{"id":30533,"date":"2025-12-21T16:08:13","date_gmt":"2025-12-21T15:08:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.justicepaix.be\/?p=30533"},"modified":"2025-12-21T16:08:14","modified_gmt":"2025-12-21T15:08:14","slug":"conflits-armes-oublies-et-negliges-la-crise-globale-de-lattention","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/conflits-armes-oublies-et-negliges-la-crise-globale-de-lattention\/","title":{"rendered":"Conflits arm\u00e9s oubli\u00e9s et n\u00e9glig\u00e9s : la crise globale de l\u2019attention"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab\u00a0Pourquoi parle-t-on autant de Gaza et si peu du Soudan\u00a0?\u00a0\u00bb On retrouve cette interrogation dans de nombreux d\u00e9bats publics. Elle sert parfois \u00e0 d\u00e9tourner l\u2019attention d\u2019un conflit vers un autre, ce que l\u2019on appelle \u00ab <a href=\"https:\/\/www.britannica.com\/topic\/whataboutism\"><strong>whataboutism<\/strong><\/a><strong><u> <\/u><\/strong>\u00bb. Pourtant, elle pointe aussi un enjeu l\u00e9gitime: nous ne pouvons pas couvrir tous les conflits sans risquer l\u2019\u00e9puisement, mais nous ne pouvons pas non plus ignorer celles et ceux qui continuent de subir la guerre.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/www.justicepaix.be\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/le-type-visiblement-affecte-souffre-d-anxiete-sociale-en-raison-d-une-information-excessive-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-30536\" srcset=\"https:\/\/www.justicepaix.be\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/le-type-visiblement-affecte-souffre-d-anxiete-sociale-en-raison-d-une-information-excessive-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.justicepaix.be\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/le-type-visiblement-affecte-souffre-d-anxiete-sociale-en-raison-d-une-information-excessive-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.justicepaix.be\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/le-type-visiblement-affecte-souffre-d-anxiete-sociale-en-raison-d-une-information-excessive-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.justicepaix.be\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/le-type-visiblement-affecte-souffre-d-anxiete-sociale-en-raison-d-une-information-excessive-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.justicepaix.be\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/le-type-visiblement-affecte-souffre-d-anxiete-sociale-en-raison-d-une-information-excessive-18x12.jpg 18w, https:\/\/www.justicepaix.be\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/le-type-visiblement-affecte-souffre-d-anxiete-sociale-en-raison-d-une-information-excessive.jpg 1920w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Cr\u00e9dit : freepik.com<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Avant d\u2019aborder des situations concr\u00e8tes dans la suite de cette revue, il convient d\u2019abord de d\u00e9finir ce que l\u2019on entend par \u00ab&nbsp;<em>conflit arm\u00e9&nbsp;\u00bb<\/em>, mais aussi ce que recouvrent les notions de \u00ab&nbsp;<em>n\u00e9glig\u00e9<\/em>\u00bb et \u00ab&nbsp;d\u2019oubli\u00e9<em>&nbsp;\u00bb.<\/em> L\u2019exercice n\u2019est pas simple.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les \u00c9tats \u00e9vitent souvent les termes de \u00ab conflit arm\u00e9 \u00bb ou de \u00ab&nbsp;guerre&nbsp;\u00bb, pr\u00e9f\u00e9rant des expressions comme \u00ab op\u00e9ration sp\u00e9ciale \u00bb comme la Russie en Ukraine, ou encore \u00ab intervention humanitaire \u00bb comme l\u2019OTAN au Kosovo. Cette strat\u00e9gie linguistique n\u2019est pas propre \u00e0 un pays ou \u00e0 un r\u00e9gime : <strong>elle traverse toutes les cultures politiques.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>De l\u2019autre, la nature m\u00eame des conflits contemporains, caract\u00e9ris\u00e9s par la pr\u00e9sence d\u2019acteurs non \u00e9tatiques, d\u2019influences ext\u00e9rieures et de dynamiques transnationales, complique encore plus leur qualification. <strong>D\u00e9finir un <em>conflit arm\u00e9<\/em> suppose de croiser les approches du droit international et des sciences politiques<\/strong><a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le <a href=\"https:\/\/www.uu.se\/en\/department\/peace-and-conflict-research\/research\/ucdp\/ucdp-definitions\">Uppsala Conflict Data Program<\/a> d\u00e9finit un conflit arm\u00e9 comme un affrontement organis\u00e9 provoquant au moins vingt-cinq morts li\u00e9s aux combats entre deux acteurs, dont au moins un \u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<p>Le droit international humanitaire (DIH) et le droit p\u00e9nal international distinguent pour leur part&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>le conflit arm\u00e9 international<\/strong> (CAI), quand la force arm\u00e9e oppose des \u00c9tats ;<\/li>\n\n\n\n<li><strong>le conflit arm\u00e9 non international<\/strong> (CANI), quand l&rsquo;affrontement arm\u00e9 se d\u00e9roule sur un m\u00eame territoire national opposant des forces \u00e9tatiques \u00e0 des groupes arm\u00e9s non \u00e9tatiques ou uniquement des groupes arm\u00e9s non \u00e9tatiques entre eux.