{"id":29974,"date":"2025-08-13T16:47:40","date_gmt":"2025-08-13T14:47:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.justicepaix.be\/?p=29974"},"modified":"2025-08-13T16:49:08","modified_gmt":"2025-08-13T14:49:08","slug":"colonialisme-vert-les-limites-des-bonnes-intentions","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/colonialisme-vert-les-limites-des-bonnes-intentions\/","title":{"rendered":"Colonialisme vert : les limites des bonnes intentions"},"content":{"rendered":"\n<p>Sous couvert d\u2019\u00e9cologie, certaines politiques perp\u00e9tuent des logiques coloniales et capitalistes. Le \u00ab&nbsp;colonialisme vert&nbsp;\u00bb r\u00e9v\u00e8le ces d\u00e9rives et invite \u00e0 repenser une transition r\u00e9ellement juste, \u00e9quitable et \u00e9mancipatrice.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-cover\" style=\"min-height:430px;aspect-ratio:unset;\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" class=\"wp-block-cover__image-background wp-image-29977\" alt=\"\" src=\"https:\/\/www.justicepaix.be\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Electronic_waste_at_Agbogbloshie_Ghana-1024x576.jpg\" data-object-fit=\"cover\" srcset=\"https:\/\/www.justicepaix.be\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Electronic_waste_at_Agbogbloshie_Ghana-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.justicepaix.be\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Electronic_waste_at_Agbogbloshie_Ghana-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.justicepaix.be\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Electronic_waste_at_Agbogbloshie_Ghana-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.justicepaix.be\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Electronic_waste_at_Agbogbloshie_Ghana-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/www.justicepaix.be\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Electronic_waste_at_Agbogbloshie_Ghana-18x10.jpg 18w, https:\/\/www.justicepaix.be\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/Electronic_waste_at_Agbogbloshie_Ghana.jpg 1920w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><span aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-cover__background has-background-dim\"><\/span><div class=\"wp-block-cover__inner-container is-layout-flow wp-block-cover-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><em>Cr\u00e9dit : Muntaka Chasant.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il existe un proverbe chinois qui d\u00e9clare que \u00ab&nbsp;dans chaque crise, il y a une opportunit\u00e9&nbsp;\u00bb. Il semble clair que l\u2019une des crises majeures de notre \u00e9poque est la crise \u00e9cologique. Pratiquement chaque jour, les donn\u00e9es et informations scientifiques et empiriques re\u00e7ues confirment l\u2019urgence et la n\u00e9cessit\u00e9 de faire face \u00e0 cette crise et d\u2019y r\u00e9pondre avec justesse et responsabilit\u00e9. Evidemment, le consensus sur cet \u00e9tat de crise n\u2019est pas nouveau. Beaucoup de gouvernements et organisations internationales se sont depuis longtemps saisi de cette question critique pour y r\u00e9pondre avec des solutions concr\u00e8tes. Cet ensemble de solutions s\u2019inscrit dans ce qu\u2019on appelle commun\u00e9ment la transition \u00e9cologique. Cette derni\u00e8re se d\u00e9finit comme un changement fondamental dans notre soci\u00e9t\u00e9 pour adopter un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement durable, respectueux de l&rsquo;environnement et des ressources naturelles. Il est clair que pour que cette transition soit efficace, elle doit \u00eatre juste et \u00e9quitable.