{"id":14430,"date":"2016-08-12T10:42:01","date_gmt":"2016-08-12T10:42:01","guid":{"rendered":"https:\/\/demop.netbaz.be\/2021\/jp\/2016\/08\/12\/mines-au-perou-entendre-la-voix-des-populations\/"},"modified":"2021-04-14T12:21:56","modified_gmt":"2021-04-14T12:21:56","slug":"mines-au-perou-entendre-la-voix-des-populations","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/mines-au-perou-entendre-la-voix-des-populations\/","title":{"rendered":"Mines in Peru: hearing the voice of the people"},"content":{"rendered":"<div class=\"footnotes_validation_error\"><p>WARNING: unbalanced footnote start tag short code found.<\/p><p>If this warning is irrelevant, please disable the syntax validation feature in the dashboard under General settings &gt; Footnote start and end short codes &gt; Check for balanced shortcodes.<\/p><p>Unbalanced start tag short code found before:<\/p><p>\u201cVoir par exemple l\u2019int\u00e9ressante \u00e9tude de Oxfam, Minas de Glencore Xstrata en la Provincia de Espinar: Impactos acumulativos para la salud humana y el medio ambiente, 2014 ] . L\u2019autre, un peu plus loin sur le m\u00eame filon de cuivre, dans la province de Cotabambas, est un tout nouveau projet (mi\u2026\u201d<\/p><\/div>\n\n<p class=\"post_excerpt\">C\u00f4t\u00e9 face, une richesse g\u00e9ologique impressionnante qui attise la convoitise des plus grandes entreprises et des investisseurs. C\u00f4t\u00e9 pile, une exploitation intensive des minerais qui empoisonne et souvent menace la vie des communaut\u00e9s avoisinantes. Justice et Paix s\u2019est rendue sur le terrain pour \u00e9couter ces derni\u00e8res et relayer leurs voix et revendications.  <\/p>\n\n\n<!--more-->\n<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\" aligncenter size-full wp-image-14429\" src=\"http:\/\/demop.netbaz.be\/2021\/jp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/jpg_analyse_mines_au_perou_entendre_la_voix_des_populations_710x280.jpg\" alt=\"analyse_mines_au_perou_entendre_la_voix_des_populations_710x280.jpg\" align=\"center\" width=\"710\" height=\"280\" srcset=\"https:\/\/www.justicepaix.be\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/jpg_analyse_mines_au_perou_entendre_la_voix_des_populations_710x280.jpg 710w, https:\/\/www.justicepaix.be\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/jpg_analyse_mines_au_perou_entendre_la_voix_des_populations_710x280-300x118.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 710px) 100vw, 710px\" \/>\n<bloc> Le P\u00e9rou, une mine d\u2019or pour les investisseurs\n\nQuand on pense au P\u00e9rou, c\u2019est le Machu Picchu, les hauts sommets enneig\u00e9s et les myst\u00e8res incas que l\u2019on imagine le plus souvent, parmi les mille attraits qu\u2019offre ce pays \u00e0 des touristes venus de tous les continents. Le P\u00e9rou accueille plus de 3 millions de visiteurs par an et ce chiffre est en constante augmentation, justifiant l\u2019attention particuli\u00e8re accord\u00e9e par le gouvernement \u00e0 ce secteur.  \n\nEtant donn\u00e9e la richesse g\u00e9ologique qui le caract\u00e9rise, les \u00e9trangers ne viennent pourtant pas seulement au P\u00e9rou pour visiter ses sites incas\u2026 Ce pays est en effet devenu, depuis les ann\u00e9es \u201890, une destination extr\u00eamement attractive pour les investisseurs dans le secteur minier. L\u2019augmentation quasi constante du prix des m\u00e9taux sur les cours mondiaux jusqu\u2019en 2012 a men\u00e9, au P\u00e9rou comme dans d\u2019autres pays de la r\u00e9gion, \u00e0 une remarquable intensification de l\u2019activit\u00e9 mini\u00e8re et p\u00e9troli\u00e8re. Avec pr\u00e8s de 60% des exportations qui rel\u00e8vent du secteur minier ces derni\u00e8res ann\u00e9es, il est ind\u00e9niable que le P\u00e9rou tire donc des revenus importants de cette activit\u00e9. Aujourd\u2019hui, environ 20% du sous-sol national est d\u2019ailleurs vendu \u00e0 des entreprises mini\u00e8res. \n\nCes circonstances favorables ont engendr\u00e9 une croissance \u00e9conomique ind\u00e9niable et permis une r\u00e9duction du niveau de pauvret\u00e9, si on se base sur les chiffres globaux du moins. Avec un taux de croissance se situant entre 4 et 9% depuis plusieurs ann\u00e9es, le P\u00e9rou fait figure de pays dynamique et de bon \u00e9l\u00e8ve au niveau mondial.  