Kasaï: a symptomatic crisis of Congolese ills?

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The crisis that has been affecting the Greater Kasai region for more than a year has had dramatic consequences on the populations: more than 1.5 million people have been displaced and 35,000 people have taken refuge in neighboring Angola. This crisis, although it is rooted in specific local tensions, seems to catalyze several dynamics which are affecting the country as a whole today. kasai.png

IntroductionAu Kasaï, ce sont plus d’1,5 million de personnes qui ont dû fuir la violence en se cachant dans la brousse et plus de 35 000 autres qui sont allées trouver refuge en Angola voisin. Ces importants mouvements de population sont le fruit d’une crise qui sévit dans la région depuis août 2016.La Belgique, l’Union Européenne et l’ensemble de la communauté internationale peuvent jouer un rôle face à cette situation dramatique qui affecte des millions de congolais.La RD Congo est sujette à de nombreux maux, et c’est le plus souvent vers l’Est que se tourne notre regard lorsque l’on parle de conflit. Pourtant la crise des Kasaï mérite également toute l’attention des observateurs internationaux du fait de sa gravité et des conséquences dramatiques qu’elle a eues et fait encore peser sur les populations.Bien qu’ancrée sur des divergences et des tensions locales spécifiques, la crise des Kasaï se révèle emblématique de contradictions qui traversent aujourd’hui la RD Congo dans son ensemble. Elle semble en effet catalyser plusieurs dynamiques qui traversent le pays et il est dès lors intéressant de « lire » le conflit spécifique du Kasaï au travers d’autres thématiques plus globales et transversales. À la déliquescence générale de l’État congolais qui n’assume plus ses pouvoirs régaliens, s’ajoute une crise politique majeure due au blocage du processus électoral depuis 2016. Le pays connaît également un contexte généralisé de pauvreté et de mécontentement de la population dont les droits fondamentaux ne sont toujours pas garantis, ce qui pose la question de la gouvernance des ressources naturelles dont regorge le pays, et de la redistribution des richesses issues de celles-ci.En parallèle, la crise du Kasaï est traversée par des dynamiques dichotomiques plus spécifiques qui, elles aussi, se retrouvent dans d’autres régions du pays en conflit. Nous proposons au fil de cette analyse de revenir, au travers de l’exemple du Kasaï, sur trois oppositions: « autorité coutumière vs nationale », « urgence vs développement » et enfin « interventionnisme étranger vs immobilisme national». Bien qu’elles puissent de prime abord sembler antagonistes, ces dynamiques s’avèrent souvent complémentaires. On observe que les réponses apportées au conflit, sont souvent le fruit de la conjugaison des efforts de plusieurs acteurs, dont l’action pallie celles de l’État congolais qui, n’étant pas en mesure d’apporter des solutions, est souvent « épaulé » par ces derniers. Comprendre (les origines de) la crise du Kasaï : entre autorité coutumière et nationaleLa mort de Jean Prince Mpandi, dans l’assaut de son village par les forces de sécurité nationales le 12 août 2016, marque le début d’une crise dévastatrice et sans précédent dans la région du Grand Kasaï. Pour comprendre la résonance qu’a eu la mort de ce chef coutumier Kamuina Nsapu (du nom d’un village et d’une lignée royale), il est essentiel de revenir sur l’importance de la tradition coutumière dans cette région.Le secteur de Dibataie, composé d’un groupement de villages à 70 kilomètres au sud-est de Kanaga, fief du chef Kamuina Nsapu, est « l’un des espaces coutumiers les plus homogeneous » il est composé d’une ethnie (les Bajila Kasanga), d’une langue (le thsiluba), et s’organise autour d’un chef unique.Face aux manquements des autorités nationales dans cette région enclavée, où les voies de communication manquent grandement, les chefferies coutumières occupent une place essentielle dans l’organisation des communautés, au même titre que l’Église. Aussi, the law relating to the status of customary leaders, promulguée par l’État central en août 2015, est vue d’un mauvais œil dans la région. Cette loi prévoit qu’un chef coutumier désigné localement doit être approuvé par le pouvoir central et pourra, à tout moment être congédié par celui-ci. Très rapidement, les effets pervers de cette réforme se font sentir : certaines localités déjà dotées de leur chef coutumier, voient arriver dans leur contrée de nouveaux chefs mandatés par Kinshasa. Le problème de la dualité des chefs coutumiers est posé.Cette réalité s’illustre par exemple dans le village de Jean Prince Mpandi, sixième chef coutumier Kamuina Nsapu, désigné selon les