{"id":29262,"date":"2025-02-24T16:15:54","date_gmt":"2025-02-24T15:15:54","guid":{"rendered":"https:\/\/www.justicepaix.be\/?p=29262"},"modified":"2025-02-25T14:13:48","modified_gmt":"2025-02-25T13:13:48","slug":"guerre-a-lest-de-la-rdc-plus-quun-conflit-ethnique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/guerre-a-lest-de-la-rdc-plus-quun-conflit-ethnique\/","title":{"rendered":"Guerre \u00e0 l\u2019Est de la RDC : plus qu\u2019un conflit ethnique"},"content":{"rendered":"\n<p>La prise de Goma et Bukavu par le M23 a raviv\u00e9 les violences en RDC. Souvent pr\u00e9sent\u00e9e comme une crise ethnique, cette lecture occulte des enjeux historiques et \u00e9conomiques li\u00e9s \u00e0 la colonisation. Une approche d\u00e9coloniale est essentielle pour en comprendre les causes profondes.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-cover\"><span aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-cover__background has-background-dim\"><\/span><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"781\" class=\"wp-block-cover__image-background wp-image-29265\" alt=\"\" src=\"https:\/\/www.justicepaix.be\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/BML_Le_Lointain_partie_2_48_29083_Mindouli_pendant_les_travaux_tranchee_du_Col_des_Viperes_km_130-1024x781.jpg\" data-object-fit=\"cover\" srcset=\"https:\/\/www.justicepaix.be\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/BML_Le_Lointain_partie_2_48_29083_Mindouli_pendant_les_travaux_tranchee_du_Col_des_Viperes_km_130-1024x781.jpg 1024w, https:\/\/www.justicepaix.be\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/BML_Le_Lointain_partie_2_48_29083_Mindouli_pendant_les_travaux_tranchee_du_Col_des_Viperes_km_130-300x229.jpg 300w, https:\/\/www.justicepaix.be\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/BML_Le_Lointain_partie_2_48_29083_Mindouli_pendant_les_travaux_tranchee_du_Col_des_Viperes_km_130-768x586.jpg 768w, https:\/\/www.justicepaix.be\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/BML_Le_Lointain_partie_2_48_29083_Mindouli_pendant_les_travaux_tranchee_du_Col_des_Viperes_km_130-1536x1172.jpg 1536w, https:\/\/www.justicepaix.be\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/BML_Le_Lointain_partie_2_48_29083_Mindouli_pendant_les_travaux_tranchee_du_Col_des_Viperes_km_130-16x12.jpg 16w, https:\/\/www.justicepaix.be\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/BML_Le_Lointain_partie_2_48_29083_Mindouli_pendant_les_travaux_tranchee_du_Col_des_Viperes_km_130.jpg 1920w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><div class=\"wp-block-cover__inner-container is-layout-flow wp-block-cover-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-center has-large-font-size\"><\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Fin janvier 2025, le monde apprenait avec effarement la prise de la ville de Goma, chef-lieu de la province du Nord Kivu dans l\u2019Est de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, par le groupe arm\u00e9 du mouvement du 23 Mars (M23). Depuis lors, le groupe arm\u00e9, notoirement appuy\u00e9 par le r\u00e9gime rwandais, s\u2019est empar\u00e9 de la ville de Bukavu, contr\u00f4lant d\u00e9sormais les deux grandes villes frontali\u00e8res. La prise de celles-ci s\u2019est accompagn\u00e9e de massacres, viols, kidnappings et tortures au su et au vu de toute la communaut\u00e9 internationale. Cette nouvelle vague de violences dans la r\u00e9gion peut souvent \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e comme une probl\u00e9matique ethnique avant tout, comme cela a \u00e9t\u00e9 le cas lors de la s\u00e9quence QR du JT de la RTBF du 12 f\u00e9vrier 2025. Bien qu\u2019il soit ind\u00e9niable qu\u2019il existe des causes ethniques \u00e0 ces cycles de conflits, les d\u00e9finir comme causes principales est une op\u00e9ration insidieuse dans un contexte belge, encore profond\u00e9ment empreint de colonialit\u00e9<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>. Nous allons tenter de d\u00e9montrer cela en nous fondant sur une approche d\u00e9coloniale.