{"id":12091,"date":"2012-12-11T14:36:41","date_gmt":"2012-12-11T14:36:41","guid":{"rendered":"https:\/\/demop.netbaz.be\/2021\/jp\/2012\/12\/11\/pourquoi-la-turquie-n-est-plus-le-meilleur-allie-d-israel\/"},"modified":"2021-04-14T11:45:30","modified_gmt":"2021-04-14T11:45:30","slug":"pourquoi-la-turquie-n-est-plus-le-meilleur-allie-d-israel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/pourquoi-la-turquie-n-est-plus-le-meilleur-allie-d-israel\/","title":{"rendered":"Why is Turkey no longer Israel&#039;s best ally?"},"content":{"rendered":"<div class=\"footnotes_validation_error\"><p>WARNING: unbalanced footnote start tag short code found.<\/p><p>If this warning is irrelevant, please disable the syntax validation feature in the dashboard under General settings &gt; Footnote start and end short codes &gt; Check for balanced shortcodes.<\/p><p>Unbalanced start tag short code found before:<\/p><p>\u201c\u201cRegional implications of the Israeli-Turkish strategic partnership\u201d, par Efraim Inbar, in Middle Est Review of International Affairs (MERIA), Vol.5, No.2 (Summer 2001]. Pour la premi\u00e8re fois, la Turquie reconna\u00eet officiellement des liens privil\u00e9gi\u00e9s avec Isra\u00ebl. Ce rapprochement se d\u00e9rou\u2026\u201d<\/p><\/div>\n\n<p class=\"post_excerpt\">Le 27 octobre 2011, Isra\u00ebl envoyait une aide humanitaire d\u2019urgence en Turquie \u00e0 la suite du tremblement de terre ayant touch\u00e9 l\u2019Est du pays [[ \u00ab S\u00e9isme en Turquie. L&rsquo;aide humanitaire isra\u00e9lienne est arriv\u00e9e \u00bb, Le Nouvel Observateur, 27 octobre 2011. ]]. Ce coup de main \u00e9tait accept\u00e9 par la Turquie, et cela malgr\u00e9 les relations tendues entre ces deux pays depuis la mort de sept ressortissants turcs tu\u00e9s par un raid isra\u00e9lien sur une flottille humanitaire cherchant \u00e0 briser l\u2019embargo de la bande de Gaza en 2010. Les relations entre ces deux pays, pourtant excellentes dans les ann\u00e9es nonante, ont commenc\u00e9 \u00e0 se d\u00e9t\u00e9riorer d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. <\/p>\n\n\n<!--more-->\nLa derni\u00e8re intervention isra\u00e9lienne dans la bande de Gaza en novembre 2012 laisse augurer de nouvelles tensions entre les pays. Bien que le parti au pouvoir, l&rsquo;AKP, soit r\u00e9solument pro-occidental, la rue turque se d\u00e9marque de plus en plus par une attitude anti-am\u00e9ricaine et apporte son soutien \u00e0 la cause palestinienne. Le pouvoir turc se trouve ainsi dans une situation paradoxale, coinc\u00e9 entre int\u00e9r\u00eats g\u00e9ostrat\u00e9giques et une pression populaire massive&#8230;\n\n<bloc> Pourquoi la Turquie n&rsquo;est plus le meilleur alli\u00e9 d&rsquo;Isra\u00ebl\n\nDepuis l\u2019accession au pouvoir en novembre 2002 de l\u2019AKP (Parti de la Justice et du D\u00e9veloppement), la nouvelle politique \u00e9trang\u00e8re turque a subi un revirement notable, avec comme pilier, la strat\u00e9gie du \u00ab Zero problem with the neighbours \u00bb [[ \u201cTurkey\u2019s zero-problem  foreign Policy\u201d, par Ahmet Davutoglu, in Foreign Policy, 20 mai 2011.]]