règles traditionnelles, qui voit son statut menacé puisque les autorités de Kinshasa refusent de le reconnaître. La nomination des chefs coutumiers dans cette zone suit des processus bien précis. Le chef est désigné selon des règles de parenté strictes au sein de la famille royale Kamuina Nsapu., il est ensuite approuvé par le conseil des anciens. Or, la loi portant statut des chefs coutumiers a complètement bouleversé l’ordre établi en la matière. Jean Prince Mpandi s’insurge rapidement contre ce bouleversement et décide d’élever la voix contre cette intrusion du pouvoir central dans les règles coutumières établies de longue date dans la région. Rapidement des scènes de rébellion éclatent dans les environs. Le chef Kamuina Nsapu Mpandi est accusé de vouloir déstabiliser le régime, aussi les autorités tentent plusieurs négociations avec ce dernier qui reste toutefois inflexible sur sa position. Cela lui coûtera la vie.La mort du chef entraîne une réaction en chaîne et conduit à l’embrasement rapide de la région. Réunie autour de la volonté de venger leur chef, de protéger les traditions locales et de dire leur refus de l’autorité centrale, la milice Kamuina Nsapu, du nom du chef défunt, voit rapidement le jour. Elle a recruté de nombreux jeunes dans ses rangs ; on estime en effet que 40 à 60% des recrues Kamuina Nsapu ont entre 8 and 18 years old.La mort du chef a également eu pour conséquence de raviver de nombreux rituels coutumiers. Les miliciens participent à des rituels initiatiques dans les « tshiota [1]Place where initiation rituals take place.», au cours desquels une potion d’invincibilité est bue par les initiés. On reconnaît les miliciens Kamuina Nsapu au bandeau rouge qui orne leur tête et aux amulettes de protection qu’ils portent. Ils ont généralement un armement assez sommaire : machette, bâtons, quelques armes à feu de type kalachnikov ou encore des répliques de ces dernières en bois. La croyance dans ces symboles (fétiche, potion, arme en bois) explique en partie le nombre considérable de morts à déplorer dans leurs rangs depuis le début du conflit.Les miliciens manifestent un clair rejet de toute institution publique. Les attaques contre les symboles de l’État se multiplient rapidement : des bâtiments de l’administration, des écoles, des centres de santé sont détruits et brûlés, des représentants de l’État sont attaqués, décapités, tués [2]Among these deaths, we find members of the Armed Forces of DR Congo (FARDC), Congolese National Police (PNC), National Intelligence Agency (ANR), agents of the General Directorate, etc. Continue reading. Les miliciens Kamuina Nsapu s’insurgent contre l’ingérence dans leurs affaires, ils alimentent leurs revendications dans les frustrations qu’ils nourrissent à l’égard du pouvoir depuis longtemps (sentiment d’abandon, refus de la pauvreté…).L’Église n’a pas été épargnée non plus. Les miliciens Kamuina Nsapu, dans leur frénésie destructrice à l’encontre des représentations et symboles de l’État, ont également attaqué, endommagé et incendié des biens d’Église, des bâtiments ecclésiastiques, tout comme l’ont été des structures sanitaires et scolaires dépendantes de l’Église. Cette violence s’explique par la connivence que les Kamuina Nsapu perçoivent entre cette dernière et le pouvoir. On rappelle à cet égard que la Conférence Épiscopale Nationale Congolaise (CENCO) a conduit les négociations de la Saint Sylvestre en décembre 2016 pour organiser les élections qui, plus d’un an après, n’ont toujours pas eu lieu. Aussi, certains ont accusé l’Église d’avoir, par le biais de ces négociations, permis au Président Joseph Kabila de se maintenir à la tête de l’État après l’expiration de son mandat. L’Église, malgré ses bons offices, se heurte aujourd’hui à un manque de volonté probant des autorités congolaises de mettre en œuvre les dispositions de cet accord – qui prévoyait initialement des élections pour décembre 2017 au plus tard. Les destructions dont a été victime l’Église sont donc à placer dans ce contexte particulier de rejet massif de tout ce qui peut être assimilé aux autorités nationales ou à leur « soutien ».Concentrées dans un premier temps autour du chef-lieu de l’insurrection, les violences se generalize from December 2016, to all the new provinces of Grand Kasaï. The Kamuina Nsapu were guilty of acts of rare violence against representatives of the State. These acts have been described as human rights violations by the United Nations (UN). [3]United Nations report, August 2017, points 51 to 62.. Les violences à l’égard de la population ont quant à elles été relativement limitées. Lorsqu’elles ont eu lieu, elles étaient souvent motivées par des suspicions de sorcellerie.Face à cette