Quant au taux de pauvret\u00e9, il est ainsi pass\u00e9 de 52% il y a une vingtaine d\u2019ann\u00e9es \u00e0 environ 20% aujourd\u2019hui. \n\nH\u00e9las, comme le pr\u00e9cise Aroa de la Fuente Lopez [[Aroa de la Fuente Lopez, Coordinatrice du R\u00e9seau Latino-am\u00e9ricain sur les Industries extractives, Entretien \u00e0 Lima, mars 2016.]] , le cas du P\u00e9rou est \u00e9galement repr\u00e9sentatif de ce qui se passe dans la r\u00e9gion depuis plusieurs ann\u00e9es au niveau social et environnemental : en se rendant dans les territoires o\u00f9 se situent les sites miniers, on constate que les lourds impacts environnementaux et sociaux des activit\u00e9s extractives entrainent des conflits sociaux importants. En raison de la nature m\u00eame de ces activit\u00e9s: il est impossible qu\u2019une mine \u00e0 ciel ouvert soit sans impact sur l\u2019environnement et la population. Mais c\u2019est surtout le mode de d\u00e9veloppement de ces projets qui pose souvent probl\u00e8me : la population locale est peu ou pas associ\u00e9e au projet, rarement inform\u00e9e ou consult\u00e9e pour que, gr\u00e2ce \u00e0 sa participation, les activit\u00e9s mini\u00e8res soient les plus b\u00e9n\u00e9fiques possibles, pour les actionnaires, mais aussi pour les personnes vivant sur ces territoires.\n\nFace \u00e0 ce constat, Justice et Paix s\u2019est rendue dans certaines zones o\u00f9 se d\u00e9roule l\u2019exploitation mini\u00e8re afin d\u2019entendre et relayer la voix des populations. La r\u00e9gion de Cusco est particuli\u00e8rement int\u00e9ressante \u00e0 cet \u00e9gard car de tr\u00e8s nombreux projets miniers y sont d\u00e9velopp\u00e9s ou sont en phase d\u2019exploration. Alors, que se passe-t-il quand une entreprise d\u00e9cide d\u2019exploiter une mine ? Qu\u2019en pense la population locale et quels sont les impacts ou retomb\u00e9es pour elle? Deux sites en particulier ont retenu notre attention. L\u2019un, \u00e0 Espinar, appartient \u00e0 l\u2019entreprise Glencore-Xstrata qui y d\u00e9ploie ses activit\u00e9s depuis 30 ans (mine Antapaccay [[Voir par exemple l\u2019int\u00e9ressante \u00e9tude de Oxfam, Minas de Glencore Xstrata en la Provincia de Espinar: Impactos acumulativos para la salud humana y el medio ambiente, 2014 ] . L\u2019autre, un peu plus loin sur le m\u00eame filon de cuivre, dans la province de Cotabambas, est un tout nouveau projet (mine Las Bambas). \n<\/bloc>\n\n<bloc> Rester ou partir ? \n\nQuel que soit le type de projet mis en place, une fois le site identifi\u00e9 et l\u2019exploitation planifi\u00e9e, l\u2019am\u00e9nagement d\u2019une mine exige toujours une importante surface de terre, \u00e0 la fois pour les activit\u00e9s extractives proprement dites, mais aussi pour le traitement du minerai et son transport. Or il est rare que personne ne vive d\u00e9j\u00e0 sur cette terre et, dans le cas p\u00e9ruvien, la probabilit\u00e9 qu\u2019il s\u2019agisse de familles de paysans pr\u00e9sents depuis de nombreuses g\u00e9n\u00e9rations est \u00e9lev\u00e9e. L\u2019entreprise doit donc acheter leur terrain \u00e0 ces familles et les \u00ab relocaliser \u00bb ailleurs. Pour celles-ci, deux options se pr\u00e9sentent alors : r\u00e9sister ou partir. R\u00e9sister, c\u2019est devoir subir des pressions constantes et \u2026 risquer d\u2019avoir une mine au fond de son terrain, vibrant au rythme des explosions incessantes, se recouvrant de <a href=\"https:\/\/www.justicepaix.be\/2016\/03\/08\/au-perou-c-est-l-eau-ou-la-mine\/\">poussi\u00e8re <\/a>. Une quinzaine de familles vivent cette situation \u00e0 Fuerabamba, \u00e0 quelques dizaines de m\u00e8tres seulement des op\u00e9rations mini\u00e8res de la Bambas. Ils refusent de quitter leur territoire tant que les accords pass\u00e9s avec l\u2019entreprise Xstrata Copper[[ R\u00e9cemment reprise par l\u2019entreprise chinoise MMG suite \u00e0 la fusion entre Glencore et Xstrata.]] ne seront pas suivis d\u2019actes : \u00abEn 2004, l\u2019entreprise avait promis de d\u00e9velopper la sant\u00e9, l\u2019\u00e9ducation et les infrastructures de la r\u00e9gion. Aujourd\u2019hui, rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 fait \u00bb [[Porfirio Guti\u00e9rrez Paniura du village de Fuerabamba (district de Challhuahuacho, Province de Cotabambas, Apurimac), entretien \u00e0 Espinar, mars 2016]]    . Parmi les engagements se trouvait aussi la relocalisation des populations dans une zone de plus basse altitude, o\u00f9 elles pourraient entre autres cultiver une plus grande vari\u00e9t\u00e9 de l\u00e9gumes. Pourtant, le village Nueva Fuerabamba, cr\u00e9\u00e9 par l\u2019entreprise, a peu l\u2019allure du paradis promis, avec ses hauts murs rehauss\u00e9s de barbel\u00e9s, ses gu\u00e9rites \u00e0 l\u2019entr\u00e9e emp\u00eachant l\u2019entr\u00e9e \u00e0 toute personne \u00e9trang\u00e8re au village, ses maisons parfaitement identiques, son absence de terre ou de jardin aux abords des maisons. Le r\u00eave des terres fertiles est loin\u2026    \nSi r\u00e9sister s\u2019av\u00e8re intenable sur le long terme, partir, pour les habitants de Fuerabamba, n\u2019\u00e9tait donc sans doute pas la bonne option non plus.\n<\/bloc>\n\n<bloc> Contamination et autres impacts n\u00e9gatifs \n\nQu\u2019en est-il de la situation de ceux qui ne vivent pas aux abords directs de la mine mais habitent, par exemple, dans les villes proches comme Espinar ? Les compensations pour les dommages subis, les emplois promis, la situation \u00e9conomique redress\u00e9e sont-ils devenus r\u00e9alit\u00e9 ? \n\nLa r\u00e9ponse, obtenue au travers d\u2019\u00e9changes avec les populations (entretiens organis\u00e9s ou \u00ab micro-trottoir \u00bb), est univoque : non, la pr\u00e9sence de la mine \u00e0 proximit\u00e9 de Espinar n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9e du d\u00e9veloppement esp\u00e9r\u00e9. De nouveaux emplois sont bien cr\u00e9\u00e9s mais le plus souvent attribu\u00e9s \u00e0 des P\u00e9ruviens d\u2019autres provinces du pays ou \u00e0 des \u00e9trangers. La frustration des habitants est exacerb\u00e9e par la conscience des revenus colossaux que cette activit\u00e9 g\u00e9n\u00e8re pour l\u2019entreprise et l\u2019Etat central et dont les retomb\u00e9es, pour la r\u00e9gion, sont vraiment maigres.     \n\nUne habitante d\u2019Espinar, pharmacienne, t\u00e9moigne : \u00ab Avec sa mine, Espinar devrait \u00eatre une belle ville avec tout ce qu\u2019il faut : un bon h\u00f4pital, un amphith\u00e9\u00e2tre, de l\u2019eau potable. Mais ce n\u2019est pas comme \u00e7a. Eux (les g\u00e9rants de la mine) ne cherchent que le profit, rien d\u2019autre. Espinar est abandonn\u00e9e. \u00bb Une autre souligne : \u00ab Progressivement, (\u2026) il y a de plus en plus de mines. Toujours plus autour de la ville et nous, nous restons. On dit que par ici il y a des minerais et qu\u2019ils vont bient\u00f4t nous acheter nos terrains, nos maisons. Mais alors o\u00f9 irons-nous ? \u00c7a, \u00e7a fait un peu peur. Il n\u2019y a rien de s\u00fbr pour le futur \u00e0 Espinar. \u00bb\n\nSi le futur est incertain, le pr\u00e9sent est rendu extr\u00eamement pr\u00e9caire pour ces habitants des provinces mini\u00e8res, notamment \u00e0 cause de la contamination par des m\u00e9taux lourds [[L\u2019appellation \u00ab m\u00e9taux lourds \u00bb ne repose pas sur de r\u00e9elles bases scientifiques. Elle