Qui sont les acteurs du recyclage de nos déchets électroniques ?

Une meilleure gestion des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) est aujourd’hui indispensable, tant pour des raisons environnementales et sociales qu’économiques. Au cadre législatif devant être mis en place aux niveaux européen et national doivent répondre des engagements concrets de la part des entreprises et des gestes quotidiens des citoyens

Des appareils électriques et électroniques novateurs ne cessent d’apparaître et rendent rapidement leurs prédécesseurs obsolètes : les lecteurs mp3 ont éclipsé les discmans et autres walkmans, les ventes mondiales de tablettes numériques ont dépassé celles des ordinateurs portables depuis 2013.

En parallèle à cette multiplication des avancées technologiques, le stock de déchets électriques et électroniques s’accroît de façon galopante. Ce syndrome de notre société d’hyperconsommation contraste avec l’adage selon lequel « le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas ». Inévitablement, il en appelle à nous questionner quant aux solutions disponibles pour valoriser nos appareils électriques et électroniques usagés.

Il n’est nullement question ici de tomber dans une technophobie primaire : le propos s’attache avant tout à mettre l’emphase sur les pratiques actuelles de recyclage, en soulignant leurs vertus [1], en questionnant leur faisabilité, en soutenant également des changements progressifs dans nos modes de production et de consommation. Il est affirmé qu’une meilleure gestion des déchets et, hypothétiquement, l’émergence d’une économie circulaire, doivent émaner de la rencontre entre des règles légales produites par les États et l’Union européenne, des engagements privés innovants (pris par les entreprises) et un activisme civil (venant des citoyens).

État des lieux

D’après l’institut d’études de marché allemand GfK et l’association américaine de l’électronique grand public CEA, les consommateurs ont consacré à travers le monde 1.024 milliards de dollars pour l’achat de smartphones, tablettes, ordinateurs, gsm, téléviseurs et autres consoles de jeux vidéo en 2014. Ces deux organismes prévoient d’ores et déjà une explosion des ventes de nouveaux gadgets en tous genres dans les années à venir, parmi lesquels figurent notamment les objets connectés "intelligents", qu’il s’agisse de lunettes, de montres ou même d’ampoules reliées au réseau wifi [2].
Alors que les innovations technologiques se multiplient à un rythme exponentiel, leur diffusion ne s’est pas accompagnée de pratiques de recyclage adéquates et optimales. Ainsi, si plus de 4 milliards de téléphones portables sont utilisés aujourd’hui dans le monde, seuls 3 % d’entre eux sont recyclés [3]. Ces chiffres sont d’autant plus alarmants que les gisements de DEEE (Déchets d’équipements électriques et électroniques [4]) augmentent de 2 à 3% par an.

En ce sens, les déchets font pleinement partie du processus de production moderne. Ils sont « ce qui reste de la consommation, ce dont le système de production n’a plus ou pas besoin, le trop, ce qui est délaissé par manque d’usage, ce qui est périmé, rejeté, oublié, mis au rebut » [5]. Dans le langage économique, on parle d’externalités. La production, mise en œuvre pour satisfaire nos besoins de consommation, n’a pas pour objet l’élimination des produits dont la durée d’utilisation a expiré. En conséquence, nos villes sont devenues des mines (urban mining) regorgeant de DEEE que nous sommes, jusqu’à présent, peu disposés à nous réapproprier et à incorporer de nouveau à notre mode de vie.

Pourquoi recycler les déchets électriques et électroniques ?

« Intrinsèquement, l’objet du recyclage est de récupérer des matières premières à partir de déchets industriels ou domestiques, diminuant ipso facto leur quantité [6]. Si le tri sélectif du papier, carton, verre ou plastique est largement répandu en Europe, le développement d’une pratique de recyclage systématique et performante des DEEE peine à se développer.

En réalité, la perception des déchets comme un grand problème de santé et d’environnement s’est largement imposée dans les pays les générant principalement. Les appareils électriques et électroniques sont en effet constitués d’une multitude de substances, certaines d’entre elles étant extrêmement dangereuses pour l’environnement et l’Homme lorsqu’elles parviennent dans l’air, dans le sol ou dans l’eau (notamment le chrome, le sélénium, le cobalt, le mercure, le plomb ou encore le lithium). On comprendra aisément dans quelle mesure leur mise en décharge et leur incinération doit être drastiquement limitée.

De nombreux pays occidentaux ont considéré qu’en raison des impacts écologiques néfastes concomitants au rejet des DEEE dans la nature, ces derniers devaient être strictement tenus à distance et expédiés à moindres frais vers des décharges clandestines en Afrique (Ghana, Nigeria...) ou en Asie (Chine, Inde, Pakistan, Bengladesh...). Or, le recyclage dans les pays du Sud est opéré par le secteur informel non régulé, où les produits électroniques en fin de vie sont retraités et manipulés sans précaution, affectant les ouvriers et occasionnant une pollution et des dégâts environnementaux significatifs.