insurrection, l’État envoie ses troupes et répond par la force et la répression. Les FARDC, envoyées pour stopper l’insurrection des Kamuina Nsapu, sont tenues pour responsables de multiples cas d’usage de la force disproportionné. Des Kamuina Nsapu, ainsi que de très nombreux civils accusés de soutenir ou de faciliter l’action des miliciens, ont été tués. Un rapport des Nations Unies renseigne également des cas d’enfants tués et de femmes violées lors d’intervention de l’armée. À Mwanza Lomba, des militaires se sont filmés en train de tirer à balles réelles en pleine rue ; cette vidéo a suscité l’émoi. L’ONU a reconnu les forces armées coupables des fosses communes découvertes dans la région. En septembre, l’ONU avait identifié 87 mass graves. image_1.jpgFacing these protagonists, another militia gradually appears until it becomes part of the conflict. [4]United Nations report, August 2017, point 14. : THE " Bana Mura ". This militia is made up of individuals of ethnic origins tchokwe, hangs And tetela. The appearance of this new actor highlights the ethnic dimension of the Kasai crisis from April 2017. The Bana Mura would have been formed on the basis of their ethnicity, and their pro-government position [5]United Nations report, August 2017, points 35 to 50.. Si les Kamuina Nsapu s’en prennent avec une rare violence aux agents de l’État, les Buna Mura s’en prennent quant à eux directement aux populations Luba et Lulua. Ils participent également à la destruction de villages, pillent, brûlent sur leur passage.Vivant dans une région jusque-là épargnée par les conflits qui bousculent la RD Congo, les populations kasaïennes ont été bouleversées par la virulence des attaques, la banalisation et la généralisation de cette violence inouïe. En quelques mois, plus de 3.000 décès sont enregistrés par les paroisses de ce territoire enclavé, grand comme 10 fois la Belgique. Cette crise a rapidement eu des conséquences dramatiques pour la population et celles-ci continueront à se faire ressentir durablement. Selon l’UNICEF, plus de 400.000 Children in the region are severely malnourished and at risk of death.CUSTOMARY AUTHORITY VS NATIONAL AUTHORITY: decentralization in questionLes évènements décrits ci-dessus, peuvent s’inscrire dans la réflexion plus globale de l’organisation du pouvoir en RD Congo. Ce qui se dessine en effet en arrière-plan de cette situation particulière du Kasaï, c’est une dichotomie entre d’une part, l’autorité coutumière des pouvoirs locaux et d’autre part, la concentration d’un pouvoir fort aux mains des autorités centrales.La volonté de rapprocher les gouvernants des gouvernés a conduit à l’inscription dans la Constitution congolaise de 2006 du principe de décentralisation. Il est prévu que l’État se subdivise en 25 provinces auxquelles s’ajoute la ville de Kinshasa. Or, depuis 2006 aucune avancée n’a été faite en ce sens. C’est en janvier 2015 que les autorités nationales actent finalement le projet de loi qui entérine les nouvelles frontières des 26 provinces. Mais les autorités étaient-elles réellement prêtes à accorder plus de pouvoir aux autorités provinciales ? Les compétences de chacune des entités sont clairement définies et leur sont propres. Il n’y a donc pas a priori d‘empiètement des compétences à redouter. L’animosité suscitée par cette réforme doit donc trouver son explication ailleurs.Derrière cette réforme, on peut en effet lire une volonté claire de politisation des chefs coutumiers, voulue par le pouvoir central pour instaurer au sein de cette région, considérée comme un bastion historique de l’opposition, des relais des messages présidentiels et de mettre en place des soutiens stratégiques dans la région.Le redécoupage précipité des provinces en 2015 avait suscité la méfiance de l’opposition qui accusait Kinshasa de vouloir réorganiser la province de manière à optimiser la répartition des groupes ethniques en présence à son avantage en vue des élections à venir – et notamment des Luba qui sont en majorité ralliés à l’opposition.Plutôt qu’une opposition franche entre ces deux niveaux de pouvoir, on peut voir dans le processus de décentralisation une complémentarité de ces derniers, comme une solution pour pallier les lacunes de gouvernance de l’État central. Ainsi, au-delà des efforts de stabilisation et de réconciliation communautaire à mener suite au récent conflit, il importe pour le futur de la région de consacrer le processus de décentralisation dans le respect de l’autorité coutumière. Ce mode de gouvernance a été choisi par les Congolais qui l’ont consacré dans leur Constitution. Il est en outre nécessaire de dépasser les antagonismes révélés brutalement par la crise, en identifiant les points de convergence vers