est toutefois commun\u00e9ment utilis\u00e9e pour d\u00e9signer les \u00e9l\u00e9ments m\u00e9talliques toxiques (ou toxiques au-del\u00e0 d\u2019un certain seuil). Il s\u2019agit notamment de l&rsquo;arsenic, cadmium, plomb, mercure, nickel, s\u00e9l\u00e9nium, etc.]] des eaux, sols et de l\u2019air dans un large rayon autour des implantations mini\u00e8res. Les impacts de cette contamination sont effrayants : mort du b\u00e9tail, augmentation du nombre d\u2019enfants malform\u00e9s \u00e0 la naissance, d\u00e9veloppement de pathologies s\u00e9v\u00e8res, telles que cancers, insuffisance r\u00e9nale, d\u00e9r\u00e8glement du syst\u00e8me nerveux, entre autres. Dans certaines zones visit\u00e9es, les analyses de sang r\u00e9v\u00e8lent la pr\u00e9sence excessive de jusqu\u2019\u00e0 17 m\u00e9taux lourds dans le corps des hommes, femmes et enfants. Un membre de la communaut\u00e9 de Alto Huancan\u00e9 pr\u00e9cise : \u00ab En apparence, cette zone semble jolie. Mais nos animaux ne mangent pas cette herbe parce qu\u2019elle est contamin\u00e9e. Nos enfants ont d\u00fb partir dans d\u2019autres d\u00e9partements pour avoir une stabilit\u00e9 \u00e9conomique, chercher une meilleure vie dans d\u2019autres lieux \u00bb. \n\nEt \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ces impacts sur la sant\u00e9 des hommes et des animaux, il y a un grave probl\u00e8me li\u00e9 \u00e0 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau. Les entreprises, pour mener \u00e0 bien leurs activit\u00e9s, pompent en effet \u00e9norm\u00e9ment d\u2019eau du sous-sol (soit pour l\u2019utiliser, soit parce qu\u2019une nappe phr\u00e9atique bloque l\u2019acc\u00e8s aux minerais situ\u00e9s plus bas), ass\u00e9chant de tr\u00e8s larges zones aux alentours. En cons\u00e9quence, l\u2019eau manque pour la consommation quotidienne des gens, qui doivent parfois parcourir jusqu\u2019\u00e0 30 km entre leurs champs et leur village pour s\u2019approvisionner.\n<\/bloc>\n\n<bloc> La consultation pr\u00e9alable, un m\u00e9canisme peu ou mal exploit\u00e9\n\nLes populations ne restent bien s\u00fbr pas les bras ballants face \u00e0 cette situation. Elles exigent des explications, des anticipations et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, une reconnaissance et des r\u00e9parations. Mais dans les deux zones o\u00f9 nous nous sommes rendus, nous avons pu constater combien la communication entre les diff\u00e9rents acteurs (gouvernements locaux, repr\u00e9sentants de l\u2019entreprise et des communaut\u00e9s) est difficile. Th\u00e9oriquement, la loi pr\u00e9voit, depuis 1995, que les populations locales soient consult\u00e9es avant la mise en \u0153uvre d\u2019un projet les concernant. C\u2019est un moyen important pour \u00e9viter des conflits et am\u00e9liorer le dialogue autour d\u2019un projet. Dans le secteur extractif, cela n\u2019a malheureusement que trop peu souvent lieu et, quand la consultation est r\u00e9alis\u00e9e, les revendications sont de toutes fa\u00e7ons peu entendues et les promesses peu suivies d\u2019effet. Or, ce m\u00e9canisme ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme \u201cr\u00e9ussi\u201d que quand il y a r\u00e9ellement une diminution des conflits sociaux et que les accords issus de cette consultation sont respect\u00e9s [[D\u00e9claration de Richard O`Diana, expert du Centro Amaz\u00f3nico de Antropolog\u00eda y Aplicaci\u00f3n Pr\u00e1ctica, janvier 2016 .]] Il est en outre essentiel que le processus de consultation contienne des \u00e9l\u00e9ments quant \u00e0 la mitigation des impacts, assure la participation effective des peuples indig\u00e8nes, pr\u00e9sente les b\u00e9n\u00e9fices que le projet entend g\u00e9n\u00e9rer pour les populations et la possibilit\u00e9, pour les peuples indig\u00e8nes, de r\u00e9viser le contrat que signent gouvernement et entreprise [[ANAYA, James. \u201cInforme del Relator Especial sobre los derechos de los pueblos ind\u00edgenas, James Anaya: La situaci\u00f3n de los derechos de los pueblos ind\u00edgenas en el Per\u00fa, en relaci\u00f3n con las industrias extractivas\u201d, 7 mai 2014.]] .