{"id":12122,"date":"2012-12-19T13:57:59","date_gmt":"2012-12-19T13:57:59","guid":{"rendered":"https:\/\/demop.netbaz.be\/2021\/jp\/2012\/12\/19\/apocalypse\/"},"modified":"2021-04-14T11:45:31","modified_gmt":"2021-04-14T11:45:31","slug":"apocalypse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/apocalypse\/","title":{"rendered":"Apocalypse"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Cette ann\u00e9e encore, les \u00ab travaux \u00bb du \u00ab Caf\u00e9 litt\u00e9raire \u00bb de Justice et Paix ont repris autour d\u2019un groupe d\u2019une dizaine de lecteurs enthousiastes! Les lectures sont cette fois consacr\u00e9es au th\u00e8me de l\u2019apocalypse. Bien s\u00fbr, apr\u00e8s seulement deux rencontres, le groupe n\u2019en est encore qu\u2019au d\u00e9but de la d\u00e9marche mais cela n\u2019emp\u00eache qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 engrang\u00e9 quelques belles r\u00e9flexions. Avant d\u2019entrer dans l\u2019espace litt\u00e9raire et l\u2019analyse du traitement du th\u00e8me dans le premier ouvrage, une r\u00e9flexion d\u2019ordre th\u00e9ologique pr\u00e9cisera en quelques mots le cadre dans lequel, \u00ab habituellement \u00bb, se tient la \u00ab chose apocalyptique \u00bb.<\/p>\n\n\n<!--more-->\n<bloc> La fin du monde ? \n\n\u00ab Apocalypse \u00bb : un terme \u00e9minemment biblique qui fait flor\u00e8s aujourd\u2019hui, alors qu\u2019un peu partout des Cassandres s\u2019instituent proph\u00e8tes (de malheur) pour annoncer la fin du monde, \u00e0 travers toutes sortes d\u2019\u00e9preuves terribles, de ruptures, de \u00ab bugs \u00bb, de d\u00e9solations. Mais est-ce bien de cela qu\u2019il s\u2019agit ? \n\nDans la Bible, l\u2019apocalypse concerne moins des r\u00e9cits de destruction que de lutte ou de (l\u00e9gitime) r\u00e9sistance \u00e0 des syst\u00e8mes qui violentent une large portion de l\u2019humanit\u00e9. Elle fait la part belle \u00e0 des histoires o\u00f9 il est question de personnes qui, enfin, \u00e0 force de patience, d\u2019endurance et de confiance en la justice de Dieu, entrevoient une perspective de libert\u00e9 et sont r\u00e9compens\u00e9es pour leurs efforts ent\u00eat\u00e9s en faveur du respect de la dignit\u00e9 de tout \u00eatre humain, en commen\u00e7ant par les plus petits et les plus d\u00e9munis. \n<\/bloc>\n\n<bloc> Le voyage d\u2019Anna Blume\n\nLe premier roman lu dans la perspective du th\u00e8me de l\u2019apocalypse est un des tout bons r\u00e9cits de l\u2019\u00e9crivain am\u00e9ricain Paul Auster qui s\u2019intitule \u00ab Le Voyage d\u2019Anna Blume \u00bb (dont le titre original \u00e9tait pourtant : \u00ab Dans le pays des choses ultimes \u00bb, ce qui aurait situ\u00e9 d\u2019embl\u00e9e les lecteurs sur un terrain proche du th\u00e8me). \n\nAnna a quitt\u00e9 son pays pour tenter de retrouver son fr\u00e8re dont elle n\u2019a plus de nouvelles depuis longtemps. Il \u00e9tait parti en tant que journaliste dans un territoire litt\u00e9ralement cadenass\u00e9  (on pense \u00e0 la Cor\u00e9e du Nord, par exemple) afin d\u2019en  percer la logique politique et de r\u00e9v\u00e9ler quelques bribes de son myst\u00e8re. Mais ses papiers n\u2019arrivaient plus au port, et son silence intriguait pour ne pas dire qu\u2019il affolait\u2026 Alors, contre toute prudence, contre l\u2019avis de ses interlocuteurs avis\u00e9s, Anna s\u2019\u00e9clipse. Dans la lettre qu\u2019elle compte envoyer \u00e0 son ami d\u2019enfance, la jeune femme laisse entendre d\u2019embl\u00e9e que la ville sans issue o\u00f9 elle a abord\u00e9 ressemble \u00e0 s\u2019y m\u00e9prendre \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019on peut se faire de l\u2019enfer ! L\u00e0 o\u00f9 elle a mis le pied, en effet, il n\u2019y a plus rien \u00e0 dire, plus rien \u00e0 raconter sinon la fin qui n\u2019en finit pas ! La plupart des citoyens n\u2019a nulle part o\u00f9 se loger, la faim est end\u00e9mique, les rapports de forces sont d\u2019une violence inou\u00efe, le foss\u00e9 entre les hommes politiques et leur (soi-disant) base est effroyable ; partout, c\u2019est le chaos, la terreur, la m\u00e9fiance qui s\u2019imposent.