Des règlementations existent pourtant, dont nous parlerons ci-après, de même que des procédés technologiques « propres », qui permettraient de limiter ces impacts négatifs sur l’Homme et l’environnement en faveur d’un recyclage bénéfique à bien des égards. La réalité, de plus en plus tangible, est aussi celle de l’intérêt présenté par les déchets en tant que ressource à exploiter. En effet, d’autres matières composant nos DEEE sont valorisables, autrement dit réutilisables. La plupart présentent une forte valeur économique, tels que l’or, l’argent, le palladium, le nickel ou le titanium. A titre indicatif, les produits électriques et électroniques produits en 2011 à travers le monde contenaient environ 320 tonnes d’or, soit 7,7 % de la production mondiale. Or, la disponibilité de ces matières premières est limitée et bon nombre d’entre elles sont déjà en voie de pénurie. Ainsi, des éléments stratégiques tels que le germanium, le gallium ou le sélénium, sont actuellement exploités à une telle vitesse que leurs réserves mondiales ne couvriront nos besoins que pour les prochaines trente années. Face à une telle raréfaction, le recyclage permet de réutiliser des matières premières déjà extraites et, ainsi, de limiter l’épuisement des gisements de minerais existants et par essence non renouvelables.

Le recyclage permet par ailleurs de réduire l’impact environnemental qui découle de la production primaire des métaux composant nos appareils électriques et électroniques. L’extraction et la fonte des matières premières sont en effet des étapes énergivores rejetant d’importantes quantités de dioxyde de carbone ainsi que des déchets souvent toxiques, les stériles miniers. Si les trois milliards de détenteurs de GSM à travers le monde faisaient recycler leur mobile, 240 000 tonnes de matières premières seraient préservées, réduisant ainsi l’équivalent en gaz à effet de serre de quatre millions de véhicules [7].

Ajoutons qu’au-delà de ses vertus écologiques et sociales, le recyclage est également une activité très rentable. Le coût du recyclage d’une matière issue d’un DEEE reste largement inférieur à celui de la production de cette même matière à partir du minerai. Selon un récent rapport de l’Unep, la gestion des DEEE représente un potentiel annuel de 410 milliards de dollars (360 milliards d’euros). Sans compter les bénéfices en termes de potentiel de création d’emplois. Ce que l’Union européenne a bien compris, puisqu’elle a mis en œuvre un ensemble législatif afin d’adapter la politique communautaire face à l’abondance de nos DEEE.

Précisons toutefois qu’un recyclage à 100 % de nos appareils électriques et électroniques relève de l’utopie. Tout d’abord, parce que l’usage dispersif que nous faisons de diverses matières premières (utilisées par exemple comme pigments ou colorants dans les encres et les peintures) engendre une perte de ressources inéluctable. Le recyclage entraîne souvent une dégradation de l’usage et certaines transformations sont irréversibles. Le recyclage des DEEE soulève par ailleurs des problèmes techniques qui ne sont toujours pas résolus. Les composants des produits hautement technologiques sont en effet typiquement intégrés les uns aux autres, ce qui ne permet pas une récupération aisée des ressources. Le recyclage des DEEE est ainsi plus compliqué que pour le recyclage du papier ou du verre notamment. Pour autant, malgré les limites que la pratique comporte, rien n’empêche de s’attacher à mettre en œuvre un taux de recyclage de 99.99 % de nos DEEE [8] !

Flora Barland
Stagiaire à Justice et Paix


Notes

[1L’approche adoptée se focalise principalement sur les bénéfices environnementaux du recyclage.

[4Les DEEE se partagent à parts égales entre déchets électroniques (10 % de téléviseurs, 25 % d’ordinateurs et matériels connexes et téléphones, 15 % de matériel hi-fi) et déchets électriques (20 % de réfrigérateurs et 30 % d’autres équipements électroménagers).

[5HOUDAYER Hélène, « Les déchets, métamorphoses et arts de déchoir », Sociétés, 2013, Vol. CXIX, n°1, pp.63-70.

[6RAMADE François, Introduction à l’écochimie : Les substances chimiques de l’écosphère à l’homme, Paris : Lavoisier, 2011, 828 p.

[8DE GUILLEBON Benoit, BIHOUIX Philippe, Quel futur pour les métaux ? : Raréfaction des métaux : un nouveau défi pour la société, Les Ulis : EDP Sciences, 2010, 299 pages.

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