La COP 20 au Pérou, une contradiction ?

Du 1 au 12 décembre 2014, le Pérou accueillait la Conférence des Parties signataires de la Convention Cadre des Nations-Unies sur le Changement Climatique (CMNUCC). Une chance pour le Pérou de parfaire son image internationale de pays connaissant une croissance galopante et respectueuse de l’environnement.

Mais cette image traduit-elle véritablement la réalité de la gestion environnementale au Pérou ? Cet événement fut-il l’occasion d’accroître la conscience climatique des citoyens péruviens ? Ou fut-il davantage perçu comme une opportunité commerciale et promotionnelle pour le pays andin ?

L’enjeu de la COP20

La COP est l’organe suprême de la Convention Cadre des Nations-Unies sur le Changement Climatique. La Convention a été adoptée en 1992 et est entrée en vigueur en 1994. Ratifiée par près de 195 États, la Convention a pour objectif de mettre en place un cadre global de l’effort intergouvernemental pour faire face au défi posé par le changement climatique. Les États s’engagent à adopter des stratégies de lutte contre les gaz à effet de serre et à communiquer à ce sujet. Quelques années plus tard, le Protocole de Kyoto est adopté dans une perspective de renforcement des engagements individuels. En 2012, le Protocole de Kyoto expire ; un nouvel accord doit lui succéder à Paris en 2015.

La Conférence de cette année à Lima avait pour but de poser les jalons pour qu’un accord global et contraignant pour tous les pays de la planète soit conclu en 2015 à Paris. Un premier texte devait être adopté sous forme de socle juridique à amender l’année suivante. L’importance de l’enjeu a-t-il permis de dépasser le souvenir du bilan plus que mitigé de la COP à Varsovie en 2013 ? Il y a un an, les ONG environnementales avaient claqué la porte avant la fin du sommet, manifestant leur vif mécontentement quant à la faiblesse des avancées réalisées.

À l’issue du sommet

Le point de discorde entre les parties est souvent le même. Les pays en voie de développement ne souhaitent pas prendre des mesures qui pourraient freiner le développement économique dont ont pu profiter les pays industrialisés, principaux responsables de la menace climatique actuelle. S’ensuivent des négociations afin d’évaluer à quelle hauteur chaque pays va s’engager, chacun étant attentif à une répartition équitable des efforts. Cette défiance a paralysé les discussions à maintes reprises.

La COP20 n’a pas dérogé à la règle et s’achève sur un bilan inférieur aux attentes. Si les pays développés se focalisent sur des calculs stricts de répartition des émissions, les pays en développement s’attachent davantage au maintien de la différenciation et à la prise en compte de mesures d’adaptation. Les pays émergents refusent de se voir imposer des efforts semblables aux pays industrialisés et invoquent la responsabilité historique. Les pays insulaires et les moins avancés exigent une assistance de la part des pays développés pour affronter le changement climatique. Mais la place dédiée à l’adaptation reste minime dans le texte final tout comme le mécanisme « pertes et préjudices » qui concerne les phénomènes climatiques extrêmes.

L’accord de Lima confirme en tout cas que tous les pays déposeront des contributions à la lutte contre le réchauffement climatique avant mars 2015. Le secrétariat de la Convention effectuera ensuite une synthèse qui évaluera si les engagements pris sont suffisants pour rester en-deçà du seuil des 2°C. D’ici au sommet de Paris, des groupes d’experts seront chargés de présenter un nouveau projet d’accord climatique mondial qui devrait entrer en vigueur en 2020.

Le Pérou, un exemple à suivre ?

Au Pérou comme ailleurs, les discours s’écartent souvent des réalités. Ainsi, le Président Humala déclarait-il en juillet 2014 que « les projets miniers devaient s’effectuer dans le respect de l’environnement et de la responsabilité sociale. Et que le Pérou était fier de son Ministère de l’Environnement et des standards environnementaux élevés imposés aux entreprises ». [1]

Pourtant, en juillet de cette même année, face à une croissance en berne, le Congrès adopte la loi 30230 qui établit des « mesures fiscales, la simplification des procédures et des permis pour la promotion et la dynamisation de l’investissement dans le pays ». Les compétences du Ministère de l’Environnement sont directement impactées, notamment la possibilité de créer des zones naturelles protégées ou de mener des processus d’agencement territorial. [2] Les délais d’approbation des études d’impact environnemental sont réduits à 45 jours tout comme le mandat de l’Organisme d’Evaluation et de Fiscalisation Environnementale (OEFA) qui perd son pouvoir d’évaluation et de sanction envers les entreprises pour ne plus assurer qu’un rôle informatif. Censées réactiver l’économie, ces mesures sont prises au détriment de la régulation environnementale en place dans le pays.