\n\nPour en finir malgr\u00e9 tout, les citoyens de cette ville imaginent des stratag\u00e8mes plus \u00e9pouvantables les uns que les autres : certains se lancent du haut des toits pour s\u2019\u00e9craser sur les trottoirs ; d\u2019autres courent sans se soucier des obstacles contre lesquels ils vont se rompre le cou ; d\u2019autres en revanche d\u00e9cident de rester sur place alors qu\u2019ils savent que leur seule chance de survie tient \u00e0 la volont\u00e9 d\u2019avancer, m\u00eame tr\u00e8s peu, m\u00eame extr\u00eamement lentement. Curieuse, Anna tombe sur des pots aux roses qui la r\u00e9vulsent litt\u00e9ralement : les boucheries pr\u00e9parent de la viande humaine, les voisins se muent en vautours pour se d\u00e9pouiller les uns les autres \u00e0 qui mieux mieux, la haine \u00e9tend partout son manteau de d\u00e9solation, le moindre signe d\u2019innocence est battu en br\u00e8che\u2026\n\nSerait-ce cela, l\u2019apocalypse : cet enfer pur et simple ? Dans le climat d\u2019angoisse totale, Anna rep\u00e8re pourtant des \u00eelots de paix, prodromes ou tremplins, pierres d\u2019attente vers des jours meilleurs, qui sait ?&#8230; Certes, la femme chez qui elle a trouv\u00e9 refuge n\u2019est sans doute pas pour rien dans la mort de son \u00e9pouvantable mari, mais du moins, par del\u00e0 ce cadavre, un pont d\u2019amiti\u00e9 s\u2019\u00e9tablit entre les deux femmes ; certes, Sam, un jeune intellectuel juif qui s\u2019est lanc\u00e9 dans un projet d\u2019\u00e9tudes interminables, la re\u00e7oit-il plut\u00f4t fra\u00eechement, n\u00e9anmoins, il se laisse toucher par cette jeune femme intr\u00e9pide au point d\u2019entrer dans une idylle fabuleuse. Et puis, il y a la maison du docteur Woburn, qu\u2019Anna rejoint \u00e0 moiti\u00e9 morte, o\u00f9 elle croisera Victoria, la fille du patron, qui la prendra sous son aile, lui confiera une t\u00e2che \u00e0 haute responsabilit\u00e9 et lui permettra de retisser les liens hors desquels elle se perdait purement et simplement. Suffiront-ils \u00e0 dessiner des perspectives, un avenir ? Qui le dira ?&#8230;\n<\/bloc>\n\n<bloc> \u00ab Que reste-t-il quand il ne reste rien ? \u00bb\n\nLes mythes et les grandes traditions religieuses le racontent \u00e0 foison : c\u2019est du chaos que surgit toute cr\u00e9ation, moyennant un ordre &#8211; et aussi bien un (r)appel \u00e0 l\u2019ordre -, une forme, un acte &#8211; courageux &#8211; de s\u00e9paration. Que cet acte puisse \u00eatre au moins partiellement douloureux, c\u2019est probable, mais ce n\u2019est pas pour autant que les cons\u00e9quences le seront aussi n\u00e9cessairement. Alors que la plupart des citoyens de ce pays apparemment indemne de la moindre compassion s\u2019engluent dans des situations inextricables, perdant presque toute personnalit\u00e9 \u00e0 force de se confondre avec leurs fonctions, Anna garde la t\u00eate hors de l\u2019eau saum\u00e2tre de l\u2019anonymat solitaire en cultivant la distance, ingr\u00e9dient n\u00e9cessaire, fondamental de toute relation en bonne et due forme. \u00ab Qu\u2019est-ce qu\u2019il reste quand il ne reste rien ? \u00bb s\u2019est demand\u00e9 le groupe lors de la deuxi\u00e8me r\u00e9union du \u00ab Caf\u00e9 litt\u00e9raire \u00bb, en reprenant \u00e0 son compte la question choc pos\u00e9e par Maurice Bellet dans le petit livre qu\u2019il a intitul\u00e9 : \u00ab Incipit \u00bb (DDB). Les r\u00e9ponses sont apparues clairement, en lisant la lettre-fleuve d\u2019Anna : les rencontres, gr\u00e2ce auxquelles quelque chose de neuf peut \u00e9merger du marasme ; la chance de garder la valeur du nom pour se sauver de l\u2019anonymat mortif\u00e8re ; les forces morale et spirituelle de fixer un horizon, de cultiver une perspective, envers et contre tout, de nourrir un projet, par\u00fbt-il futile aux yeux de la plupart, de fonder le sens de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 en maintenant vif le rapport entre \u00ab dedans \u00bb et \u00ab dehors \u00bb ; la volont\u00e9 m\u00eame d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, de donner du sens \u00e0 ce que l\u2019on fait \u2013 bref, la facult\u00e9 de s\u2019\u00e9loigner des rives de l\u2019inhumain ou du d\u00e9shumain en cr\u00e9ant du lien.