. C\u2019est donc afin de ne pas irriter ses voisins arabes que la Turquie a revu le partenariat privil\u00e9gi\u00e9 qu\u2019elle entretenait avec l\u2019Etat d\u2019Isra\u00ebl depuis des accords de coop\u00e9ration bilat\u00e9raux sign\u00e9s en 1996.\n\nLa Turquie a \u00e9t\u00e9 le premier pays arabe \u00e0 reconna\u00eetre l\u2019\u00c9tat d\u2019Isra\u00ebl aux Nations Unies en 1950. Ce signal positif a permis que pendant la Guerre Froide, les deux pays entretiennent des relations secr\u00e8tes et collaborent dans le camp occidental afin de contenir l\u2019Union sovi\u00e9tique au Proche-Orient [[ \u00ab L\u2019axe Isra\u00ebl-Turquie: vers une nouvelle dynamique proche orientale \u00bb, par Elise Ganem, Ed. L\u2019Harmattan.]]. \nAu d\u00e9but des ann\u00e9es nonante, avec la fin de la Guerre Froide, les deux pays se cherchent des nouveaux alli\u00e9s et une nouvelle l\u00e9gitimit\u00e9. Ensemble, ils partagent une identit\u00e9 clairement pro-occidentale d\u00e9mocratique et surtout la crainte d\u2019un environnement r\u00e9gional hostile constitu\u00e9 principalement par les Etats voyous que sont la Syrie, l\u2019Iran et l\u2019Irak. Les menaces sont l\u00e9gion : peur de l\u2019Islam radical, prolif\u00e9ration des armes de destruction massive et \u00e9mergence d\u2019une alliance anti-occidentale puissante [[  \u201cMy enemy&rsquo;s enemy: Turkey, Israel, and the Middle Eastern balance of power\u201d. Par Gil Dibner, in Harvard International Review, Vol.21, 1998.]].\n\nPendant cette d\u00e9cennie, les relations \u00e9conomiques, militaires et diplomatiques entre la Turquie et Isra\u00ebl s\u2019am\u00e9liorent consid\u00e9rablement et cela malgr\u00e9 les d\u00e9saccords exprim\u00e9s par les voisins arabes qui voient dans ce rapprochement une menace pour leur s\u00e9curit\u00e9. La collaboration dans le domaine du renseignement, du commerce des armes, l\u2019\u00e9change des technologies et de la lutte contre le terrorisme sont extr\u00eamement dynamiques et bouleversent l\u2019\u00e9chiquier strat\u00e9gique dans la r\u00e9gion. L\u2019accord de coop\u00e9ration et de d\u00e9fense sign\u00e9 en 1996 vient consacrer cette alliance [[  \u201cRegional implications of the Israeli-Turkish strategic partnership\u201d, par Efraim Inbar, in Middle Est Review of International Affairs (MERIA), Vol.5, No.2 (Summer 2001]. Pour la premi\u00e8re fois, la Turquie reconna\u00eet officiellement des liens privil\u00e9gi\u00e9s avec Isra\u00ebl. Ce rapprochement se d\u00e9roule sous l\u2019\u0153il bienveillant des Etats-Unis qui voient ainsi \u00e9merger dans cette r\u00e9gion conflictuelle un couple puissant capable de pr\u00e9server la stabilit\u00e9, maintenir un \u00e9quilibre et permettant ainsi de contenir les Etats voyous. Pour Isra\u00ebl, disposer de cet alli\u00e9 pro-occidental aux racines islamo-arabes lui ouvre les portes d\u2019une int\u00e9gration au sein de cette r\u00e9gion o\u00f9 son isolement constitue son probl\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9 principal. Il s\u2019agit de ne plus para\u00eetre comme l\u2019ennemi du monde arabe, sentiment provoqu\u00e9 par le conflit palestinien qui perdure. Pour la Turquie, il s\u2019agit de s\u2019ancrer durablement \u00e0 l\u2019Ouest, en s\u2019assurant la protection des Etats-Unis et de l\u2019Union europ\u00e9enne [[ \u201cThe Resilience of Israeli-Turkish relations\u201d, par Efraim Inbar, in Israel Affairs, Vol 11, No.4, Octobre 2005, pp.591-607.]]