\n\nFaute de consultation syst\u00e9matiquement et correctement organis\u00e9e, des \u00ab tables de dialogue \u00bb sont parfois mises en place pour r\u00e9tablir la communication et permettre aux uns et aux autres de pr\u00e9senter leurs attentes ou griefs. Mais, aux dires des repr\u00e9sentants des populations locales, bien rares sont les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s des entreprises qui y participent [[Ainsi par exemple, celle organis\u00e9e fin f\u00e9vrier 2015 pour discuter des impacts de changements cons\u00e9quents du projet Las Bambas (localisation de la plateforme de traitement des minerais notamment) n\u2019a jamais vu la participation des fonctionnaires de l\u2019Etat.  Finalement la r\u00e9union a eu lieu fin f\u00e9vrier\u2026 par la suite \u00e0 nouveau ils ont fait faux bond\u2026]]. Ces derniers pr\u00e9f\u00e8rent souvent organiser des \u00ab ateliers d\u2019information \u00bb en lieu et place d\u2019une r\u00e9elle consultation ou d\u2019un dialogue [[MOLLEDA, Juan Carlos, \u00bfPor qu\u00e9 la consulta previa no funciona en proyectos extractivos en el Per\u00fa? Mai 2016, Publi\u00e9 originellement dans La  Mula.]] . Quant aux d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s des diff\u00e9rents minist\u00e8res concern\u00e9s, leurs promesses sont tr\u00e8s rarement suivies d\u2019effets.   \n\nEntre pressions et manque de dialogue avec l\u2019entreprise, et refus d\u2019\u00e9coute de la part de l\u2019Etat, le mal-\u00eatre et les frustrations grandissent\u2026 Les populations, repr\u00e9sent\u00e9es par des leaders et appuy\u00e9es par une soci\u00e9t\u00e9 civile organis\u00e9e disposant de relais dans diff\u00e9rents endroits du pays, organisent alors des manifestations, des gr\u00e8ves ou utilisent d\u2019autres moyens pacifiques pour se faire entendre d\u2019un Etat d\u00e9cid\u00e9ment peu enclin \u00e0 pr\u00eater l\u2019oreille \u00e0 leurs revendications.     \n<\/bloc>\n\n<bloc> Des violences polici\u00e8res qui s\u2019institutionnalisent \n\nFace \u00e0 ces expressions de lassitude et mobilisations de degr\u00e9s divers, la r\u00e9ponse de l\u2019Etat est malheureusement bien souvent r\u00e9pressive. Il n\u2019est pas rare que la police, les services de s\u00e9curit\u00e9 de la mine et parfois l\u2019arm\u00e9e r\u00e9priment les manifestations en tirant \u00e0 balle r\u00e9elle sur les gens \u2026 tout en \u00e9tant prot\u00e9g\u00e9s par la loi de toute poursuite judiciaire. Les exemples d\u2019escalade de la violence sont, h\u00e9las, nombreux.\n\nNous avons rencontr\u00e9 la veuve de Beto Chahuayllo Huilca, employ\u00e9 de la mine qui s\u2019\u00e9tait ralli\u00e9 \u00e0 la grande contestation de septembre 2015 pr\u00e8s de la mine las Bambas, pour prot\u00e9ger l\u2019environnement. La police a tir\u00e9 sans discernement dans la foule des manifestants pacifiques plus ou moins d\u00e9sarm\u00e9s. Aujourd\u2019hui, Agustina est seule et sans revenus pour faire vivre ses cinq enfants. Aucune compensation pour le meurtre de son mari par les policiers n\u2019a jusqu\u2019\u00e0 ce jour \u00e9t\u00e9 vers\u00e9e. Autre exemple, en 2012 \u00e0 Espinar, un conflit a \u00e9clat\u00e9 suite \u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation publique de la pr\u00e9sence de m\u00e9taux lourds dans le sang des communaut\u00e9s proches de la mine. Celles-ci ont demand\u00e9 que cette analyse de sang soit reconnue et que des actes soient pos\u00e9s pour d\u00e9dommager les victimes et faire en sorte qu\u2019il n\u2019y en ait plus d\u2019autres. R\u00e9sultat : quatre morts et une vingtaine de bless\u00e9s, plus des dizaines de d\u00e9tenus