\n\nUne autre question aura retenu l\u2019attention du groupe durant cette rencontre : celle de savoir comment, lorsque tous les indicateurs sont au noir, qu\u2019il semble qu\u2019il n\u2019y a plus d\u2019issue, qu\u2019on ne puisse plus voir la r\u00e9alit\u00e9 qui se pr\u00e9sente \u00e0 nous que comme un verre \u00e0 moiti\u00e9 vide \u2013 comment changer de regard afin de saisir \u00ab malgr\u00e9 tout \u00bb les quelques lueurs d\u2019espoir ou d\u2019esp\u00e9rance qui emp\u00eacheront de se noyer dans l\u2019absurdit\u00e9 pure et simple. Plusieurs options ont \u00e9t\u00e9 point\u00e9es. \n\nLa premi\u00e8re, qui n\u2019est pas d\u00e9bile, quoi qu\u2019il en semble, reviendrait \u00e0 user de la m\u00e9thode Cou\u00e9 : pouvoir se dire, par exemple, envers et contre tout, quelque chose comme : \u00ab Aujourd\u2019hui c\u2019est perdu ; demain ce sera gagn\u00e9 ! \u00bb. La deuxi\u00e8me, faisant appel \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience, \u00e0 une certaine sagesse de vie, consisterait \u00e0 se souvenir que les choses ne sont jamais aussi nettement bonnes ou mauvaises qu\u2019il ne semble. \n\nNous avons tous lu des r\u00e9cits \u00ab extr\u00eames \u00bb relatant des faits qui se sont d\u00e9roul\u00e9s dans des camps de concentration ou des goulags, et qui montrent comment des personnes apparemment vou\u00e9es au d\u00e9couragement sans reste sont parvenues \u00e0 garder le cap d\u2019une vie digne en focalisant leur attention sur des \u00ab minutes heureuses \u00bb (Georges Haldas) surgies du pass\u00e9 ou v\u00e9cues sur place \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une rencontre amicale, d\u2019une attention ou d\u2019un geste infime. Et puis, se souvenant que le texte du roman de Paul Auster est pr\u00e9sent\u00e9 comme une longue lettre qu\u2019Anna Blume destine \u00e0 un de ses amis, on peut se dire que certainement, l\u2019\u00e9criture (mais aussi toute forme d\u2019art, de cr\u00e9ation) offrait une opportunit\u00e9 inou\u00efe de porter sur l\u2019existence qu\u2019on m\u00e8ne, aussi \u00e9pouvantable soit-elle, un regard \u00e0 proprement parler salutaire. \n\nOn se souvient de la confession du tout grand romancier autrichien, Thomas Bernhard, un des plus inentamables professeurs de d\u00e9sespoir, selon Nancy Huston, pr\u00e9tendant que s\u2019il lui arrivait de ne plus pouvoir \u00e9crire, il se suiciderait. Une affirmation qui signifie au moins deux choses : d\u2019abord, du point de vue de l\u2019auteur, qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019existence possible sans cr\u00e9ation ; et ensuite, du point de vue de ses narrateurs, que quand bien m\u00eame leur d\u00e9faite s\u2019av\u00e9rerait totale, il reste au moins le livre pour les lib\u00e9rer de l\u2019emprise du n\u00e9ant ! Ecrire, cr\u00e9er, c\u2019est se mettre en projet : c\u2019est se donner du mou, du jeu, de la distance, de l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 \u2013 de quoi, pour le dire une fois encore, ne pas se laisser abattre par la fatalit\u00e9 et la r\u00e9signation qui l\u2019accompagne comme son ombre.\n<\/bloc>\n\n<bloc> Conclusion \n\nCe sont l\u00e0 quelques premi\u00e8res r\u00e9flexions du groupe de lecteurs. Mais ils n\u2019en ont pas encore termin\u00e9, loin de l\u00e0, avec le th\u00e8me, si pr\u00e9gnant par les temps qui courent, de l\u2019apocalypse et des esp\u00e9rances qu\u2019elle suscite contre toute\u2026 esp\u00e9rance. Deux romans retiendront encore leur attention dans les semaines et les mois \u00e0 venir : le premier, une esp\u00e8ce de com\u00e9die due au Finlandais Arto Paasilinna, s\u2019intitule \u00ab Le Cantique de l\u2019apocalypse joyeuse \u00bb ; le second, \u00ab La Grande nuit \u00bb, l\u2019un des derniers textes d\u2019Andr\u00e9-Marcel Adamek, nous ram\u00e8nera au c\u0153ur terrible (pour ne pas dire \u00ab terrifiant \u00bb) du sujet. Il y aura de quoi dire, n\u2019en doutons pas !\n<\/bloc>\n\n\n<em> <em> Jean-Fran\u00e7ois Gr\u00e9goire <\/em> <\/em>\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Attachments<\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-file\"><a href=\"http:\/\/demop.netbaz.be\/2021\/jp\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/pdf_2012_Analyse_Apocalypse.pdf\">Apocalypse<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette ann\u00e9e encore, les \u00ab travaux \u00bb du \u00ab Caf\u00e9 litt\u00e9raire \u00bb de Justice et Paix ont repris autour d\u2019un groupe d\u2019une dizaine de lecteurs enthousiastes! Les lectures sont cette fois consacr\u00e9es au th\u00e8me de l\u2019apocalypse. 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