. Les tentatives de contre-alliances arabes, avec la Syrie \u00e0 leur t\u00eate, n\u2019ont pas permis de voir \u00e9merger une alternative s\u00e9rieuse capable de tenir t\u00eate aux deux pays et de briser cette h\u00e9g\u00e9monie r\u00e9gionale.\n\nL\u2019arriv\u00e9e de l\u2019AKP au pouvoir en Turquie va bouleverser la donne [[ \u201cTurkish foreign policy towards Israel: the implications of Turkey\u2019s Relations with the West\u201d, par Tolga Turann. Th\u00e8se soutenue \u00e0 la Graduate School of Social Sciences of Middle East Technical University, 2008.]]. La nouvelle orientation politique turque engag\u00e9e depuis 2002 n\u2019est cependant pas oppos\u00e9e \u00e0 entretenir des relations cordiales avec les puissances occidentales. Il convient de nuancer en pr\u00e9f\u00e9rant analyser ce revirement comme un repositionnement strat\u00e9gique. Si dans les ann\u00e9es nonante, il importait pour la Turquie de se montrer exclusivement comme un fid\u00e8le alli\u00e9 du camp occidental au risque de s\u2019ali\u00e9ner ses voisins arabes, il s\u2019agit d\u00e9sormais d\u2019entretenir de bonnes relations avec son voisinage. Cette nouvelle politique \u00e9trang\u00e8re peut d\u00e8s lors \u00eatre d\u00e9finie avant tout comme rationnelle, pragmatique et en faveur de la maximisation de ses int\u00e9r\u00eats nationaux. Situ\u00e9 dans une zone de turbulence g\u00e9ostrat\u00e9gique, le pays doit faire face aux diff\u00e9rentes menaces venant du Proche-Orient, mais \u00e9galement du Caucase et de l\u2019Asie centrale. En tant que \u00ab pont \u00bb entre ces r\u00e9gions et l\u2019Occident, Ankara ne peut plus se permettre de voir une hostilit\u00e9 arabo-islamique grandissante se d\u00e9velopper contre elle [[  \u201cStar and crescent: Turco-Israeli partnership in a tough neighborhoud\u201d, par Joseph Codispoti, Air War College Air University, Maxwell paper no.22, 2000.]]. Face \u00e0 un \u00e9lectorat visiblement irrit\u00e9 par un pro-occidentalisme jug\u00e9 parfois comme trop aveugle, l\u2019AKP, parti \u00e0 l\u2019identit\u00e9 islamique,  a voulu imprimer sa marque d\u00e8s son arriv\u00e9e au pouvoir. Notons que cette mise \u00e0 distance de l\u2019Occident peut s\u2019expliquer \u00e9galement par le fait que l\u2019AKP a voulu montrer son impatience face aux atermoiements europ\u00e9ens au sujet du d\u00e9bat \u2013 qui n\u2019en finit pas &#8211; de l\u2019entr\u00e9e du pays dans l\u2019Union. \n\nLa premi\u00e8re indication du changement politique a eu lieu lorsque la Turquie a refus\u00e9 en 2003 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 son territoire aux \u00c9tats-Unis qui lui aurait ainsi permis d\u2019ouvrir un front Nord dans le conflit contre l\u2019Irak. Jusque l\u00e0 consid\u00e9r\u00e9 comme un alli\u00e9 fiable par les \u00c9tats-Unis et Isra\u00ebl, la Turquie lance donc officiellement sa nouvelle politique \u00e9trang\u00e8re. Dans les ann\u00e9es qui suivent, elle entame des pourparlers avec la Syrie, pays consid\u00e9r\u00e9 pourtant comme le soutien ind\u00e9fectible des mouvements terroristes chiites Hezbollah, du Hamas et m\u00eame du PKK kurde;  et d\u00e9veloppe un programme nucl\u00e9aire militaire jug\u00e9 mena\u00e7ant.  