, Amay, Liège, etc. Récemment, en 2014, des citoyens de la ville de Seraing ont également senti l’envie de démarrer un processus transitionnaire.

Un autre mouvement s’est aussi développé en Angleterre, en 2008, à Todmorden, une autre petite ville défavorisée : celui des Incroyables Comestibles.
Ce sont des expériences communautaires qui consistent à mettre à la disposition des habitants des légumes gratuits dans des bacs ou dans de petits potagers publics. Cette démarche a également essaimé dans le monde entier et notamment dans notre pays, que ce soit à Liège, à Namur, ou à Flémalle, etc.

Les Cercles de dons s’apparentent à ces deux démarches.

Implication personnelle

J’ai rapidement été attiré par le concept des Cercles de Dons ; il est vrai que j’appréciais déjà la pensée de Charles Eisenstein auparavant.

Comme je m’étais récemment lancé dans des projets locaux, comme une Donnerie, une Servicerie etc., j’ai été séduit par l’aspect fraternel, solidaire du concept.
En effet, j’ai créé une Donnerie gratuite en ligne sur Internet, destinée aux personnes habitant à Flémalle, à Grâce-Hollogne et à Seraing ; et celui qui le désire peut donner un objet ou en demander un. En même temps, j’ai aussi mis sur pied une Servicerie gratuite en ligne sur Internet, toujours destinée aux personnes de ma région ; et celui qui le désire peut demander un petit service ou en proposer un.

Précédemment, à Grâce-Hollogne, j’avais participé à la création d’un R.E.S., un réseau d’échange de savoirs, et d’un potager collectif, deux initiatives qui ont associé des citoyens à des institutions publiques et privées. J’ai aussi expérimenté plusieurs S.E.L., des systèmes d’échanges locaux, mais j’ai préféré me tourner vers les initiatives liées à l’économie du don, philosophie que je ne trouvais pas suffisamment dans les S.E.L.

Ainsi, en lisant l’article de Charles Eisenstein consacré aux Cercles de Dons, j’ai été charmé par ce concept, car j’y reconnaissais les fondements de l’économie du don, avec une dimension spirituelle en plus. Par la suite, j’en ai parlé à la Commission Justice & Paix du diocèse de Liège : tout le monde a aussi trouvé l’idée très intéressante, car elle permet de proposer une alternative à notre société de consommation.

En septembre dernier, j’ai proposé à des personnes que je connaissais de créer un premier Cercle de Dons, à mon domicile, à Jemeppe-sur-Meuse (Seraing).

Nous nous sommes rencontrés et nous avons suivi le mode d’emploi d’Alpha Lo, décrit ci-dessus. Et voici quelques exemples de dons de ce premier Cercle de Dons : après une scolarité délicate, Alain avait besoin d’aide pour s’inscrire dans un enseignement de promotion sociale et Jean lui a tout de suite proposé de l’accompagner dans ses démarches ; Annie a offert un livre à Jean ; Charles avait besoin d’installer une échelle murale chez lui et Annie lui a conseillé de mettre une annonce sur la Servicerie en ligne sur Internet, lancée récemment dans la région, etc. Cette rencontre s’est très bien déroulée ; l’ambiance y était cordiale et généreuse.

Conclusion

Je découvre au travers des Cercles de dons et au travers d’autres projets locaux qu’il est possible de retisser des liens solidaires entre les citoyens et donc de créer des communautés plus soudées grâce au partage, ce qui rejoint les idées du sociologue français Marcel Mauss, qui est notamment connu pour son ouvrage intitulé « Essai sur le don ».

Il me semble que, dans les circonstances actuelles, nous avons intérêt à nous serrer les coudes pour dépasser les difficultés, actuelles et futures, et à recréer des espaces de solidarité comme les Cercles de Dons, que vous aussi pouvez organiser chez vous ou chez des voisins.

Le triple avantage des ’Cercles de Dons’ est donc de recréer des communautés, de recréer de la solidarité, fraternité et d’offrir des solutions gratuites en matières d’objets et de services.

André Frisaye
Volontaire à la Commission régionale Justice et Paix de Liège

POUR EN SAVOIR PLUS
Site consacré aux Cercles de Dons : http://cerclesdedons.jimdo.com
Sur les Initiatives de Transition : http://villesentransition.net
Pour les Incroyables Comestibles : www.incredible-edible.info
En ce qui concerne Alpha Lo : http://www.shareable.net/users/alpha (en anglais)
Charles Eisenstein a écrit « L’économie sacrée », que l’on peut lire gratuitement sur son site : http://sacred-economics.com/read-online/sacred-economics-fr/
Vous pouvez consulter ici son article relatif aux Cercles de dons :
http://laboutiquesansargent.org/cercle-de-dons-charles-eisenstein/
Le site de l’ASBL Réseau des Consommateurs Responsables (RCR) fournit, quant à lui, des renseignements sur les Donneries, les Serviceries, les R.E.S. et les S.E.L. : www.asblrcr.be
Informations sur l’Économie du don : http://economiedudon.jimdo.com
Marcel Mauss, « Essai sur le don » : http://fr.wikipedia.org/wiki/Essai_sur_le_don
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