<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les transformations n\u00e9cessaires \u00e0 cette transition \u00e9cologique, l\u2019une des plus mises en avant est la transition \u00e9nerg\u00e9tique. En quelques mots, l\u2019id\u00e9e de nos \u00e9lites est de transiter d\u2019un monde fond\u00e9 sur l\u2019utilisation massive d\u2019\u00e9nergie fossile \u00e0 un monde o\u00f9 on s\u2019attacherait plus \u00e0 l\u2019utilisation d\u2019\u00e9nergies renouvelables (soleil, vent, eau, etc.) et ce, gr\u00e2ce \u00e0 une r\u00e9volution technologique. En y regardant de plus pr\u00e8s, la recherche effr\u00e9n\u00e9e de la croissance \u00e9conomique, le productivisme, la surexploitation des ressources naturelles, particuli\u00e8rement au Sud global, les d\u00e9localisations par injonction de communaut\u00e9s enti\u00e8res du Sud global de leurs terres ancestrales, la surconsommation des populations du Nord global, etc. continuent\u2026 mais avec un label vert. Globalement, ces politiques et mesures de transition \u00e9nerg\u00e9tique ne remettent pas en question les logiques de domination et d\u2019exploitation&nbsp;: elles changent la structure mais gardent la vitrine.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que guid\u00e9\u2219es par de nobles intentions, beaucoup d\u2019entre nous avons adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 des politiques \u00e9cologiques trompeuses. L\u2019enfer est souvent pav\u00e9 de bonnes intentions&nbsp;: au nom d\u2019une transition \u00e9cologique n\u00e9cessaire, des logiques pernicieuses se mettent en place, justifiant l\u2019injustifiable. Nos \u00e9lans sinc\u00e8res sont souvent instrumentalis\u00e9s pour masquer la reproduction de rapports de domination. Le concept de colonialisme vert illustre cette r\u00e9alit\u00e9. En s\u2019appuyant sur celui-ci, cette analyse va tenter de montrer comment des populations, en g\u00e9n\u00e9ral du Sud global, subissent des violences, des souffrances etc. pour r\u00e9pondre aux besoins de la transition \u00e9nerg\u00e9tique des pays du Nord global. En d\u2019autres mots, comment l\u2019enfer de certaines populations peut \u00eatre pav\u00e9 de nos bonnes intentions.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le colonialisme vert et ses quatre axes<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Pour commencer, il nous faut d\u00e9finir le colonialisme. Le colonialisme est un syst\u00e8me de domination par lequel un pays puissant prend le contr\u00f4le d\u2019un territoire et de sa population, souvent par la force, dans <strong>une logique de profit<\/strong>. Il s\u2019est b\u00e2ti sur <strong>des fondements pseudo-scientifiques d\u00e9lirants<\/strong>, selon lesquels l\u2019humanit\u00e9 serait divis\u00e9e en \u00ab&nbsp;races&nbsp;\u00bb hi\u00e9rarchis\u00e9es, certains plus intelligentes, plus \u00e9volu\u00e9es, plus humaines que d\u2019autres. Ces th\u00e9ories raciales et civilisationnelles, aujourd\u2019hui discr\u00e9dit\u00e9es mais longtemps enseign\u00e9es comme v\u00e9rit\u00e9s, ont produit un imaginaire profond\u00e9ment in\u00e9galitaire, justifiant la domination comme un devoir moral, un acte de \u00ab&nbsp;civilisation&nbsp;\u00bb. Le colonialisme n\u2019est donc pas seulement une conqu\u00eate de terres ou de ressources, c\u2019est aussi <strong>une conqu\u00eate des esprits, non seulement des colonis\u00e9\u2219es mais aussi de la majorit\u00e9 des colonisateur\u2219rices, <\/strong>enferm\u00e9\u2219es dans la croyance d\u00e9lirante de leur propre <strong>sup\u00e9riorit\u00e9<\/strong>. Le colonialisme impose l\u2019id\u00e9e que certaines cultures ou peuples sont sup\u00e9rieurs \u00e0 d\u2019autres et justifie ainsi l\u2019exploitation, l\u2019effacement, la subordination ou la d\u00e9valorisation des soci\u00e9t\u00e9s domin\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne le colonialisme vert, simplement dit, il repose sur l\u2019id\u00e9e de la reproduction des logiques et dynamiques coloniales sous couvert de la n\u00e9cessit\u00e9 de mesures \u00e9cologiques. Miriam Lang, professeure \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 