La Turquie se rapproche \u00e9galement de l\u2019Iran, pourtant ennemi visc\u00e9ral d\u2019Isra\u00ebl. Refusant de soutenir de nouvelles sanctions \u00e0 son encontre au sujet de son programme nucl\u00e9aire, elle a f\u00e9licit\u00e9 le Pr\u00e9sident Ahmadinejad lors de sa r\u00e9\u00e9lection en 2009, et cela malgr\u00e9 les \u00e9v\u00e9nements tragiques (r\u00e9voltes populaires mat\u00e9es dans le sang) qui ont \u00e9maill\u00e9 le scrutin.  Tout au long de la d\u00e9cennie 2000, la Turquie a jou\u00e9 la carte du r\u00e9alisme politique en s\u2019assurant de pr\u00e9server la stabilit\u00e9 au Proche-Orient, qui passe selon elle par un axe Iran-Syrie-Turquie [[ \u00ab Israeli-Turkish tensions and beyond\u201d, par Efraim Inbar, Turkish Policy Quarterly, Vol.8, No.3.]]. Cette politique provoque la pr\u00e9occupation des occidentaux mais \u00e9galement des pays arabes sunnites, alli\u00e9s de ces derniers,  qui voient ainsi un couloir chiite se former et conf\u00e9rer une profondeur strat\u00e9gique  dirig\u00e9e vers l\u2019Europe \u00e0 ce mouvement. Le nouveau statut que la Turquie s\u2019attribue \u00e0 elle-m\u00eame impose des sacrifices. Isra\u00ebl en est la principale victime. Comme le dit Didier Billon, \u00ab L\u2019horizon turc se d\u00e9ploie d\u00e9sormais \u00e0 trois cent soixante degr\u00e9s et son ambition internationale s\u2019affirme \u00bb [[ \u00ab La nouvelle politique ext\u00e9rieure de la Turquie\u2026 Vous avez dit nouvelle ? \u00bb IRIS  policy paper, 8 septembre 2010.]]. La Turquie ne peut donc pas se permettre de jouer la carte de l\u2019unique alliance avec Isra\u00ebl. Les r\u00e9centes d\u00e9clarations du Pr\u00e9sident Shimon Peres faisant \u00e9tat d\u2019une volont\u00e9 isra\u00e9lienne d\u2019attaquer les installations nucl\u00e9aires iraniennes laissent penser qu\u2019Isra\u00ebl aurait fait une croix sur son alliance avec la Turquie et serait pr\u00eat \u00e0 jouer cavalier seul dans la r\u00e9gion, s\u2019appuyant sur sa puissance militaire unique et sur la protection du seul grand fr\u00e8re am\u00e9ricain [[ \u00ab Pour Shimon Peres, une attaque contre l&rsquo;Iran est de plus en plus vraisemblable \u00bb, Le Monde, 6 novembre 2011.]]. On pourrait \u00e9galement analyser cette rh\u00e9torique comme visant uniquement \u00e0 montrer sa puissance au monde arabe, et cela afin de montrer que le nouvel isolement caus\u00e9 par l\u2019affaiblissement du lien avec Ankara n\u2019emp\u00eache pas Tel Aviv de d\u00e9ployer sa puissance.