La répression de la contestation au Pérou : entre politique extractive et conflits sociaux

Á l’occasion de la visite de l’organisation de droits de l’Homme péruvienne FEDEPAZ (David Velazco et Ana Maria Leyva) à Bruxelles, en septembre 2012, Justice et Paix a réalisé un "lobby tour", qui l’a amené à rencontrer des décideurs politiques belges et européens.

Avec une croissance avoisinant les 7% du PIB par an, le Pérou tire ses principaux revenus des investissements dans le secteur extractif, surtout minier. Le Pérou est colonisé par des multinationales qui en ont fait leur nouvel eldorado. En témoignent les quelque 20 % du sous-sol national qui leur ont été vendus par l’État.

Sans pour autant amener des possibilités d’emplois pour les autochtones, l’activité extractive provoque une pollution des sols et des eaux nuisible à la vie de la population. Les impacts sur la santé ainsi que sur la cohésion sociale sont désastreux.

Les populations mécontentes sont désespérées de ne pas voir leurs revendications entendues. Les contestations dérapent parfois en action violente. Jusqu’ici, l’État n’est pas parvenu à instaurer un climat de dialogue équilibré entre les multinationales et les populations. L’on constate l’absence ou l’inefficience de mécanismes formels de participation et de consultation.

En résulte une situation sociale explosive. Selon l’organe officiel péruvien la Defensoria del Pueblo, plus de 200 conflits sociaux sont actuellement actifs dans le pays, dont plus de cent sont directement liés à l’exploitation minière.

Nous sommes particulièrement préoccupés par l’attitude du gouvernement concernant deux conflits miniers en cours :

  1. Dans le nord du pays, à Cajamarca, les communautés paysannes, rejointes par les autorités régionales et locales ainsi que les citadins, se sont soulevées en novembre 2011 contre le projet de l’entreprise américaine Newmont d’exploiter le site Conga qui prévoit d’assécher des lagunes d’eau douce - pourtant reconnues comme indispensables à la préservation du fragile équilibre de l’écosystème de la région - afin d’extraire de précieux minerais. Au lieu de répondre par le dialogue, le Président Humala a choisi la force : l’État d’urgence a été déclaré dans 4 provinces. Outre les dizaines de blessés, plus d’une centaine de manifestants pacifiques ont été arrêtés et risques des peines allant jusqu’à 20 ans de prison. Le conflit est toujours en cours.
  2. Dans le sud du Pérou, à Espinar, les communautés protestent contre la compagnie minière anglo-suisse Xstrata. Elles exigent le respect des normes environnementales et l’établissement de mécanismes de compensation pour les communautés affectés vivant dans la zone d’opération minière. Fin mai 2012, de violents affrontements déclenchés par l’armée nationale envoyée sur place afin de chasser les manifestants qui bloquaient les route d’accès à la mine ont entraîné une nouvelle fois la déclaration de l’État d’urgence. Les droits constitutionnels et les libertés civiles suspendues, 22 personnes ont été arrêtées arbitrairement et agressées physiquement.

En tant qu’organisation oeuvrant pour le respect des Droits de l’Homme, Justice et Paix et ses partenaires belges et européens de la CIDSE et de la Plateforme Europe Pérou (PEP) sont fortement préoccupés par la répression de la contestation sociale et environnementale dans le cadre des opérations minières à grande échelle au Pérou. Cette tendance porte atteinte aux Droits de l’Homme fondamentaux que sont la liberté d’expression, d’association, de réunion ainsi que le droit à la liberté, à la protection et le respect des garanties judiciaires.

Compte tenu de cela, nous vous demandons :

  • D’exprimer votre profonde inquiétude à propos de la répression de la contestation sociale exprimée légitimement par les communautés affectées et condamner les graves impacts environnementaux subis par les écosystèmes ;
  • De veiller à ce que le gouvernement belge, notre ambassade à Lima et l’Union européenne (UE) assurent une vigilance active des cas de criminalisation de la contestation sociale, en offrant protection et reconnaissance aux défenseurs des Droits de l’Homme, comme mentionné dans les Lignes directrices de l’UE sur la protection des défenseurs des Droits de l’Homme.
  • Oeuvrer afin que le droit à la contestation sociale et les droits de détenus à un procès équitable soient garantis, et cela afin que les défenseurs des Droits de l’Homme puissent exercer leur travail sans crainte de représailles.
  • Visiter les communautés affectées afin de d’attirer l’attention nationale et internationale.
  • De mettre en débat le contenu des Accords d’Association négociés entre l’Union européenne et le Pérou, Colombie et Amérique centrale car ils contiennent de nombreuses dispositions qui risquent de provoquer l’exacerbation des tensions sociales et des impacts environnementaux négatifs ;
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