andine Sim\u00f3n Bol\u00edvar, Breno Bringel, professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019\u00c9tat de Rio de Janeiro et Mary Ann Manahan, chercheuse \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Gand expliquent que le colonialisme vert se construit autour de quatre axes<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a> qui utilisent le quasi-consensus mondial de la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9carboner ou en d\u2019autres mots, de r\u00e9agir \u00e0 l\u2019urgence climatique pour reproduire les relations d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9es Nord-Sud :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Le premier axe soutient que les ressources naturelles sont illimit\u00e9es et peuvent donc faire l\u2019objet d\u2019une exploitation massive malgr\u00e9 les cons\u00e9quences dramatiques des pressions extractivistes. Pour donner une couche verte \u00e0 cette perspective, celleux qui s\u2019alignent \u00e0 cette id\u00e9e pr\u00e9tendent que tant que cette exploitation, bien que pesante sur l\u2019\u00e9quilibre naturel, r\u00e9pond aux besoins de la transition \u00e9nerg\u00e9tique, elle est l\u00e9gitime. Nous appellerons cet axe&nbsp;: <strong>l\u2019axe \u00ab&nbsp;delulu \u00bb<\/strong><a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a> pour des raisons \u00e9videntes. Pour illustrer celui-ci, prenons les exemples de la mine de cuivre de Tintaya \/ Antapaccay<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a> au P\u00e9rou et la mine d\u2019or de Twangiza en R\u00e9publique D\u00e9mocratique du Congo<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Dans le premier exemple, les autorit\u00e9s p\u00e9ruviennes, encourag\u00e9es et soutenues par des puissantes entreprises occidentales, ici Glencore-Xtrata, autorisent une extraction mini\u00e8re massive qui \u00e9quivaut simplement \u00e0 un \u00e9cocide<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>, paradoxalement pour soutenir l\u2019effort \u00e0 la fabrication des nouvelles technologies sens\u00e9es soutenir la fameuse transition \u00e9nerg\u00e9tique. Ce constat se r\u00e9p\u00e8te dans le second exemple, avec ici un \u00e9l\u00e9ment accablant de plus. En 2010, l\u2019entreprise Banro, qui exploite la mine d\u2019or de Twangiza, a d\u00e9localis\u00e9 les habitant\u2219es de 3 villages, vivants sur le site d\u2019exploitation dans la chefferie de Luhwindja du territoire de Mwenga. Celleux-ci ont obtemp\u00e9r\u00e9 sur base de promesses non tenues (acc\u00e8s \u00e0 des logements d\u00e9cents, \u00e0 des services de base, etc.). R\u00e9sultats&nbsp;? Les habitant\u2219es d\u00e9plac\u00e9\u2219es ont perdu leurs rep\u00e8res sociaux, culturels et \u00e9conomiques. Le nouveau village est isol\u00e9, mal \u00e9quip\u00e9 (sans eau, sans \u00e9lectricit\u00e9) et les terres arables sont peu exploitables. De plus, l\u2019eau contamin\u00e9e de la mine menace les sous-sols\u2026Les c\u00e9l\u00e8bres bienfaits de l\u2019extractivisme, n\u2019est-ce pas&nbsp;?<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Le second axe, lui, se manifeste au travers de ce qu\u2019on appelle le conservationnisme protectionniste. Il s\u2019agit d\u2019une approche qui consid\u00e8re la nature comme un espace sauvage \u00e0 pr\u00e9server de toute pr\u00e9sence humaine. Ici, on cherche \u00e0 \u00ab&nbsp;conserver&nbsp;\u00bb ou mettre sous cloche des zones (parcs naturels, r\u00e9serves, etc.) pour revenir \u00e0 un \u00e9tat de nature \u00ab&nbsp;pur&nbsp;\u00bb sans intervention humaine. Cette approche est d\u00e9fendue sur base de l\u2019id\u00e9e qu\u2019elle permettrait de continuer \u00e0 polluer dans les pays de Nord tant que l\u2019on plante des arbres et prot\u00e8ge des for\u00eats ailleurs pour compenser. Nous appellerons cet axe, <strong>l\u2019axe \u00ab&nbsp;paternaliste&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;de sup\u00e9riorit\u00e9&nbsp;\u00bb<\/strong>. En effet, la vision de cet axe justifie r\u00e9guli\u00e8rement l\u2019expulsion de populations autochtones ou locales de leurs territoires, sous pr\u00e9texte de prot\u00e9ger la nature. Elle repose sur une id\u00e9e occidentale de la nature comme ext\u00e9rieur \u00e0 l\u2019humain, alors que dans beaucoup de cultures, la nature est entrelac\u00e9e avec les soci\u00e9t\u00e9s humaines.