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Pour ce dernier, l\u2019analyse devient plus complexe. <a href=\"https:\/\/www.rulac.org\/classification\"><strong>Le projet RULAC<\/strong><\/a> (Rule of Law in Armed Conflicts), par exemple, distingue&nbsp; cinq crit\u00e8res : intensit\u00e9 des hostilit\u00e9s, organisation des parties, dur\u00e9e du conflit, contr\u00f4le territorial et coh\u00e9rence des op\u00e9rations militaires.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00ab Oubli\u00e9 \u00bb ou \u00ab n\u00e9glig\u00e9 \u00bb : deux termes proches, mais pas identiques<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Les mots \u00ab oubli\u00e9 \u00bb et \u00ab n\u00e9glig\u00e9 \u00bb sont souvent employ\u00e9s comme s\u2019ils avaient le m\u00eame sens, notamment dans les m\u00e9dias ou les rapports humanitaires. Pourtant, ils renvoient \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rentes, qu\u2019il est important de distinguer.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019OCHA<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>, utilise \u00e0 la fois les expressions <em>forgotten emergencies<\/em> (\u00ab urgences oubli\u00e9es \u00bb) et <em>neglected crises<\/em> (\u00ab crises n\u00e9glig\u00e9es \u00bb), sans pour autant en proposer de d\u00e9finition officielle. En revanche, son Fonds central d\u2019intervention d\u2019urgence (le CERF) finance les <em>underfunded emergencies<\/em> (\u00ab urgences sous-financ\u00e9es \u00bb) \u00e0 partir de plusieurs crit\u00e8res, tels que le niveau de financement re\u00e7u, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des populations concern\u00e9es et les consultations men\u00e9es avec les agences onusiennes et les organisations non gouvernementales.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Conseil norv\u00e9gien pour les r\u00e9fugi\u00e9s (NRC) publie chaque ann\u00e9e un classement des <em>most neglected displacement crises<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire des crises de d\u00e9placement les plus n\u00e9glig\u00e9es. Ce classement repose sur trois dimensions principales : le manque de financement, la faible couverture m\u00e9diatique et l\u2019absence d\u2019engagement politique ou diplomatique autour de ces situations.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour sa part, la Commission europ\u00e9enne parle plut\u00f4t de <em>forgotten crises<\/em>, les \u00ab crises oubli\u00e9es \u00bb. Elle entend par l\u00e0 des crises humanitaires graves et durables, mais pour lesquelles l\u2019aide internationale est insuffisante, faute d\u2019int\u00e9r\u00eat politique ou m\u00e9diatique. Son \u00e9valuation combine des indicateurs quantitatifs, tels que la gravit\u00e9 de la situation ou le niveau d\u2019aide humanitaire par habitant, et une analyse qualitative men\u00e9e par les expert\u00b7es de la Commission.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour mieux comprendre la diff\u00e9rence entre ces deux termes, il est utile de revenir \u00e0 leur sens premier. Le verbe <em>n\u00e9gliger<\/em> signifie \u00ab ne pas s\u2019occuper de quelque chose dont on devrait prendre soin \u00bb, tandis que le verbe <em>oublier<\/em> veut dire \u00ab perdre le souvenir de quelque chose \u00bb. <strong>Ainsi, une crise oubli\u00e9e est une situation qui a d\u00e9j\u00e0 suscit\u00e9 l\u2019attention du public ou mobilis\u00e9 la communaut\u00e9 internationale, mais qui a peu \u00e0 peu disparu du champ de perception collective<\/strong>. C\u2019est le cas, par exemple, du conflit en Syrie, largement couvert au d\u00e9but des ann\u00e9es 2010, mais beaucoup moins visible aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019inverse, <strong>une crise n\u00e9glig\u00e9e est une crise qui n\u2019a jamais b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une r\u00e9elle attention m\u00e9diatique ou politique, bien qu\u2019elle touche profond\u00e9ment les populations concern\u00e9es<\/strong>. Le Y\u00e9men, Ha\u00efti ou le Cachemire illustrent bien ce type de situation : elles font rarement la une des journaux, re\u00e7oivent peu de financements, et ne font l\u2019objet d\u2019aucune initiative diplomatique d\u2019envergure.