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant de rentrer dans le vif du sujet, nous devons pr\u00e9ciser qu\u2019on ne peut pas correctement aborder les probl\u00e9matiques modernes telles que les conflits, la violence, l\u2019exploitation massive des ressources naturelles, les traumatismes de longues dur\u00e9es et les tensions toujours pr\u00e9sentes dans la sous-r\u00e9gion des Grands Lacs, sans prendre en consid\u00e9ration notre pass\u00e9 commun. Certain\u2219es sont peut-\u00eatre perplexes&nbsp;: Pourquoi impliquer la Belgique dans ces conflits alors que les ind\u00e9pendances se sont d\u00e9roul\u00e9es il y a maintenant plus de 60 ans et que les relations entre les anciennes colonies et l\u2019ancienne m\u00e9tropole ont bien chang\u00e9. L\u2019\u00e9minent historien belge Jean-Luc Vellut a \u00e9crit : \u00ab <em>le silence et les hourras du pass\u00e9 p\u00e8sent encore sur le pr\u00e9sent<\/em> \u00bb<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> (traduction). Par ces mots, il voulait souligner \u00e0 quel point l\u2019Europe, y compris la Belgique, souffre encore du manque de reconnaissance et de d\u00e9bat sur son pass\u00e9 colonial, longtemps fa\u00e7onn\u00e9 par la propagande et enfoui dans une amn\u00e9sie collective. Ne pas reconnaitre la grande part de responsabilit\u00e9 des dirigeants politiques europ\u00e9ens et belges \u2013 et, par extension, le peuple belge \u2013 dans la situation actuelle de l\u2019Est de la RDC provient de ce manque de reconnaissance et de d\u00e9bat, et c\u2019est justement ce que d\u00e9plore Vellut. Son constat explique \u00e9galement la continuit\u00e9 de la colonialit\u00e9, notamment en Belgique. Les relations entre la Belgique et ses anciennes colonies ont certes chang\u00e9 mais il n\u2019y a pas eu de v\u00e9ritable rupture en termes d\u2019approche et d\u2019id\u00e9ologie avec l\u2019\u00e9poque coloniale. Au contraire, tout porte \u00e0 croire que le logiciel colonial perdure dans ce qu\u2019Anne Wetsi Mpoma, historienne de l\u2019art et experte de la Commission Parlementaire \u00ab&nbsp;Pass\u00e9 colonial&nbsp;\u00bb, appelle : \u00ab&nbsp;<em>le colonialisme contemporain<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>. Elle le d\u00e9finit comme&nbsp;: \u00ab <em>les manifestations contemporaines de cette volont\u00e9 de domination occidentale et dont les fondements id\u00e9ologiques se retrouvent dans l\u2019id\u00e9ologie coloniale [\u2026] \u00c9tant donn\u00e9 que malgr\u00e9 la d\u00e9colonisation des \u00e9tats africains, aucune rupture n\u2019a r\u00e9ellement \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9e tant au point de vue institutionnel qu\u2019id\u00e9ologique, il me para\u00eet tout \u00e0 fait justifi\u00e9 de parler de colonialisme contemporain plut\u00f4t que de chercher des liens entre colonialisme et racisme structurel comme si \u00e0 aucun moment, il y avait eu rupture avec le colonialisme dans nos soci\u00e9t\u00e9s<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Si on veut comprendre pourquoi c\u2019est probl\u00e9matique, surtout en Belgique, de dire que la question ethnique est l\u2019enjeu principal des conflits aux Kivus, sans creuser plus loin, il faut se pencher et analyser deux \u00e9l\u00e9ments en particulier. Premi\u00e8rement, le r\u00f4le unique du Congo dans les int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques, aussi bien hier qu\u2019aujourd\u2019hui, puis <a>l\u2019impact des pratiques pass\u00e9es li\u00e9es \u00e0 ces int\u00e9r\u00eats et leurs r\u00e9percussions encore visibles aujourd\u2019hui<\/a>. D\u00e9taillons cela ensemble plus sp\u00e9cifiquement afin que le grand public belge puisse mieux appr\u00e9hender les causes profondes de la situation terrible \u00e0 laquelle doivent faire face les Congolais\u2219es des provinces de l\u2019Est de la RDC, mieux saisir les liens avec la p\u00e9riode coloniale et ainsi s\u2019engager vigoureusement pour un monde plus juste et \u00e9galitaire.