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Le troisi\u00e8me axe porte sur \u00ab&nbsp;<em>l\u2019utilisation des territoires du Sud global comme d\u00e9charges pour les d\u00e9chets toxiques et \u00e9lectroniques des sources d\u2019\u00e9nergie renouvelables<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. <strong>Cet axe peut \u00eatre nomm\u00e9 \u00ab&nbsp;la conqu\u00eate des esprits&nbsp;\u00bb<\/strong> pour signifier qu\u2019il s\u2019agit souvent de la face cach\u00e9e de la transition \u00e9nerg\u00e9tique. Non seulement l\u2019industrie mini\u00e8re est la plus grande productrice de d\u00e9chets (solides, liquides, gazeux) au monde mais les technologies au c\u0153ur de la transition produisent elles aussi une quantit\u00e9 consid\u00e9rable de d\u00e9chets, souvent n\u00e9glig\u00e9e dans les bilans environnementaux officiels. Cette r\u00e9alit\u00e9 est souvent invisibilis\u00e9e dans les pays du Nord car les territoires du Sud global servent souvent de poubelles ou zones sacrifi\u00e9es pour les d\u00e9chets issus de ces technologies dites \u00ab vertes&nbsp;\u00bb (panneaux solaires, batteries, \u00e9oliennes, etc.). Dans ce contexte, les d\u00e9chets sont souvent import\u00e9s ill\u00e9galement d\u2019Europe et d\u2019Am\u00e9rique du Nord sous pr\u00e9texte de mat\u00e9riel \u00ab&nbsp;r\u00e9utilisable&nbsp;\u00bb. La d\u00e9charge d\u2019Agbogbloshie au Ghana est un parfait exemple de ces pratiques de recyclage toxique \u00ab&nbsp;externalis\u00e9&nbsp;\u00bb.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Le dernier axe ou <strong>l\u2019axe du \u00ab&nbsp;profit \u00e0 tout prix&nbsp;\u00bb<\/strong> pr\u00e9sente le Sud global comme de nouveaux march\u00e9s o\u00f9 l\u2019on peut \u00e9couler des technologies soi-disant propres, \u00e0 des prix bien trop \u00e9lev\u00e9s, dans un syst\u00e8me commercial compl\u00e8tement d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9 qui maintient les \u00e9changes in\u00e9quitables. Finalement, c\u2019est dans cet axe qu\u2019on reconnait bien le bon vieux capitalisme. Bernard Duterme, directeur du Centre Tricontinental, nous rappelle m\u00eame que nous ne devrions pas \u00eatre surpris car \u00e7a a toujours \u00e9t\u00e9 l\u2019objectif de l\u2019\u00e9conomie dite verte, \u00e0 savoir comment continuer \u00e0 gagner de l\u2019argent tout en ayant un label vert comme simple acquis de conscience. Il le dit clairement&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>le capitalisme vert est un oxymore, la quantification de ses impacts \u00e9cocidaires n\u2019en finit pas de le confirmer<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a>.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la lumi\u00e8re des axes pr\u00e9sent\u00e9s, on discerne d\u00e9sormais la reproduction des m\u00e9canismes coloniaux. On comprend que \u00ab&nbsp;<em>les nouvelles politiques affich\u00e9es \u00e9quitables et durables du Nord global sont empreintes d\u2019une hypocrisie qui laisse intacts les m\u00e9canismes de domination, dont les effets aggravent tant les in\u00e9galit\u00e9s sociales que les d\u00e9r\u00e8glements \u00e9cologiques<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. Sur fond vert, les politiques de transition \u00e9nerg\u00e9tique jouent souvent d\u2019effets sp\u00e9ciaux pour nous faire miroiter des changements et ruptures politiques en faveur de l\u2019environnement alors qu\u2019elles perp\u00e9tuent l\u2019exploitation de ce dernier tout en continuant les pratiques de dominations capitalistes, coloniales et patriarcales.