maltrait\u00e9s psychologiquement et physiquement. Les plaintes d\u00e9pos\u00e9es par les citoyens ont \u00e9t\u00e9 class\u00e9es sans suite. \n\nLa politique de criminalisation des mouvements sociaux se renforce en effet au P\u00e9rou depuis plusieurs ann\u00e9es et est appuy\u00e9e par diff\u00e9rentes mesures, l\u00e9gislatives ou non. Ainsi, en d\u00e9cembre 2013, un rapport [[Rapport de la Coordinadora Nacional de Derechos Humanos, la Asociacion para los Pueblos Amenazados, Derechos Humanos Sin Fronteras et Grufides : Policia mercenaria al servicio de las empresas mineras, 2 d\u00e9cembre 2013]] a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019existence d\u2019accords entre la police nationale et plusieurs compagnies mini\u00e8res, en vertu desquels la police fournit \u00ab des services suppl\u00e9mentaires extraordinaires \u00bb \u00e0 ces entreprises. Concr\u00e8tement, la police est amen\u00e9e \u00e0 effectuer des patrouilles de routine pour elles, afin de \u00ab pr\u00e9venir, d\u00e9tecter et neutraliser \u00bb les menaces. Il s\u2019agit donc de rien moins qu\u2019une privatisation des forces de <a href=\"https:\/\/www.frontlinedefenders.org\/\">s\u00e9curit\u00e9 publiques<\/a>.  ! \n\nPar ailleurs, nombreux sont les acteurs de la soci\u00e9t\u00e9 civile p\u00e9ruvienne qui ont exprim\u00e9 leur inqui\u00e9tude par rapport \u00e0 la loi n\u00b030151. Celle-ci d\u00e9charge de responsabilit\u00e9 p\u00e9nale les membres de l\u2019Arm\u00e9e ou de la Police ayant provoqu\u00e9 des blessures et m\u00eame la mort dans l\u2019accomplissement de leur devoir professionnel [[Voir notamment les d\u00e9clarations \u00e0 cet \u00e9gard de Fedepaz, APRODEH, Amnesty international, etc.]] . L\u2019impunit\u00e9 en cas de violation des droits humains est assur\u00e9e\u2026 \n\nLa politique de criminalisation des mouvements sociaux qui se renforce au P\u00e9rou depuis plusieurs ann\u00e9es est r\u00e9v\u00e9latrice d\u2019une m\u00eame tendance et accentu\u00e9e  par ces diff\u00e9rentes mesures l\u00e9gislatives. De plus en plus, ceux qui \u2013 en particulier quand ils font partie d\u2019un peuple autochtone- se d\u00e9clarent oppos\u00e9s \u00e0 certains agissements des entreprises mini\u00e8res sont consid\u00e9r\u00e9s par les repr\u00e9sentants de l\u2019Etat comme \u00ab sauvages et oppos\u00e9s au d\u00e9veloppement \u00bb, voire \u00ab terroristes \u00bb (assimil\u00e9s au Sentier Lumineux), donc passibles d\u2019arrestation, d\u2019emprisonnement, etc. Pourtant, comme le soulignait Santiago Manuin de Fedepaz devant la Commission interam\u00e9ricaine pour les droits humains (CIDH) en octobre 2014, \u00ab les peuples autochtones ne sont pas les ennemis du d\u00e9veloppement, mais plut\u00f4t des ennemis de ce d\u00e9veloppement qui ne respecte pas les terres ancestrales et les for\u00eats o\u00f9 vivent les <a href=\"http:\/\/www.fedepaz.org\/index.php?option=com_content&#038;view=article&#038;id=225:la-comision-intermaericana-de-derchos-humanos-expresa-su-preocupacion-por-la-delicada-situcion-de-criminalizacion-de-la-protesta-social-el-uso-indebido-de-los-estados-de-emergencia-y-laintervencion-de-las-fuerzas-armadas-en-el-control-del-orden-interno&#038;catid=29:noticias&#038;Itemid=146\">peuples autochtones<\/a>.\u00bb \n<\/bloc>\n\n<bloc> Qu\u2019exiger ? \n\nOn le voit, les populations p\u00e9ruviennes vivant dans les provinces d\u2019intense activit\u00e9 mini\u00e8re sont en demande de dialogue avec un Etat qui, d\u2019une part, soit r\u00e9ellement \u00e0 l\u2019\u00e9coute et assume son r\u00f4le protecteur \u00e0 leur \u00e9gard et, d\u2019autre part, mette en place un v\u00e9ritable contr\u00f4le des actions des entreprises. Des entreprises qui devraient \u00eatre contraintes de fournir aux populations des informations pr\u00e9cises, transparentes et prenant en compte les impacts sociaux et environnementaux