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le r\u00f4le unique du Congo dans les int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques, aussi bien hier qu\u2019aujourd\u2019hui<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Dieudonn\u00e9 Kambayi, auteur invit\u00e9 par l\u2019association belge F\u00e9miya<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>, note que \u00ab&nbsp;<em>jamais l\u2019Europe, dans l\u2019histoire du monde, ne s\u2019est montr\u00e9e aussi collaborative que lors de la division et du partage de l\u2019Afrique<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>&nbsp;. Cette collaboration d\u00e9montre les int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques significatifs que les pays occidentaux poss\u00e9daient pour l\u2019Afrique et l\u2019Africain d\u00e9j\u00e0 autrefois. Toutefois, dans le projet colonial europ\u00e9en, le cas du Congo se distinguait des autres par <em>\u00ab&nbsp;l\u2019int\u00e9r\u00eat particulier que <\/em>[les richesses du] <em>sol et le sous-sol avaient suscit\u00e9 vis-\u00e0-vis des<\/em> [dirigeants]<em> europ\u00e9ens<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>, ce qui explique d\u2019ailleurs pourquoi le Congo a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 reconnu comme un Etat avant de devenir une colonie en 1908. Rien ne prouve que cet int\u00e9r\u00eat soit pass\u00e9. Au contraire, tout porte \u00e0 croire que l\u2019obsession \u00e9conomique occidentale envers le Congo n\u2019a pas pris fin et reste d\u2019actualit\u00e9. Dans son livre <em>Congo Inc: Le testament de Bismarck<\/em>, Koli Jean Bofane explique que, nourris par cette obsession, les occidentaux ont d\u00e9velopp\u00e9 ce qu\u2019il appelle \u00ab&nbsp;l\u2019algorithme Congo Inc.&nbsp;\u00bb. Cet algorithme, qui est r\u00e9guli\u00e8rement \u00ab&nbsp;mis \u00e0 jour quelque part entre Washington, Londres, Bruxelles et Kigali&nbsp;\u00bb, d\u00e9signe la logique impitoyable d\u2019un syst\u00e8me qui, depuis la colonisation, a perp\u00e9tu\u00e9 l\u2019exploitation du Congo et de ses habitants, transformant le pays en une machine \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer des profits pour des int\u00e9r\u00eats \u00e9trangers, souvent au d\u00e9triment de son propre d\u00e9veloppement.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette logique, h\u00e9ritage principal du colonialisme, perdure encore aujourd\u2019hui, mais sous de nouvelles formes, notamment avec l\u2019essor du capitalisme mondial et l\u2019implication croissante de nouvelles puissances comme les USA ou la Chine. Alors quand, pour la transition \u00e9cologique, le monde est tributaire de mati\u00e8res premi\u00e8res essentielles dont regorge le sol et sous-sol congolais, ces puissances capitalistes et leurs entreprises, en ce compris l\u2019Union Europ\u00e9enne (UE), s\u2019appuient gracieusement sur l\u2019algorithme Congo Inc, entrainant ainsi la Belgique dans une complicit\u00e9 tacite. Cet algorithme a certes \u00e9volu\u00e9, mais il conserve bien son objectif et son contrecoup principal&nbsp;: l\u2019exploitation intensive des ressources naturelles congolaises au d\u00e9triment de ses habitant\u2219es. Plusieurs \u00e9l\u00e9ments l\u2019attestent&nbsp;: D\u2019un c\u00f4t\u00e9, on observe que le r\u00e9gime rwandais b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un soutien international significatif, en particulier <a href=\"https:\/\/luxdev.lu\/fr\/activities\/country\/RWA?utm_\">sur le plan \u00e9conomique<\/a>, avec des accords visant \u00e0 renforcer les \u00e9changes, notamment avec l\u2019UE sur les mati\u00e8res premi\u00e8res strat\u00e9giques. De l\u2019autre, on assiste \u00e0 une explosion des exportations de minerais comme le coltan, extrait