<\/p>\n\n\n\n<p>En somme, une crise oubli\u00e9e est celle qu\u2019on a connue puis d\u00e9laiss\u00e9e, tandis qu\u2019une crise n\u00e9glig\u00e9e est celle qu\u2019on n\u2019a jamais vraiment regard\u00e9e. Cette distinction, bien que subtile, \u00e9claire la mani\u00e8re dont <strong>l\u2019attention internationale se distribue in\u00e9galement entre les trag\u00e9dies du monde.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les m\u00e9canismes de l\u2019invisibilit\u00e9<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Qu\u2019il soit oubli\u00e9 ou n\u00e9glig\u00e9, un conflit partage des caract\u00e9ristiques communes: manque de financement, faible visibilit\u00e9 m\u00e9diatique, et absence d\u2019initiatives politiques ou diplomatiques<\/strong>. Mais comment expliquer qu\u2019on conflit disparaisse, ou ne parvienne jamais, dans l\u2019agenda public ?<\/p>\n\n\n\n<p>Le chercheur Virgil Hawkins montre que la visibilit\u00e9 d\u2019un conflit d\u00e9pend de l\u2019interaction de quatre sph\u00e8res d\u2019influence : les d\u00e9cideur\u00b7euses politiques, les m\u00e9dias, le public et le monde acad\u00e9mique. Lorsque ces quatre acteurs d\u00e9tournent simultan\u00e9ment leur attention, Virgil Hawkins parle de \u00ab <em>stealth conflicts<\/em> \u00bb (conflits \u00ab furtifs \u00bb). En anglais, \u00ab <em>stealth<\/em> \u00bb d\u00e9signe quelque chose qui \u00e9chappe aux radars, qui est imperceptible plut\u00f4t que volontairement cach\u00e9. Il ne s\u2019agit donc pas d\u2019une dissimulation active, mais de la disparition progressive d\u2019un conflit.<\/p>\n\n\n\n<p>Il identifie six facteurs qui structurent cette hi\u00e9rarchie de l\u2019attention :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>l\u2019int\u00e9r\u00eat politique ou strat\u00e9gique<\/strong>;<\/li>\n\n\n\n<li><strong>la proximit\u00e9 g\u00e9ographique et l\u2019acc\u00e8s au terrain<\/strong> ;<\/li>\n\n\n\n<li><strong>la capacit\u00e9 d\u2019identification culturelle <\/strong>avec les victimes ;<\/li>\n\n\n\n<li><strong>la sympathie morale <\/strong>g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par un r\u00e9cit clair\u00a0 (coupables et innocents) ;<\/li>\n\n\n\n<li><strong>la simplicit\u00e9 du conflit, <\/strong>plus facile \u00e0 raconter qu\u2019une guerre fragment\u00e9e ;<\/li>\n\n\n\n<li><strong>le sensationnalisme<\/strong>, qui privil\u00e9gie l\u2019\u00e9v\u00e9nement spectaculaire \u00e0 la violence chronique<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>\u00c0 cela s\u2019ajoutent d\u2019autres acteurs et actrices: <strong>les diasporas<\/strong>, <strong>la soci\u00e9t\u00e9 civile<\/strong>, mais aussi les <strong>r\u00e9seaux sociaux<\/strong>. Ces derniers jouent un r\u00f4le ambivalent : ils permettent de mobiliser rapidement l\u2019attention, mais leurs algorithmes favorisent les contenus \u00ab viraux \u00bb et rel\u00e8guent dans l\u2019ombre des crises jug\u00e9es moins engageantes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les cons\u00e9quences de l\u2019invisibilit\u00e9 humanitaire<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019invisibilit\u00e9 d\u2019un conflit n\u2019est jamais neutre <\/strong>: elle a des cons\u00e9quences humaines, politiques et morales concr\u00e8tes. Lorsque l\u2019attention internationale se d\u00e9tourne<strong>, les financements humanitaires chutent, la diplomatie s\u2019essouffle et les violations des droits humains s\u2019aggravent.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Selon le <a href=\"https:\/\/humanitarianaction.info\/document\/global-humanitarian-overview-2025\">Global Humanitarian Overview 2025<\/a>, 300 millions de personnes dans le monde ont besoin d\u2019assistance humanitaire, dont 181 millions sont cibl\u00e9es \u00e0 travers 73 pays. Parmi elles, 114 millions sont consid\u00e9r\u00e9es comme prioritaires en raison de la gravit\u00e9 de leur situation. Ce recentrage forc\u00e9 laisse de vastes segments de la population sans assistance ni protection, aggravant les in\u00e9galit\u00e9s entre les crises visibles et celles qui demeurent dans l\u2019ombre. En cons\u00e9quence, moins une crise est m\u00e9diatis\u00e9e, moins elle attire de financements et d\u2019efforts politiques, ce qui renforce davantage son isolement et son oubli. <strong>Nous ne sommes plus face \u00e0 quelques crises oubli\u00e9es, mais face \u00e0 une crise globale de l\u2019attention et de la solidarit\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sortir de la hi\u00e9rarchie implicite des souffrances<br><\/strong>Face \u00e0 ces crises, il est essentiel de maintenir une vigilance citoyenne capable de raviver l\u2019attention des crises oubli\u00e9es. Mais au-del\u00e0 de l\u2019engagement individuel, il est n\u00e9cessaire d&rsquo;am\u00e9liorer la coordination et la synergie entre les acteurs et actrices&nbsp;: gouvernements, ONG, agences des Nations Unies, r\u00e9seaux communautaires, afin de conjuguer nos efforts et maintenir