des intérêts communs et partagés entre les autorités centrales et locales. Les réponses à la crise : entre urgence et développementLa crise connaît depuis le début de l’automne 2017 une accalmie relative, mais ses conséquences et les défis qui se présentent aux populations aujourd’hui sont considérables. Par ailleurs, les conditions et circonstances ayant vu naître le conflit sont encore très présentes dans le paysage kasaïen, il ne faut donc pas exclure de possibles reprises des violences. La situation reste instable. Des déplacements massifs de population ont été observés dans la région : on dénombre plus d’1,5 million de déplacés internes et près de 35 000 people who went to seek refuge in Angola. In the first half of 2017 alone, more than 5,500 people had to flee their homes every day. A painful observation making the DR Congo the most affected country around the world through internal displacement due to conflict. Throughout the Congolese territory there are 4.1 million displaced – les déplacés kasaïens en représentent plus du tiers.Dans le cas du Kasaï, les déplacés, après plusieurs semaines de marche se sont pour la plupart réfugiés dans la brousse. Là, ils ont vécu dans des conditions très précaires : peu d’eau et de nourriture, des conditions sanitaires critiques avec pour conséquence le développement de maladies et la faim. Ils ont également été confrontés au danger que représentait la présence de bêtes sauvages dans cet environnement hostile. Les populations se sont souvent endettées auprès de villageois voisins qui ont tenté d’appuyer ces familles avec de la nourriture et la maigre aide qu’ils étaient en mesure de leur procurer.Certaines populations, traumatisées et hantées par des images sordides n’envisagent pas de retourner dans leur village. En parallèle, et compte tenu de la stabilisation relative de la situation dans certaines zones du Kasaï, on observe un mouvement de retour des populations vers leur village d’origine. En octobre 2017, le UNHCR estimait que 710 000 personnes étaient rentrées. 762 000 restent cependant toujours déplacées ainsi que 27 555 qui sont toujours à l’extérieur du pays, principalement en Angola. Ce mouvement de retour pose des défis considérables. Ce sont des villages souvent pillés, voire brûlés, que les déplacés retrouvent. Les travaux de reconstruction ont débuté, mais il ne faut pas négliger que ces populations n’ont plus rien.The humanitarian monitoring system and rapid response to population movements (RRMP)Caritas International a mis en place en RD Congo un système de veille humanitaire qui permet de transmettre rapidement les informations concernant les mouvements de population à travers le pays pour pouvoir répondre au mieux à leurs besoins humanitaires. Le réseau d’informateurs ruissèle à travers tout le pays, puisque chaque veilleur fait remonter quotidiennement les informations concernant sa zone. Le système de réponse rapide aux mouvements de population entre alors en action et achemine les biens et vivres nécessaires aux populations affectées en moins de 30 jours à compter du moment où l’alerte est donnée.Le système de veille mis en place par Caritas International, en partenariat avec Caritas Congo et les Caritas diocésaines des Kasaï, est diffusé auprès d’autres organisations présentes sur le terrain qui l’utilisent ensuite pour leur déploiement humanitaire. Grâce aux informations reçues par la veille, elles savent rapidement situer où sont les populations affectées, estimer leur nombre ainsi que la nature de leurs besoins. Dans la région du Kasaï, Caritas International Belgique travaille en étroite collaboration avec Solidarité Internationale qui procède à des distributions auprès de personnes déplacées qui regagnent leur domicile. Des « kits retour » de première nécessité leur sont délivrés (pagnes, casseroles, bâches, couvertures, cash ou encore l’accès à l’eau par un programme « wash »). Actuellement les distributions ont lieu dans la zone de Kapangu et s’ouvrent dans la zone de Kamiji. 11 3000 ménages (d’environ 5 personnes) bénéficient du projet.Dans cette région, les populations dépendent pour l’essentiel d’une agriculture vivrière – c’est-à-dire que les récoltes leur permettent de vivre et de se nourrir mais que la production n’est pas suffisante pour en tirer des revenus en mesure d’assurer leur accès au marché, à la santé ou à l’éducation. À leur retour, ces populations ont trouvé des champs vidés de leurs récoltes. Leur séjour en brousse les a également empêchées de planter en vue de la prochaine saison. On estime que la majorité des populations ont raté three seasons consecutive plantings. Seeds and agricultural tools are missing today and the lean period [6]The period between