du sous-sol congolais mais exp\u00e9di\u00e9 par le Rwanda, apr\u00e8s des massacres et des pillages orchestr\u00e9s par des groupes arm\u00e9s tels que le M23. \u00c0 cela s\u2019ajoute le soutien des institutions europ\u00e9ennes et belges \u00e0 l\u2019accession contest\u00e9e au pouvoir d\u2019un Tshisekedi novice et ill\u00e9gitime. En parall\u00e8le, le discours timor\u00e9 de la communaut\u00e9 internationale \u2013 beaucoup de condamnations, mais peu d\u2019actions concr\u00e8tes \u2013 vis-\u00e0-vis des agresseurs rwandais contraste avec la fermet\u00e9 affich\u00e9e lors de l\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie. Pour certain\u2219es, cela rel\u00e8ve de complaisance&nbsp;; pour d\u2019autres, d\u2019une complicit\u00e9 silencieuse. En d\u00e9finitif, cela t\u00e9moigne de la perp\u00e9tuation, consciente ou non, de l\u2019algorithme Congo Inc.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019impact des pratiques coloniales pass\u00e9es li\u00e9es aux int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques et leurs r\u00e9percussions encore visibles aujourd\u2019hui<\/strong><strong><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Kambayi souligne que&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>l<\/em><em>e regard \u00e9conomique obsessionnel des occidentaux vers le Congo comme \u00c9tat \u00e0 des fins commerciales, venant de L\u00e9opold II et de la Belgique, a d\u00e9tourn\u00e9 la formation d\u2019une nation dans les r\u00e8gles de l\u2019art<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>. Comme abord\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, il note que \u00ab&nbsp;<em>le but ultime <\/em>[des politiques coloniales]<em> \u00e9tait d\u2019exploiter le territoire congolais sans se soucier de l\u2019avenir de ses occupants<\/em>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>. Cela est d\u2019ailleurs confirm\u00e9 par le prince Albert, futur roi des Belges, dans son journal de route lors de son voyage au Congo<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a> ou d\u2019autres comme Monsieur P\u00e9tillon, Gouverneur G\u00e9n\u00e9ral au Congo belge (1952-58), dans des discours<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>. Un exemple concret de ces politiques coloniales est le d\u00e9placement forc\u00e9 de populations, souvent pour fournir de la main d\u2019\u0153uvre aux travaux forc\u00e9s. Ce fut, par exemple, le cas de 100 000 Rwandais\u2219es qui furent transplant\u00e9\u2219es entre 1937 et 1945 dans le territoire de Masisi, dans le Nord Kivu, dans le cadre du programme Mission d\u2019Immigration des Banyarwanda. \u00c0 cause de ces d\u00e9placements, les populations locales ont subi et subissent encore la d\u00e9structuration de la gestion des milieux fortement li\u00e9e aux coutumes respectives de chacun\u2219e. Cette pratique est tellement catastrophique qu\u2019elle est reconnue, depuis 1949, comme un crime de guerre et un crime contre l\u2019humanit\u00e9 en droit international humanitaire. Ces proc\u00e9d\u00e9s ont donc d\u00e9bouch\u00e9 sur une d\u00e9stabilisation profonde de la r\u00e9gion, encore perceptible de nos jours.<\/p>\n\n\n\n<p>Les cycles de conflits au Nord Kivu trouvent notamment leur origine dans ces pratiques \u00ab&nbsp;d\u2019ing\u00e9nierie d\u00e9mographique&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a> men\u00e9es par le gouvernement colonial belge comme rapport\u00e9 par IPIS<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>. D\u00e8s lors, l\u2019aspect ethnique de ces conflits existe bel et bien mais il est essentiel de rappeler, pour \u00e9viter tout lecture colonialiste, qu\u2019ils s\u2019inscrivent dans le chaos provoqu\u00e9 par plus d\u2019un si\u00e8cle de colonialisme. Cette r\u00e9v\u00e9lation est significative car elle nous aide \u00e0 saisir le profond h\u00e9ritage colonial qui fondent les conflits actuels au Congo d\u2019une part