L’anxiété des jeunes grimpe face à la succession de crises, tandis que les réponses démocratiques et politiques semblent trop faibles. Face à de nouvelles formes d’engagement, il faut leur donner plus de moyens pour réinventer les récits porteurs de solutions durables aux défis actuels. Un rappel utile à l’occasion de la Journée internationale de la Démocratie, célébrée ce 15 septembre.
La presse en parle depuis un certain temps : ces cinq dernières années, la situation mentale des adolescent∙es et des jeunes adultes s’est dégradée en Belgique. Parmi les causes, les spécialistes pointent les permacrises actuelles (conflits internationaux, crises environnementales, omniprésence des réseaux sociaux, compétitivité accrue, etc.) sans cesse plus anxiogènes mais également le manque de réponses démocratiques et politiques à ces enjeux. Se projeter collectivement dans un futur souhaitable devient pour les jeunes compliqué et les solutions des adultes sont souvent considérées comme inexistantes ou inefficaces. Le fameux « how dare you ! » lancé par Greta Thunberg en 2019, n’a malheureusement pas pris une ride. (1)
Malgré ce mal-être, nous n’avions plus connu de mobilisation majeure et fédératrice depuis les grèves étudiantes pour le climat de 2019, jusqu’à ce mois de juin avec la présence des étudiant.es dans les manifestations enseignantes. Aujourd’hui, journée internationale de la démocratie, prenons un temps pour se questionner sur le rapport entre la « gen Z » (entre 14 et 29 ans) et la démocratie.
Alors certes, à l’échelle européenne, on constate que la démocratie a moins de poids chez les jeunes, d’abord, du fait de la baisse démographique de ce groupe d’âge (YouthDecide 2040) qui pèse moins lourd dans l’électorat, les plaçant trop souvent au second plan des priorités politiciennes. D’ailleurs, les jeunes sont systématiquement sous-représenté·es en politique et peu présent.es dans les urnes (2). En parallèle, les connaissances en politique sont plus faibles que chez les plus âgé.es. Ce fossé se creuse encore lorsqu’on met le critère socio-économique sous la loupe (Robin Lebrun, 2025).
Si on peut clairement parler d’un « désenchantement » vis-à-vis de la politique traditionnelle, cela ne signifie pas pour autant un essoufflement citoyen global (3) car, outre les grandes tendances, les territoires racontent une réalité plurielle.
Le questionnement du modèle dominant
Certain·es jeunes répondent à ce climat anxiogène en pensant que « tout est foutu », avec un grand sentiment d’impuissance, de renfermement sur soi et dans certains cas, un intérêt pour les pensées traditionalistes et/ou autoritaires (Maes, Yakapa). D’autres, utilisent ce contexte comme un moteur à l’engagement. Partant d’une lecture plus personnelle, de ses propres défis et son environnement direct (famille, amis, perspectives d’avenir direct, etc.), l’adolescent·e identifie des causes porteuses d’un sentiment d’injustice et de colère. C’est cette émotion qui permet de faire le pont entre un sentiment individuel et une envie d’engagement collectif. Les combats menés en faveur de la cause palestinienne ainsi que les mobilisations portées par et en faveur des groupes minorisés (combats antiracistes, en faveur des LGBTQIA+, etc.) en sont un bon exemple : un modèle de société dominant est questionné et d’autres codes porteurs d’inclusion sont proposés. Par ailleurs, face à ce manque de reconnaissance institutionnelle, d’autres jeunes font le choix du hors système par la désobéissance civile non-violente.
Mais alors, comment renforcer l’agentivité des jeunes qui n’y croient plus ? Comment encourager l’action militante et lui donner plus de place structurellement ?
L’école, un lieu où vivre la citoyenneté
Il est évident que l’institution scolaire représente un levier de première ligne. Former des citoyen.nes via une information de qualité, une socialisation politique et citoyenne, l’apprentissage de la culture du débat, du compromis et de l’esprit critique, autant de compétences qui sont au cœur de sa mission. Toutefois, nous dit Bruno Derbaix (Dycie), « plutôt que de “dire” la citoyenneté, il faut avant tout la mettre en œuvre pour pleinement la vivre, entre les murs de l’école et véritablement l’intégrer dans le fonctionnement même du monde scolaire. »
Ouvrir des espaces de rencontres
Outre l’école, il faut garantir aux jeunes des espaces collectifs de rencontre et d’investissement citoyen. Des espaces où, en plus d’apprendre les rouages démocratiques, ils sont capables, comme le disait Bruno Latour, d’« atterrir » sur leurs territoires (Latour, 2022). Autrement dit, qu’ils soient en mesure d’identifier dans leur environnement, ce dont ils dépendent, ce qui est important pour elles et eux et ce qui mérite d’être défendu ou transformé et ainsi, laisser la place aux nouveaux récits incluant toutes les générations.
Mais pour que les jeunes s’investissent plus en démocratie, il faut des moyens, des lieux sereins d’éducation, de rencontre et d’épanouissement. Or, les instabilités actuelles vécues par l’école, le tissu associatif, le monde de la culture et le secteur jeunesse, ne plaident pas dans ce sens.
Profitons de cette journée internationale de la démocratie pour rappeler qu’en tant que société, nous devons considérer ce problème à la hauteur de sa gravité : une société qui ne p
Une carte blanche de Laure Didier, responsable du pôle pédagogie chez Justice & Paix publiée dans Le Soir le 15/09/2026.
(1) « Comment osez-vous ! Vous avez volé mes rêves et mon enfance avec vos mots vides. (…) Les gens souffrent. (…) L’entièreté des écosystèmes est en train de s’effondrer (…) et tout ce dont vous pouvez parler, c’est d’argent et de contes de fées à propos d’une éternelle croissance économique. » Discours de Greta Thunberg, Sommet de l’ONU sur le climat, New York, 23 septembre 2019.
(2) En 2024, seuls 2,92 % des parlementaires européens avaient moins de 30 ans et seulement la moitié des électeur.trice.s se sont rendus aux urnes cette même année, bien que la participation électorale soit abaissée à 16 ans.
(3) Par « engagement politique », entendons d’une part, le militantisme (l’investissement dans des partis politiques, syndicats, associations), et toute autre forme d’action collective et/ou individuelle (consommation engagée, manifestations, dénonciation, etc.).




