Au Salon Valériane : quand les citoyens prennent conscience de leur consommation

Alors que les conséquences environnementales et sociales de l’extraction de ressources naturelles posent question dans plusieurs régions du monde, le public européen semble peu concerné par cette problématique, malgré sa consommation croissante de produits électroniques composés de ces fameux minerais.

Les portes du salon Valériane 2012 s’ouvrent et les visiteurs entrent, avides de découvertes gustatives, olfactives mais aussi… sociales ! A l’occasion du salon, la Commission Justice et Paix dédie son animation et sa table ronde à cette thématique, tout en encourageant le questionnement du visiteur sur ce sujet et sur la recherche de pistes d’action.

Découverte de la lutte paysanne péruvienne

« Quand le minerai tue la semence », telle pourrait être la réponse de la Commission Justice et Paix face aux dégâts causés par l’extraction de ressources naturelles, comme l’or. Grâce à une animation proposée sur le stand et à une table ronde, l’association fait germer chez les visiteurs l’idée et/ou l’envie d’un engagement nouveau face à une problématique aux multiples enjeux.

Afin de présenter au public un cas concret d’exploitation de ressources naturelles, l’association aborde le conflit social en cours dans la ville de Cajamarca – au nord du Pérou – dans une animation accessible à tous. Au départ de photos réalisées avec la collaboration de partenaires locaux, le fil du quotidien des agriculteurs péruviens est retracé : en raison de l’arrivée massive de multinationales extractives de pays émergents et de pays du Nord, de nombreux dégâts dus à l’exploitation minière se répercutent sur la vie paysanne en empêchant le bon déroulement de l’agriculture et de l’élevage.

Ainsi, la pollution des réseaux hydriques, la déforestation, l’assèchement des terres et l’atteinte à la biodiversité côtoient un drame social grandissant où la population est la première victime de l’avidité de l’État et des entreprises. Une absence de dialogue avec ces derniers, un accès restreint aux ressources alimentaires de base et de multiples soucis sanitaires sont alors la source de ce sérieux conflit social.

La lutte paysanne péruvienne intrigue les visiteurs qui, par la suite, sont invités à défendre leurs intérêts en tant que « Paysans » ou « État » lors d’une courte simulation. Un jeu de cartes schématise alors en grands thèmes – « Eau », « Agriculture », « Exode rural », « Argent » et « Manifestations » – l’opposition entre les acteurs, tandis qu’une balance placée sur la table du stand symbolise le rapport de force inégalitaire entre les joueurs. La confrontation est rude et les « épis d’or » – ressources fictives du jeu – passent d’un côté à l’autre de la balance.

Des citoyens prennent la parole

Progressivement, l’animation fait son effet : les langues se délient et la surprise se lit sur le visage des participants. Des commentaires comme « Les paysans perdent-ils toujours ? », « Pourquoi l’État ne les soutient pas ? » fusent et mettent en évidence non pas une lutte manichéenne, mais plutôt la volonté des participants de partager leur ressenti.

L’important n’est pas de savoir, in fine, qui est le gagnant ou le perdant de la confrontation fictive. La table ronde – intitulée « Le droit à l’alimentation bafoué : quelle responsabilité pour le secteur privé ? » et organisée en collaboration avec divers partenaires [1] – arrive alors à point nommé, car elle complète la démarche réflexive du jeu.

Des représentants associatifs tels que Freddy Mumba du Centre National d’Appui et de Développement à la Participation Populaire (CENADEP) - RDC – et Juan Pablo Ozeata de Collectivos de Estudios Rurales IXIM – Guatemala – se succèdent pour exposer la situation de leur pays, images et graphiques à l’appui. Un autre partenaire, FIAN, propose quant à lui un documentaire – « Mubende, le café de l’injustice » – qui suscite de vives réactions au sein de l’assemblée.

Dès lors, les enjeux lors de cette table ronde sont multiples : il s’agit non seulement de permettre aux intervenants de partager leur réalité, mais aussi d’offrir la possibilité aux visiteurs d’exercer leur droit de citoyen en interpellant des représentants politiques. C’est également l’occasion pour l’ONG et ses partenaires de transmettre à ces représentants une série de recommandations en faveur d’un engagement économique plus respectueux et plus juste.

Ainsi, c’est avec et pour le public que se construisent la réflexion et le dialogue proposés tout au long de cet événement qu’est le salon Valériane. La sensibilisation face aux répercussions de l’exploitation abusive des ressources minières n’est donc que la première étape du long chemin tracé par l’éducation permanente et l’éducation au développement. À cela s’ajoute la nécessité de mettre en évidence les liens existant entre la thématique traitée et le quotidien des visiteurs.

Par conséquent, lors de leur passage au stand et à la table ronde, ces derniers sont guidés vers une réflexion plus large qui touche directement leur mode de consommation : s’il est vrai que les GSM et autres appareils électroniques sont la preuve matérielle de l’utilisation massive de minerais, d’autres produits sont composés de ressources naturelles, également sources de conflits sociaux et économiques. La thématique traitée lors de ce week-end est donc un moyen d’aiguiser la capacité de jugement des visiteurs, en quête de pistes d’action.

Le « consomm’acteur » et les ressources naturelles

Pour conclure, à partir d’une démarche réflexive et active, le visiteur dépasse le stade de simple auditeur pour devenir un citoyen proactif et responsable. En tant qu’ambassadeur d’un monde plus juste, davantage conscient des impacts de sa consommation sur les plans social et environnemental, il ne peut quitter Valériane sans quelques pistes d’action ! Celles-ci représentent le versant complémentaire de l’éducation permanente.

Parmi les gestes suggérés à tout un chacun, se tenir informé figure en haut de la liste. Tous les moyens de communication sont bons. Justice et Paix met d’ailleurs à disposition du public des études, des analyses ainsi que des dossiers pédagogiques traitant de diverses thématiques, et réalise également des conférences et des formations. Par ce biais et en perpétuelle collaboration avec le citoyen, l’association aide alors ce dernier à franchir le premier pas vers une citoyenneté nouvelle et responsable. Outre l’information, d’autres pistes sont conseillées.

Par exemple, dans la perspective de la réduction des impacts de la consommation alimentaire ou autres, il est recommandé aux visiteurs de veiller à l’origine de ses produits de consommation, en privilégiant notamment le commerce de proximité et les chaînes de recyclage (pour le matériel électronique).

S’informer, acquérir des réflexes de consommation durable et respectueuse des personnes et de l’environnement, voilà déjà une belle mission pour le « consomm’acteur » ! Cependant, Justice et Paix propose au public d’aller plus loin en soutenant le travail réalisé par les ONG, car sans l’appui des citoyens, impossible de progresser vers un monde plus juste et moins violent.

Le regard critique apporté par cette contribution lors de la création, de la diffusion d’animations ou d’analyses, et plus particulièrement lors de la rédaction de plaidoyers politiques, permet à l’équipe d’améliorer ses interventions. En se faisant le porte-parole du désir de mobilisation de certains membres de la société, l’ONG pose alors les jalons d’une citoyenneté authentique, dotée d’une nouvelle composante : la responsabilité.

En tant que « consomm’acteurs », vous contribuez – même indirectement – à la défense de la cause paysanne péruvienne et au respect des conditions d’exploitation des ressources naturelles. Ne craignez donc pas de vous aventurer sur le chemin de la citoyenneté responsable et engagez-vous en faveur d’un monde plus juste !

Stéphanie Bouffioulx


Notes

[1Nature et Progrès, CNCD 11.11.11, Entraide et Fraternité, FIAN et CETRI.

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