et \u00e0 \u00e9viter de justifier les conflits actuels au Congo uniquement par la d\u00e9faillance des diff\u00e9rentes administrations politiques congolaises, d\u2019autre part. Elle nous exhorte aussi \u00e0 \u00e9luder les analyses qui invisibiliseraient et ainsi d\u00e9responsabiliseraient les \u00e9tats occidentaux et en particulier la Belgique dont les politiques coloniales produisent encore des r\u00e9percussions n\u00e9fastes jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. En r\u00e9sum\u00e9, en se focalisant sur l\u2019aspect ethnique, on participe \u00e0 la perp\u00e9tuation du logiciel colonial qui maintient l\u2019image de l\u2019Africain\u2219e sauvage, d\u00e9nu\u00e9\u2219e de raisons et de consid\u00e9rations pour la vie humaine. Le pi\u00e8ge est que cela d\u00e9politise la question aupr\u00e8s du grand public et d\u00e9tourne des enjeux principaux de ces conflits.<\/p>\n\n\n\n<p>En conclusion, nous esp\u00e9rons que cette analyse a mis \u00e0 nu certains enjeux cl\u00e9s derri\u00e8re les cycles de conflits en RDC, qui perdurent depuis la colonisation, afin que notre r\u00e9ponse soci\u00e9tale et politique soit \u00e9galement plus juste. Ce texte ne souhaite pas remettre en question le caract\u00e8re ethnique des conflits \u00e0 l\u2019Est du Congo mais veut plut\u00f4t interpeller sur les dangers que comportent le fait de le placer comme cause principal sans aller plus loin. Cela invisibilise les responsabilit\u00e9s des autres acteurs internationaux dont la Belgique,&nbsp;impliqu\u00e9s dans les dynamiques de ces conflits depuis l\u2019\u00e9poque coloniale pour des raisons \u00e9conomiques. Cette invisibilisation et d\u00e9responsabilisation s\u2019aligne parfaitement sur les techniques de propagande coloniale qui permettaient de camoufler les pratiques horribles d\u2019exploitation des ressources et des corps des Congolais\u2219es derri\u00e8re des narratifs pimpants comme \u00ab&nbsp;la mission civilisatrice&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\">[14]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour construire un monde plus juste et \u00e9galitaire, il est donc de notre responsabilit\u00e9, en tant que citoyens et citoyennes, de prendre conscience de ces types de m\u00e9canismes du logiciel colonial et d\u2019exiger de nos responsables politiques, tant \u00e0 l\u2019UE qu\u2019en Belgique, qu\u2019ils y mettent fin. Chacun\u2219e de nous portons cette responsabilit\u00e9. Nous ne pouvons rester spectateur\u2219rices car comme disait Albert Einstein&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>Le monde ne sera pas d\u00e9truit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Emmanuel Tshimanga.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> J\u00e9r\u00e9mie Piolat, Norma Ajari, Achille Mbembe, Fran\u00e7oise Verg\u00e8s et d\u2019autres penseur\u2219seuses d\u00e9coloniaux\u2219les ont abord\u00e9 la colonialit\u00e9 comme la persistance des logiques, structures et effets du colonialisme, m\u00eame apr\u00e8s la fin officielle de la colonisation. L\u00e0 o\u00f9 le colonialisme repose sur une domination politique et territoriale directe, la colonialit\u00e9 se manifeste \u00e0 travers des in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques, culturelles, \u00e9pist\u00e9miques et sociales qui perp\u00e9tuent une hi\u00e9rarchie entre les anciens colonisateurs et les anciens colonis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Jean-Luc Vellut, \u00ab Introduction \u00bb, dans Het geheugen van Congo: de koloniale tijd, \u00e9d. Jean-Luc Vellut et al. (Tervuren : Mus\u00e9e royal d\u2019Afrique centrale, 2005), 13.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Commission sp\u00e9ciale charg\u00e9e d\u2019examiner l\u2019\u00c9tat Ind\u00e9pendant du Congo et le pass\u00e9 colonial de la Belgique au Congo, au Rwanda et au Burundi, ses cons\u00e9quences et les suites qu\u2019il convient d\u2019y r\u00e9server. Rapport des experts (2021), 643.