the end of reserves from the previous harvest and the availability of products from the following harvest is called the “hunger gap”. heavily affects household resilience. Two observations stand out: the first being that populations today lack food to meet their immediate, short-term needs. The second, even more serious, results from not being able to plant in time, and portends a worrying increase in food insecurity in the months to come. Indeed on the 7.7 million of people suffering from food insecurity in DR Congo, 3.2 million people are in a situation of severe food insecurity, 66% of whom are in the Kasai region. Food insecurity is increase (compared to March 2016) of 323% in Kasaï Central, 279% in Kasaï and 97% in Kasaï Oriental. And perspectives à venir ne semblent pas s’améliorer.Dans la province du Kasaï, la production de maïs a baissé de près d’un quart par rapport à 2015, avec pour conséquence une envolée des prix jusqu’à +150% dans la région. Les tensions suscitées par l’arrivée d’environ 35,000 refugees in Angola ont contribué à exacerber cette crise alimentaire puisque l’Angola, qui a fermé ses frontières au commerce, est normalement un fournisseur important de denrées alimentaires.Outre les défis en matière de subsistance, les populations sont également confrontées à des défis sanitaires comme l’épidémie de choléra qui se répand à travers la région, comme dans le reste du pays – 20 of 26 provincess du pays sont touchées par l’épidémie.« We are an international community sharing the same humanity. Elsewhere the suffering is heard. We are rushing to provide help. Why the hesitation in my province? » Mgr Félicien Mwanama – Evêque de Luiza, Kasaï-CentralEnfin, des challenges attendent également les populations au sein de leur communauté. Les nombreux jeunes, enrôlés dans les milices, provenaient des villages de la région. Une fois démobilisés, ces derniers vont avoir besoin d’un soutien psycho-social. Leur retour au sein de leur communauté va demander un travail important de réintégration, de réconciliation et de mémoire collective. Ces processus devront être impulsés par des acteurs locaux (de quelque type que ce soit : organisations de la société civile, autorités publiques, Église…) et s’inscrire dans une perspective à long terme pour rétablir le calme et la stabilité dans la région. Pour la reconstruction de la paix, il faut renforcer les structures de dialogue et faciliter la mise en place de lieux d’échanges. Les plaies des conflits inter-ethniques devront également être pansées et prises en charge dans le cadre de structures formelles.There is an urgent need to respond to the humanitarian needs of the region's population. The lack of funding for this humanitarian crisis is worrying: of the 64.5 million dollars deemed necessary to respond to the crisis, only 30% are actually funded today. Behind these figures, there are women, men and children who are suffering. The international community must combine its efforts with those of the Congolese authorities to respond to the pressing needs of these populations as quickly as possible..Ces défis sont considérables, ils le sont d’autant plus si on les met en perspective avec les moyens à disposition dans la région pour y répondre. Les Kasaï sont en effet une des zones les plus pauvres de la RD Congo et ce malgré leurs richesses souterraines. La question de la gouvernance des ressources naturelles est présente sur l’ensemble du territoire congolais et les Kasaï ne font pas exception. Les mines de diamant sont le moteur économique historique de la région et son principal employeur. La faillite de l’entreprise minière de la MIBA et de la SNCC [7]La MIBA (Minière de Bakwanga) est une entreprise productrice du diamant. La SNCC (Société Nationale des Chemins de fer du Congo) permettait l’acheminement de la marchandise. ont eu des effets dramatiques pour les kasaïens. Les revenus tirés de l’exploitation des ressources naturelles ne sont pas redistribués et ne bénéficient pas à la population. La présence de ces ressources devrait pourtant contribuer pleinement à l’essor économique de la région par l’entremise de la redistribution des recettes aux autorités provinciales. Mais la mauvaise gouvernance entrave ces perspectives de développement.