Au lendemain des élections communales : objectif jeunes !

Au lendemain des élections communales, la Commission Justice et Paix francophone de Belgique appelle les nouveaux élus locaux à miser en priorité sur la jeunesse [1]. jeunes sont les premières victimes des effets de la crise économique et financière : crise de l’emploi, hausse des loyers... les préoccupations quotidiennes sont rapidement utilisées et manipulées par des mouvements extrémistes qui pointent du doigt l’ « étranger » comme cause de tous nos maux.

Comment aider le jeune à dépasser ce sentiment d’injustice ? Comment faire pour que leur ras-le-bol, voire leur colère, soit judicieusement exprimée et ciblée et qu’elle puisse ainsi susciter des changements positifs ? Cette analyse a pour but de questionner nos politiques éducatives et d’ainsi interpeller les responsables politiques tout nouvellement élus. À partir de quelques exemples, nous souhaitons montrer l’importance du travail des associations qui par leurs actions, permettent aux jeunes de s’impliquer dans la vie de société.

Des jeunes en crises

L’article « Avoir vingt ans dans sa chambre d’enfants » publié le 9 mai 2012 dans le journal français Le Monde [2], révèle un nouvel enjeu de société : les jeunes condamnés à rester vivre chez leurs parents à cause du prix de l’immobilier.

En Europe, le mouvement des indignés est de plus en plus accueilli favorablement par des jeunes de tous pays qui les rejoignent, pour une après-midi ou plus... À la base de ce mouvement né en Espagne, le ras-le-bol de milliers de jeunes, écœurés par les conséquences de la crise économique et en manque de confiance envers la classe politique.

Deux exemples tirés parmi d’autres, un élément commun : le sentiment d’injustice vécu par de nombreux jeunes suite à la crise économique et financière.

L’extrémisme politique fleurit là où il peut s’enraciner dans un sentiment d’injustice

Le sentiment d’injustice vécu par les jeunes peut rejoindre une peur du futur et de l’ « autre », différent : l’étranger qui « vole » nos emplois, celui qui créé l’insécurité de nos rues ! Or, l’extrémisme politique fleurit là où il peut s’enraciner dans un sentiment d’injustice. Dans la revue du MOC de Bruxelles [3], la JOC [4] nous rappelle que « En période de crise, les mouvements fascisants et racistes se nourrissent du désespoir et de la misère sociale pour diviser les travailleurs » et la JOC de donner pour exemples la crise économique et politique de l’entre-deux-guerres qui accoucha des systèmes fascistes et racistes en Allemagne, Italie ou Espagne ». Dans le même article, on nous rappelle les arguments des partis d’extrême droite et populistes : les rapprochements malheureux entre immigration et délinquance ou encore le danger que représenterait la culture « étrangère » pour la démocratie.

Loin de nous l’idée que les jeunes sont le moteur du racisme et de l’extrémisme politique – ce n’est ni le sens de notre appel, ni généralement le cas ; au contraire, de nombreux jeunes se montrent courageusement à la pointe du combat pour les droits de humains. Notre appel repose sur deux constatations : d’une part, beaucoup de jeunes se retrouvent aujourd’hui dans une situation d’extrême vulnérabilité. Un fait qui n’a pas été suffisamment reconnu à ce jour et qui est non seulement dangereux, mais aussi injuste. D’autre part, les jeunes sont les leaders de demain : investir dans leur éducation, leur formation et leur bien-être doit donc être une priorité.
Or, en temps de récession économique, il y a toujours un risque de réduction des dépenses publiques dans le secteur de l’éducation. La plupart des avancées enregistrées au cours des dernières décennies afin d’instaurer des systèmes éducatifs plus équitables et ouverts à tous pourraient dès lors passer à la trappe, au risque de tomber dans une éducation réservée aux élites nanties.

Nos systèmes éducatifs doivent préparer les citoyens d’une société interculturelle et mondialisée

L’éducation est primordiale pour combattre le racisme et l’extrémisme politique. Dès lors, nos élus doivent réinvestir dans l’éducation. Nous parlons ici de l’éducation dans son acception la plus large : le cursus scolaire officiel bien sûr, mais aussi l’éducation à la paix, à la justice et à la solidarité. Et ceci passe également par des services extra-scolaires (culturels...) ouverts à la diversité, au partage et à la coopération. Les valeurs sont aussi importantes que le savoir : les résultats scolaires sont importants, mais le contexte dans lequel s’effectue le travail éducatif l’est tout autant.

L’extrémisme politique et le racisme se nourrissent de l’ignorance et de la peur. L’éducation peut considérablement résorber cette menace. Nous devons inciter les jeunes à témoigner de respect envers autrui. La compréhension d’autres cultures est au cœur de cette démarche. Dans la quête de leur propre identité, les jeunes doivent être amenés à explorer ces questions au travers d’un dialogue basé sur le respect mutuel.