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Ibid.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Anciennement connu sous le nom de Bamko asbl.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Dieudonn\u00e9 Kambayi, Du frein au levier pour le d\u00e9veloppement : le Congo face aux d\u00e9fis interculturels (Bruxelles : Kwandika de Bamko-Cran asbl, d\u00e9cembre 2023), 2.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Ibid.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Ibid., 3.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> Ibid., 4.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> \u00ab&nbsp;<em>Malheureusement la h\u00e2te int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 recueillir du Congo de grands profits a fait n\u00e9gliger la plupart des probl\u00e8mes dont la solution importait \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 durable de la Colonie \u2026<\/em>&nbsp;\u00bb dans Raymond Buren, Journal de route du Prince Albert en 1909 au Congo (Bruxelles : \u00c9d. Mols, 2008), 133.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> \u00ab <em>C\u2019est en fonction de nous-m\u00eames que nous avons reli\u00e9 les diverses parties de ce qui s\u2019appelle aujourd\u2019hui le Congo, par des moyens de communications divers, c\u2019est pour nos besoins et pour ceux de nos travailleurs que nous avons provoqu\u00e9 des transports de produits et de vivres<\/em> \u00bb, dans Emile Bongeli, Sociologie politique. Perspective africaine (Paris : L\u2019Harmattan, 2020), 17.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> Expression gla\u00e7ante utilis\u00e9e par le Conseil de l\u2019Union europ\u00e9enne dans un communiqu\u00e9 de presse relatif \u00e0 la situation syrienne.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> Ken Matthysen et Martin Doevenspeck, Le M23 \u201cversion 2\u201d : Enjeux, motivations, perceptions et impacts locaux (Tervuren : International Peace Information Service, 2024).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> Les diff\u00e9rents pays ayant colonis\u00e9s lors des XIXe et XXe si\u00e8cles justifiaient leurs projets coloniaux diff\u00e9remment selon leur contexte mais une constante persista au sein des discours justificatifs : la volont\u00e9 de civiliser les peuples colonis\u00e9s, en sachant que le standard de cette civilisation correspondait au mod\u00e8le des soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes occidentales (enseignement, soins de sant\u00e9, d\u00e9veloppement urbain, etc.).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il s\u2019agit d\u2019une lecture d\u00e9coloniale des conflits en RDC pour d\u00e9passer l\u2019explication ethnique et interroger les h\u00e9ritages coloniaux toujours \u00e0 l\u2019\u0153uvre. <\/p>","protected":false},"author":57,"featured_media":29265,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_seopress_robots_primary_cat":"none","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[2696,2722,2719],"tags":[2794,3134,2829],"class_list":["post-29262","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualites","category-articles-nos-publications","category-nos-publications","tag-afrique-centrale","tag-enjeux-de-paix","tag-travail-de-memoire"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29262","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/57"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=29262"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29262\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":29267,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29262\/revisions\/29267"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/29265"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=29262"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=29262"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=29262"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}