« If you travel through the countryside, the fields are in the hands of women. Men are traditionally in the artisanal mining sector, diamond mining, living off the small stones they can find day to day. To meet the daily needs of the household, we buy small goods which we resell if we cannot find anything. And this is the reproduction of the cycle of poverty. » Jean Nyemba Ambela – Responsable du volet agricole, CRS MbujimayiSi un lien de cause à effet direct ne peut être établi entre l’explosion de la crise kasaïenne et la présence de ressources naturelles dans la région, il ne faut toutefois pas négliger son impact global. Le rejet massif de l’institution étatique par les Kamuina Nsapu, est probablement alimenté et nourri par un sentiment de frustration et de découragement face à un quotidien de misère et l’absence de perspectives pour un futur meilleur chez les jeunes. On rappelle à cet égard que les rangs des Kamuina Nsapu regorgeaient de jeunes individus.We must not neglect the question of longer-term development of the region. This will notably involve the reasoned and inclusive exploitation of the natural resources present in the region, as well as the balanced redistribution of its benefits to the population. This would in particular make it possible to establish the fundamental socio-economic rights of the Kasai people and more particularly to offer opportunities to the younger generations.Thinking about development means establishing lasting peace for the region. Dans une région où tout est à construire, les priorités sont nombreuses. Le renforcement des capacités en matière agricole, tant pour la production que pour les méthode de séchage, de conservation et de stockage, semble crucial pour permettre une meilleure résilience des populations en cas de crise.Enfin, et c’est primordial, il faudra accorder une attention particulière aux jeunes en renforçant leur accès à l’éducation. Les déplacements forcés, les destructions d’écoles, le recrutement au sein des milices, font des enfants et des jeunes les principales victimes de ce conflit. En exposant la jeunesse à de telles situations, c’est tout l’avenir de la région qui est hypothéqué.« We are in a province where the population has not studied. Young people work in diamond mines. And we observe an exploitation of the ignorance of the Kasaians. But the current situation is the result of a long path in poverty » Alphonse Nkongolo Mulami – Directeur, Caritas MbujimayiLe Grand Kasaï est une région qui avait été relativement épargnée par les conflits violents jusqu’alors. Cette brutalité a surpris les populations – ainsi que les organisations internationales et humanitaires sur un terrain qu’elles connaissent moins bien que l’Est du pays où se sont concentrées leurs opérations ces 20 dernières années. Les acteurs de changement : entre interventionnisme extérieur et immobilisme national ?Malgré l’ampleur de la crise, celle-ci reste encore largement méconnue – tant dans l’attention qu’on lui accorde, que dans les réponses qui y sont apportées. On identifie trois acteurs-clefs qui ont chacun contribué à la mise en exergue de celle-ci sur la scène internationale : les ONG et organisations internationales, l’État congolais et l’Église.La réponse de la communauté internationale n’a pas été à la mesure de la crise qui a traversé la région. Concentrées dans leur majorité à l’Est du pays, très peu d’organisations internationales et d’ONG sont présentes dans la région du Grand Kasaï. En dépit de l’urgence et des besoins considérables des populations, les réponses apportées à la crise restent ainsi largement insuffisantes. Plus d’un an et demi après le déclenchement de la crise, peu d’organisations sont aujourd’hui présentes sur le terrain.Plusieurs éléments expliquent cette surprenante absence. On note tout d’abord la lenteur de réaction du système humanitaire puisque malgré une intensification de la crise dès décembre 2016, l’alerte n’a été donnée qu’en mars 2017. Aussi, les fonds ont également mis du temps à être mobilisés. Les organisations n’étant pas vraiment présentes dans la région se sont donc retrouvées confrontées à plusieurs obstacles.L’absence de moyens suffisants pour se déployer rapidement dans la région tout d’abord. L’enclavement et le manque de voies de communication pour accèder à cette zone a également contribué à la lenteur du déploiement des programmes humanitaires. Ces derniers n’ont, dans leur majorité, été mis en oeuvre qu’à partir de l’été 2017 – soit près d’un an après le déclenchement de la crise. Dans ce contexte de sous-financement des besoins, la question de l’enrayement de la crise humanitaire pour consacrer un développement durable de la région pose question.L’ONU, représentée militairement en RD Congo par la MONUSCO, n’a quant à elle pas été en mesure de contenir les violences, et ce en raison de son absence et du retard qu’elle a accusé dans le déploiement de ses forces sur le terrain. En 2012, l’insurrection du M23 a en effet poussé les autorités onusiennes à redeploy their forces based in the Greater Kasai region to the east of the country. When the crisis broke out in the Kasai, MONUSCO was therefore not present