Le modèle économique même du Pérou, fondé sur le secteur extractif et surtout minier, entre en tension avec la protection de l’environnement. Les cas de contamination des sols et des eaux à proximité des sites miniers sont innombrables et appauvrissent les populations environnantes. Les exemples de mines « propres » sont quasi inexistants. En effet, l’extraction des minerais nécessite des substances toxiques (mercure, arsenic, cyanure…) dont le traitement ultérieur fait défaut.

De plus, le Pérou est considéré comme l’un des pays du monde les plus vulnérables au changement climatique. Cela s’explique par la grande variété de ses climats et sa vaste biodiversité. Trente millions de personnes vivent sur la côte menacée par la montée des eaux, un Péruvien sur trois dépend des glaciers pour son approvisionnement en eau, glaciers qui ont déjà perdu un tiers de leur volume. Et 90% de la population vit dans des zones soumises à des risques de sécheresse. [3]

Le style de croissance d’un pays, ses secteurs productifs dominants et ses technologies de production ont une incidence directe sur sa contribution à la lutte contre le réchauffement climatique. En ce sens, la croissance péruvienne, en plus de ne pas être durable car fondée sur l’extraction de ressources épuisables, ne sert pas les objectifs climatiques globaux.

Les revendications de la société civile péruvienne

Une opposition forte au modèle de développement péruvien existe, et ce principalement dans les communautés rurales, premières victimes des activités minières. La société civile entendait bien profiter de la COP20 pour faire entendre son point de vue et ses alternatives. En marge du sommet officiel, le Grupo Perú COP20, composé de nombreuses organisations de la société civile, organisait le Sommet des Peuples du 8 au 10 décembre.

Ce rassemblement a débouché sur la Déclaration de Lima qui exhorte les gouvernements du monde à respecter les territoires indigènes et à préserver leurs droits, cultures, habitudes et cosmovisions sur la vie et le monde. La Déclaration fut envoyée au Ministre de l’Environnement péruvien, Manuel Pulgar Vidal qui s’est engagé à rapporter ces conclusions dans le débat intergouvernemental.

La conscience climatique doit encore progresser, principalement dans les villes péruviennes. Les bénéfices de la croissance permettent à la population urbaine de profiter d’un mode de consommation inédit, qui s’épanouit en dehors des considérations environnementales. Espérons que les mobilisations de la société civile aient pu induire de nouveaux questionnements de société. Les 20.000 personnes ayant manifesté à dans les rues de Lima le 11 décembre le laissent penser.

Blâme à la Belgique

Les récents engagements de la Chine et des Etats-Unis, responsables de 42% des émissions mondiales, en matière de réduction des GES suscitent l’optimisme de nombreux observateurs. Considéré comme un accord sans précédent, il pourrait augurer de véritables avancées en 2015.

À nouveau, il s’agira de veiller à la concrétisation réelle des discours officiels. La décision de constitution d’un Fonds Climatique Vert [4] en 2009, réaffirmée à Lima, en est un exemple. Chaque année, le Fonds doit être approvisionné à hauteur de 100 milliards de dollars. Mais il peine à rassembler les financements promis. Et la Belgique ne montre pas l’exemple ! Celle-ci n’a encore rien donné des 150 millions d’euros qui lui sont demandés sur 3 ans.

Le rôle de la société civile internationale est crucial à ce niveau, tant du point de vue de la pression politique que de la poursuite d’une sensibilisation élargie. Assumer un engagement collectif dans la lutte contre le réchauffement climatique est essentiel au-delà des discours déresponsabilisants. Tout comme oser promouvoir le changement de modèle énergétique de nos sociétés qu’impose la réduction des émissions de GES.

Géraldine Duquenne


Notes

[3Pour en savoir plus, lire le Rapport Tyndall

[4Les pays les plus avancés s’engagent à verser un certain montant à destination des pays les plus vulnérables pour mettre en place des projets de lutte contre le réchauffement climatique.

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