Cette éducation, à l’interculturel doit s’accompagner d’une éducation politique. Pour cela, deux étapes sont nécessaires : d’abord, il est nécessaire que la société reconnaisse le colère ressentie par certains jeunes. Nous ne pouvons nier que la colère monte au sein de nos sociétés. Elle se manifeste de plusieurs manières : vote-sanction, manifestations de rue... certains manipulent cette colère et la muent en violence. Condamner cette violence n’a pas de sens si on ne s’attaque pas aux racines du mal. Judicieusement exprimée et ciblée, cette colère peut susciter des changements positifs.
Ensuite, il faut donner aux jeunes la possibilité de s’impliquer dans la vie sociale et politique. Mais, pour assurer la volonté des jeunes à participer à la vie collective, un prérequis est nécessaire : la confiance en nos dirigeants. Les effets de la crise ont donné des institutions politiques et des politiciens une image assez négative. À nos représentants, nous faisons cet appel : redonnez aux jeunes la confiance.

Au lendemain des communales : être au service des jeunes citoyens et assurer leur participation

Bien entendu, les différentes recommandations proposées brièvement dans cette analyse touchent les différents niveaux de pouvoir. Cependant, au lendemain des élections communales, nous voudrions insister sur l’opportunité qui nous est offerte pour répondre aux différents défis relevés. D’abord parce que, comme le rappelle Jacques Debatty [5], « (…) les nouvelles majorités communales auront un rôle important dans la mise en œuvre des politiques de proximité dont dépend largement le bien-être de la population : logement (…) aide sociale (…) sécurité publique... le Président du Moc de Bruxelles ajoute que ce sont les jeunes qui sont les plus touchés par les effets de la crise de l’emploi et par les politiques d’austérité. Ensuite, par ce qu’un outil existe : le développement des conseils consultatifs de la jeunesse doit permettre aux jeunes de participer à la vie sociale et culturelle de leur ville, d’émettre des avis et d’interpeller leurs élus.

Un défi partagé

Nous avons insisté sur le rôle de nos élus politiques dans la prise en compte des jeunes et de leurs besoins. Nous voudrions également rappeler le rôle qui peut être joué par les jeunes eux-mêmes ainsi que par les associations. Ces dernières, qu’elle mettent leur priorité sur l’aide sociale ou sur l’implication citoyenne, sont capitales dans le renforcement de l’intérêt du bien commun par les citoyens.

Notre association, la Commission Justice et Paix francophone de Belgique, s’associe à Pax Christi Wallonie-Bruxelles pour soutenir le projet MagMa (Magazine Mixité Altérité), un nouveau projet de dialogue entre jeunes adultes (18 à 30 ans) de tous milieux culturels et sociaux. Cette initiative propose aux jeunes membres d’alimenter ensemble un magazine web participatif par des interviews de personnes que l’on n’entend pas suffisamment dans les médias. Un de nos objectifs est que l’ambiance accueillante et stimulante de nos ateliers permettent de réfléchir et d’échanger pour aller à la rencontre de la diversité [6].

Nous avons déjà cité dans cette analyse les associations issues du Mouvement Cardijn comme le MOC et la JOC. Sans être exhaustif, nous voudrions souligner l’action importante menée par deux partenaires associatifs : l’association Vivre Ensemble soutient 89 projets de lutte contre la pauvreté actifs en Wallonie et à Bruxelles. Cette année, la campagne d’Avent sera centrée sur les jeunes : l’association veut mettre en évidence « ces cailloux qui alourdissent le sac à dos - le sac-ado - de nombreux jeunes. La campagne montre aussi que de nombreuses associations sont à leurs côtés et que quand on leur fait confiance, les jeunes sont prêts à se bouger pour révéler les atouts enfouis dans leur sac ! » [7].

Le CJC, le Conseil de la Jeunesse Catholique, coordination de 14 Organisations de Jeunesse (ou OJ) dont l’action concerne plus de 100.000 jeunes par an. Relevons ici la rubrique hebdomadaire « Décryptons l’actu » de leur site Internet, courts articles permettant de donner un angle de vue différent sur les événements de l’actualité, ainsi que leur jeu « Expression commune », un jeu coopératif qui aborde les enjeux des élections communales [8]. Les joueurs incarnent une OJ face aux problématiques locales. Ces deux outils sont révélateurs de la méthodologie dont ils sont fiers : un engagement pour les jeunes, par les jeunes. Car nous l’avons vu, les jeunes eux-mêmes peuvent être des citoyens actifs. Dans les 6 prochaines années, ils devront interpeller nos élus locaux et leurs rappeler leurs engagements !

Axelle Fischer


Notes

[1Nous nous rallions au réseau des Commissions Justice et Paix d’Europe qui a mené en 2012 une action politique intitulée « Miser sur la jeunesse pour combattre le racisme et l’extrêmisme politique ». Pour en savoir plus : http://www.juspax-eu.org/en/themes-and-activities/concerted-action/?navanchor=1210006

[3Le Chou de Bruxelles n°81, Mouvement Ouvrier Chrétien de Bruxelles

[4Jeunesse Ouvrière Chrétienne

[5Le Chou de Bruxelles n°81, Mouvement Ouvrier Chrétien de Bruxelles

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