in the region. But faced with the increase in violence, men are sent. Unfortunately, the latter arrive late (in December) and are very few in number (in June 2017 there are 250 peacekeepers, 25 police officers and 60 civilians deployed). Today, despite the fragility of the lull, the troops are withdrawing again. MONUSCO is in fact redirecting its troops towards the country's capital, which risks igniting at any time due to the tense electoral context. [8]See on this subject theanalysis of the Justice and Peace Commission on the elections, December 2017. .La MONUSCO et les autorités congolaises entretiennent des relations houleuses à l’échelle nationale [9]On December 11, 2017, 15 MONUSCO peacekeepers were killed and more than 50 others injured during an armed attack in one of their bases in Semuliki (North Kivu) – Source: The world ; the latter stand out once again in the Kasai region. In a context of tension between the two entities, the murder of the two experts Michael Sharp and Zaida Catalan, dispatched by the Secretary General to come and investigate human rights violations, the arms embargo and illegal exploitation in the region resources, only added fuel to the fire. This crime is an open affront to the international community. Some accuse the government of hiding behind the assassination of experts and of having tried to cover up this crime en imputant sa responsabilité aux Kamuina Nsapu.Le 8 mars 2017, le Haut-Commissaire aux Droits de l’Homme appelait à l’ouverture d’une commission d’enquête internationale sur les évènements du Kasaï, et ce notamment en vue d’investiguer sur la ddécouverte des fosses communes. Quelques jours plus tard, les deux experts sont assassinés. Après avoir été confrontées à de nombreuses pressions et à de multiples refus de la part des autorités congolaises, les Nations Unies ont finalement mandaté l’ouverture d’une enquête internationale. Cette dernière devrait livrer ses premiers résultats en mars 2018.L’État congolais n’a pas davantage été en mesure d’assurer la protection de sa population et d’apporter une réponse adéquate à ses besoins humanitaires. Dans ce bastion historique de l’opposition, berceau de l’UDPS (Union pour la Démocratie et la Paix Sociale) [10]The UDPS is one of the main opposition parties. and its charismatic leader Etienne Tshisekedi, many opponents and supporters of customary power do not hesitate to cry about inaction and the instrumentalization of the crisis by Kinshasa, against the backdrop of a general electoral crisis across the country. [11]See on this subject theanalysis of the Justice and Peace Commission on the elections, December 2017.. The CENI, whose agents and installations were targeted by the militia in Kasai, noted the delay accumulated on the electoral calendar, due to failures in the local registration and electoral census process in a complex security context. Justice and Peace and its partnersL’Église, de par l’importance de son action dans le quotidien des populations, doit être soutenue par la Belgique et les membres de la communauté internationale. C’est pourquoi la Commission Justice et Paix appuie ses partenaires de l’Église congolaise dans leurs actions d’éducation citoyenne, d’éducation au développement et dans le rôle qu’elle joue quotidiennement auprès des communautés. Cet appuie passe notamment par le relais que se propose d’être la Commission Justice et Paix pour le message de ses partenaires auprès des décideurs politiques belges et européens. « We appeal for international solidarity. Congo belongs to this great international community and the Congolese people aspire to well-being and democracy. It is therefore completely normal that citizens of the world can be interested in what is happening here. Our message is to ask European citizens who defend the same values as us not to forget these people, to accompany them and support them in this special moment. » Clément Makiobo, Secrétaire Exécutif, Commission Justice & Paix CongoFace à ce « vide », un autre acteur-clef du paysage congolais a occupé le terrain. L’Église a en effet joué un rôle essentiel dans la crise. Ce sont notamment ses représentants qui, aux prémices de la crise, ont alerté la communauté internationale des évènements qui étaient en train de se dérouler dans la région, tout en mobilisant l’aide à travers ses paroisses.Il est essentiel de souligner ici le rôle que joue quotidiennement l’Église locale, auprès de la population congolaise en termes de développement communautaire. Présente au plus près des populations, l’institution est aujourd’hui consciente du rôle qui sera le sien dans le long travail de réconciliation et de reconstruction post-conflit auprès de ses communautés.On peut dire