une solidarit\u00e9 durable. <strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette exigence s\u2019exprime d\u2019abord sur le plan politique et diplomatique. Les \u00c9tats et les institutions internationales doivent se doter de m\u00e9canismes qui ne d\u00e9pendent pas des cycles m\u00e9diatiques ou de l\u2019\u00e9motion du moment. Garantir un suivi constant des crises, m\u00eame lorsqu\u2019elles disparaissent des \u00e9crans, suppose des financements pluriannuels, des engagements p\u00e9rennes et une diplomatie attentive, fond\u00e9e sur la pr\u00e9vention, le dialogue et la responsabilit\u00e9 partag\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce cadre, la coop\u00e9ration internationale et la solidarit\u00e9 au d\u00e9veloppement jouent un r\u00f4le essentiel. Elles permettent de renforcer les capacit\u00e9s locales, de pr\u00e9venir les violences futures et de soutenir des solutions durables, ancr\u00e9es dans la justice et les droits humains. Pourtant, ces politiques sont aujourd\u2019hui fragilis\u00e9es. En Belgique, les coupes budg\u00e9taires r\u00e9centes dans la coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement affaiblissent le tissu associatif, limitent la port\u00e9e de l\u2019action des ONG et r\u00e9duisent la capacit\u00e9 de notre pays \u00e0 contribuer \u00e0 l\u2019effort mondial de paix et de solidarit\u00e9. R\u00e9duire ces moyens, c\u2019est non seulement compromettre des projets concrets, mais aussi trahir un principe fondamental : celui de la responsabilit\u00e9 partag\u00e9e envers les populations qui subissent les crises les plus graves et les plus invisibles.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la responsabilit\u00e9 ne s\u2019arr\u00eate pas aux institutions. Chacun et chacune d\u2019entre nous peut contribuer \u00e0 \u00e9largir l\u2019espace de l\u2019attention : en s\u2019informant sur des crises peu m\u00e9diatis\u00e9es, en relayant la voix des diasporas. <strong>L\u2019attention n\u2019est pas une ressource limit\u00e9e que l\u2019on distribue au gr\u00e9<\/strong> <strong>des tendances : elle est une capacit\u00e9 collective \u00e0 reconna\u00eetre l\u2019autre, \u00e0 \u00e9largir notre horizon moral.<\/strong> Refuser l\u2019oubli, c\u2019est refuser une hi\u00e9rarchie des douleurs. C\u2019est affirmer que la solidarit\u00e9 internationale n\u2019est pas une option, mais un pilier indispensable d\u2019une humanit\u00e9 partag\u00e9e et responsable.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mattia Tosato.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Le droit international public s\u2019appuie sur la notion d\u2019usage de la force et en \u00e9value la l\u00e9galit\u00e9 : il distingue la force licite et illicite.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Jucie Kone\u010dn\u00e1, \u201cStealth Conflicts: Unpacking the Causes of Underreported and Invisible Wars\u201d, Journal of Regional Security, vol. 19, no 2, 2024, p. 185\u2013206<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet article d\u00e9finit ce qu\u2019est un conflit arm\u00e9 selon le droit et les sciences politiques, puis distingue les notions de crises oubli\u00e9es et crises n\u00e9glig\u00e9es, en s\u2019appuyant sur les pratiques d\u2019organismes internationaux. Il explique les m\u00e9canismes d\u2019invisibilit\u00e9 qui rel\u00e8guent certains conflits hors de l\u2019agenda m\u00e9diatique et politique. Enfin, il souligne les cons\u00e9quences humanitaires de ce d\u00e9sint\u00e9r\u00eat et appelle \u00e0 une solidarit\u00e9 internationale durable pour lutter contre cette hi\u00e9rarchie de l\u2019attention.<\/p>","protected":false},"author":57,"featured_media":30536,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_seopress_robots_primary_cat":"none","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[2696,2722,2719],"tags":[3220,3267,3059,3125,2834],"class_list":["post-30533","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualites","category-articles-nos-publications","category-nos-publications","tag-conflits","tag-medias","tag-paix","tag-solidarite-internationale","tag-union-europeenne"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/30533","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/57"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=30533"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/30533\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":30537,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/30533\/revisions\/30537"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/30536"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=30533"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=30533"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=30533"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}