de leurs activit\u00e9s en cours et futures. \n\nA c\u00f4t\u00e9 de l\u2019accessibilit\u00e9 (et de l\u2019objectivit\u00e9) des\/aux \u00e9tudes d\u2019impact environnemental, un monitoring participatif devrait \u00eatre syst\u00e9matis\u00e9. La soci\u00e9t\u00e9 civile est en effet en demande de pouvoir \u00eatre associ\u00e9e aux d\u00e9cisions et au suivi, y compris en ce qui concerne l\u2019allocation d\u2019une partie des revenus de l\u2019exploitation mais aussi quant \u00e0 la d\u00e9cision de concr\u00e9tiser (ou non) un projet extractif. \n\nL\u2019Etat, qui se rend aujourd\u2019hui coupable d\u2019une confusion entre int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s, devrait mener le secteur minier vers un extractivisme moins destructeur, plus respectueux des populations et de l\u2019environnement. Dans ce but, des institutions r\u00e9ellement ind\u00e9pendantes devraient \u00eatre renforc\u00e9es pour valider les projets, les \u00e9tudes d\u2019impact, contr\u00f4ler et sanctionner les entreprises, le cas \u00e9ch\u00e9ant. \n\nNous devons de notre c\u00f4t\u00e9, en Europe, maintenir la pression sur nos dirigeants pour que des mesures visant \u00e0 am\u00e9liorer la gouvernance des ressources naturelles soient adopt\u00e9es. Plus de transparence dans la cha\u00eene d\u2019approvisionnement et plus de tra\u00e7abilit\u00e9 seraient autant de moyens pour que les cons\u00e9quences de nos actes de consommation soient moins n\u00e9fastes pour les <a href=\"mot6\">pays producteurs<\/a> . \n<\/bloc>\n\n<strong>Laure Malchair<\/strong><div id='gallery-1' class='gallery galleryid-14430 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/www.justicepaix.be\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/jpg_analyse_mines_au_perou_entendre_la_voix_des_populations_710x280.jpg'><img decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/www.justicepaix.be\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/jpg_analyse_mines_au_perou_entendre_la_voix_des_populations_710x280-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"analyse_mines_au_perou_entendre_la_voix_des_populations_710x280.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Documents joints<\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-file\"><a href=\"http:\/\/demop.netbaz.be\/2021\/jp\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/pdf_2016_analyse_mines_au_perou_entendre_la_voix_des_populations-2.pdf\">Mines au P\u00e9rou entendre la voix des populations<\/a><\/div>\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u00f4t\u00e9 face, une richesse g\u00e9ologique impressionnante qui attise la convoitise des plus grandes entreprises et des investisseurs. 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Justice et Paix s\u2019est rendue sur le terrain pour \u00e9couter ces derni\u00e8res et relayer leurs voix et revendications.<\/p>","protected":false},"author":57,"featured_media":14428,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[2722],"tags":[2831,2817,2795,2814,2824,2816,2818,2811,2793,2828],"class_list":["post-14430","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles-nos-publications","tag-acteurs-economiques","tag-amerique-latine","tag-article","tag-developpement-durable","tag-droits-humains","tag-eau","tag-perou","tag-ressources-naturelles","tag-societe-civile","tag-temoignages"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14430","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/57"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=14430"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/14430\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/14428"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=14430"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=14430"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=14430"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}