aujourd’hui que l’Église pallie dans une certaine mesure la démission de l’État et contrebalance ainsi cette image d’immobilisme national. ConclusionComme cela a été abordé en filigrane au cours de cette analyse, il est essentiel pour comprendre la crise qui traverse la région du Grand Kasaï, de mettre en perspective cette crise locale avec des problématiques de fond qui s’observent à l’échelle nationale.Le juste équilibre entre le pouvoir coutumier et l’autorité de l’État central n’est pas toujours consensuel, bien qu’il soit consigné dans la Constitution et qu’il y soit érigé comme principe d’organisation de la vie politique du pays. Cette question aura été l’élément déclencheur d’une crise sans précédent et aux lourdes conséquences pour la population. Cette dernière, fatiguée de ses conditions de vie précaire a saisi l’opportunité soulevée par la mort d’un chef incarnant la figure de l’opposant pour s’organiser et dénoncer l’absence de l’État dans la gestion de leur vie quotidienne.Mais cette crise est symptomatique de problématiques plus transversales encore. Á commencer par la déliquescence de l’État congolais qui ne remplit qu’insuffisamment les fonctions régaliennes qui sont les siennes ; pis encore, il ne parvient pas/plus à garantir la protection et à répondre aux besoins fondamentaux de sa population. D’autres acteurs –international or religious– occupent donc cet espace et pallient l’État pour apporter des solutions aux populations. Mais l’État ne pourra pas faire l’économie de sa redevabilité envers sa population pour longtemps encore. Les urnes devront parler. Au risque, si le scrutin se fait trop attendre, de voir d’autres troubles émerger ou renaître de leurs cendres dans le reste du pays.Ces conflits [12]We think, for example, of the conflict in Ecuador in 2010-2011 which had its origins in a fishing issue and which created more than 200,000 refugees, but also more recently in Tanganyika, in the... Continue reading, et la crise du Kasaï le montre, naissent le plus souvent d’un différend qui s’inscrit dans une spécificité locale mais qui, très rapidement, peut s’avérer révélateur de tensions latentes qui s’observent à d’autres endroits du pays, voire dans l’ensemble du territoire. Ces conflits sont souvent difficiles à comprendre et sont totalement imprévisibles. Ils constituent cependant une véritable menace pour la paix, la sécurité et le développement du pays puisqu’ils peuvent rapidement prendre une ampleur inattendue et affectent ainsi toujours davantage la résilience des populations.Outre la dimension nationale de la crise du Kasaï, il ne faut pas négliger les conséquences que les crises congolaises peuvent également avoir comme répercussions sur les pays voisins. La réponse de l’Angola face à l’afflux de réfugiés congolais à ses frontières a été très ferme : après une première vague d’accueil, les frontières ont été closed, and any passage of person or goods blocked. If we look at the impact that the crisis in eastern DRC may have had in terms of regional destabilization, we must not neglect the repercussions that could occur beyond the provinces of Grand-Kasaï and the entire region. Clara Debeve

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↑1Place where initiation rituals take place.
↑2Among these deaths, we find members of the Armed Forces of DR Congo (FARDC), Congolese National Police (PNC), National Intelligence Agency (ANR), agents of the General Directorate of Migration (DGM) and officials of the Independent National Electoral Commission (CENI).
↑3United Nations report, August 2017, points 51 to 62.
↑4United Nations report, August 2017, point 14.
↑5United Nations report, August 2017, points 35 to 50.
↑6The period between the end of reserves from the previous harvest and the availability of products from the following harvest is called the “hunger gap”.
↑7La MIBA (Minière de Bakwanga) est une entreprise productrice du diamant. La SNCC (Société Nationale des Chemins de fer du Congo) permettait l’acheminement de la marchandise.
↑8See on this subject theanalysis of the Justice and Peace Commission on the elections, December 2017.
↑9On December 11, 2017, 15 MONUSCO peacekeepers were killed and more than 50 others injured during an armed attack in one of their bases in Semuliki (North Kivu) – Source: The world
↑10The UDPS is one of the main opposition parties.
↑11See on this subject theanalysis of the Justice and Peace Commission on the elections, December 2017.
↑12We think, for example, of the conflict in Ecuador in 2010-2011 which had its origins in a fishing issue and which created more than 200,000 refugees, but also more recently in Tanganyika, the Kivus...
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