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019enfer est pav\u00e9 de bonnes intentions<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Le colonialisme vert nous rappelle qu\u2019il ne suffit pas d\u2019avoir des objectifs louables, c\u2019est aussi la mani\u00e8re dont on les met en \u0153uvre qui compte. Sinon, ces m\u00eames objectifs peuvent finir par \u00eatre vid\u00e9s de leur sens, voire contredits par les moyens mobilis\u00e9s. Le colonialisme vert met en lumi\u00e8re les contradictions flagrantes de certains discours ou concepts \u00e9cologistes qui ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s, comme celui de la transition \u00e9nerg\u00e9tique, d\u00e9sormais largement int\u00e9gr\u00e9 dans la logique du capitalisme vert. Tout cela souligne l\u2019importance de marquer une distinction claire entre les transformations r\u00e9elles et les adaptations de fa\u00e7ade.<\/p>\n\n\n\n<p>Il semble de plus en plus clair que les solutions \u00e0 la crise \u00e9cologique devraient plut\u00f4t s\u2019inscrire dans un changement de paradigme, une r\u00e9elle transition \u00ab&nbsp;\u00e9cosociale&nbsp;\u00bb (par soucis de distinction). Duterme d\u00e9finit cette derni\u00e8re comme \u00ab&nbsp;<em>un processus de r\u00e9\u00e9laboration radicale tant du rapport \u00e0 la nature des soci\u00e9t\u00e9s contemporaines que des rapports sociaux, des rationalit\u00e9s politiques et du mod\u00e8le \u00e9conomique<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a>. La solution commencerait donc par une rupture qui, d\u2019ailleurs, passent n\u00e9cessairement et d\u2019abord par une action hors du commun, \u00e0 savoir le remboursement int\u00e9gral de la dette \u00e9cologique<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a>. Elle impliquerait \u00e9videmment d\u2019autres actions compl\u00e9mentaires comme \u00ab&nbsp;<em>la restriction draconienne des activit\u00e9s polluantes li\u00e9es au productivisme et au consum\u00e9risme, l\u2019interdiction de toute subsidiation publique des secteurs nuisibles \u00e0 l\u2019environnement, la r\u00e9gulation drastique des march\u00e9s financiers et la sanction de tout placement socialement et \u00e9cologiquement toxique,<\/em> [\u2026]&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\">[11]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Finalement, comme mentionn\u00e9 en introduction, cette crise peut et devrait devenir une v\u00e9ritable opportunit\u00e9 pour nos soci\u00e9t\u00e9s, en particulier la soci\u00e9t\u00e9 belge, de se confronter aux fondements du colonialisme, du patriarcat et du capitalisme et de les transformer en profondeur. C\u2019est \u00e0 ce prix qu\u2019une v\u00e9ritable transition \u00e9cologique r\u00e9ellement juste et \u00e9quitable pourra peut-\u00eatre \u00e9merger, une transition en faveur de l\u2019environnement et de l\u2019\u00e9quit\u00e9 sociale. Il nous revient, en tant que citoyen\u2219nes, de prendre nos responsabilit\u00e9s&nbsp;: en nous informant pour ne pas \u00eatre manipul\u00e9\u2219es et en interpellant nos responsables politiques afin qu\u2019ils et elles assument pleinement leur r\u00f4le et nous rendent des comptes. \u00c0 ces dernier\u2219es, de tous bords politiques, il revient de saisir cette crise comme une opportunit\u00e9 historique de construire un avenir plus juste, non seulement pour les Belges d\u2019aujourd\u2019hui mais aussi pour celleux de demain.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe un proverbe chinois qui d\u00e9clare que \u00ab&nbsp;dans chaque crise, il y a une opportunit\u00e9&nbsp;\u00bb, encore faut-il le comprendre et la saisir&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Emmanuel Victor Tshimanga Nendaka.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Bringel, Breno, Miriam Lang, and Mary Ann Manahan. \u201cColonialisme vert n\u00e9olib\u00e9ral vs justice \u00e9cosociale transformatrice.\u201d Business vert en pays pauvres : points de vue du Sud, vol. 32, CETRI, 2024, p. 32.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Expression contemporaine tir\u00e9e des r\u00e9seaux sociaux pour exprimer le terme anglais delusional qui se traduit par d\u00e9lirant ou dans le d\u00e9ni.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Justice et Paix. L\u2019extraction \u00e0 tout prix\u202f?\u202fZoom sur les mines de cuivre au P\u00e9rou. Justice et Paix (Commission Justice et Paix, Belgique), 2025, p.41.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Justice et Paix. Le cri de la terre au Sud\u2011Kivu. L\u2019extractivisme minier en RD Congo\u202f: entre espoir et exploitation. Justice et Paix, 2024, pp. 18-19.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> L\u2019\u00e9cocide d\u00e9signe la destruction grave, \u00e9tendue ou durable d\u2019\u00e9cosyst\u00e8mes, caus\u00e9e par des actions humaines, qui menace la vie ou l\u2019\u00e9quilibre de la nature.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Bringel, Breno, Miriam Lang, and Mary Ann Manahan. \u201cColonialisme vert n\u00e9olib\u00e9ral vs justice \u00e9co sociale transformatrice.\u201d Business vert en pays pauvres : points de vue du Sud, vol. 32, CETRI, 2024, p. 32.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Ibid, p. 17.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Ibid, p. 10.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> Bringel, Breno, Miriam Lang, and Mary Ann Manahan. \u201cColonialisme vert n\u00e9olib\u00e9ral vs justice \u00e9co sociale transformatrice.\u201d Business vert en pays pauvres : points de vue du Sud, vol. 32, CETRI, 2024, p. 19.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> La dette \u00e9cologique correspond \u00e0 ce que les pays du Nord global doivent aux pays du Sud global (ou aux g\u00e9n\u00e9rations futures), du fait de leur surexploitation des ressources naturelles, de leur pollution excessive et de leur responsabilit\u00e9 historique dans les crises \u00e9cologiques (comme le changement climatique, la d\u00e9forestation ou l\u2019\u00e9rosion de la biodiversit\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> Bringel, Breno, Miriam Lang, and Mary Ann Manahan. \u201cColonialisme vert n\u00e9olib\u00e9ral vs justice \u00e9co sociale transformatrice.\u201d Business vert en pays pauvres : points de vue du Sud, vol. 32, CETRI, 2024, p. 19.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il s\u2019agit d\u2019une critique du colonialisme vert et de la transition \u00e9nerg\u00e9tique, entre fausses solutions et reproduction des dominations. <\/p>","protected":false},"author":57,"featured_media":29977,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_seopress_robots_primary_cat":"none","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[2696,2722,2719],"tags":[3235,2888,2873],"class_list":["post-29974","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualites","category-articles-nos-publications","category-nos-publications","tag-capitalisme","tag-colonisation","tag-ecologie-2"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29974","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/57"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=29974"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29974\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":29980,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29974\/revisions\/29980"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/29977"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=29974"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=29974"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=29974"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}