\n\nLa Turquie ne semble pas pr\u00eate \u00e0 revenir \u00e0 sa politique des ann\u00e9es nonante vis-\u00e0-vis de l\u2019\u00c9tat sioniste. La menace irakienne \u00e9limin\u00e9e par l\u2019occupation am\u00e9ricaine est un souci majeur en moins pour Ankara. Les diff\u00e9rends avec la Syrie diminuent progressivement (Damas a accept\u00e9 de ne plus soutenir le PKK kurde en Turquie et a cess\u00e9 ses demandes de r\u00e9cup\u00e9rer la province d\u2019Alexandretta ; tandis que des diff\u00e9rends historiques sur les questions de l\u2019eau tendent \u00e9galement \u00e0 se r\u00e9gler). Les risques de conflits avec la Gr\u00e8ce et Chypre ont \u00e9galement diminu\u00e9, et cela gr\u00e2ce \u00e0 des efforts diplomatiques. Face \u00e0 un environnement r\u00e9gional nettement moins mena\u00e7ant, la Turquie peut se permettre de ne plus compter que sur ses seuls amis occidentaux [[  \u00ab Israeli-Turkish tensions and beyond\u201d, par Efraim Inbar, Turkish Policy Quarterly, Vol.8, No.3.]].  \n\nL\u2019alliance officialis\u00e9e en 1996 pr\u00e9sentait une fragilit\u00e9. Pendant les conflits ayant oppos\u00e9 Isra\u00ebl \u00e0 ses voisins arabes entre 1967 et 1973, la relation entre la Turquie et Isra\u00ebl s\u2019\u00e9tait refroidie. Dans les ann\u00e9es quatre-vingts,  le pi\u00e9tinement dans le r\u00e8glement du conflit palestinien et les violences qui ont entour\u00e9 cette situation ont contribu\u00e9 ensuite \u00e0 voir s\u2019\u00e9loigner les deux pays. M\u00eame si l\u2019alliance forg\u00e9e dans les ann\u00e9es nonante est essentiellement strat\u00e9gique, il est important de souligner qu\u2019elle s\u2019est faite \u00e0 la faveur d\u2019un apaisement dans ce conflit et d\u2019un regain d\u2019int\u00e9r\u00eat isra\u00e9lien pour le r\u00e9gler, ce qui permettait \u00e0 la Turquie de l\u00e9gitimer cette alliance aux yeux des autres pays arabes ainsi que de sa population [[  \u201cTurkish-Israeli Regional Cooperation during 1990\u2019s\u201d, par Col.Mohammad Alsarhan, US Army War College, Pensylvania.USAWC Strategie research project.]]. La fin des ann\u00e9es 2000 a vu Isra\u00ebl durcir sa politique vis-\u00e0-vis du conflit, allant jusqu\u2019\u00e0 mener des guerres contre le Hamas dans la bande de Gaza et le Hezbollah au Liban. La Turquie, aux prises avec une opinion publique interne m\u00e9contente, n\u2019a pas manqu\u00e9 d\u2019\u00e9mettre des critiques virulentes \u00e0 l\u2019encontre d\u2019Isra\u00ebl \u00e0 cet \u00e9gard [[  \u201cTurkish foreign policy towards Israel: the implications of Turkey\u2019s Relations with the West\u201d, par Tolga Turann. Th\u00e8se soutenue \u00e0 la Graduate School of Social Sciences of Middle East Technical University, 2008.]]. \n\nMais la Turquie n\u2019a pas non plus int\u00e9r\u00eat \u00e0 s\u2019ali\u00e9ner les \u00c9tats-Unis et Isra\u00ebl. Afin d\u2019acc\u00e9der \u00e0 son r\u00f4le de puissance r\u00e9gionale, elle doit continuer \u00e0 entretenir de bonnes relations avec Isra\u00ebl, qui reste un acteur strat\u00e9gique-cl\u00e9, par sa puissance dans la r\u00e9gion. Elle n\u2019a donc pas pour autant couper les ponts totalement avec lui. Certains exercices militaires perdurent et le commerce bilat\u00e9ral, m\u00eame s\u2019il n\u2019atteint pas les niveaux atteints pendant les ann\u00e9es nonante, est toujours florissant. Les visites diplomatiques officielles continuent et la coop\u00e9ration dans des projets \u00e9nerg\u00e9tiques est toujours d\u2019actualit\u00e9 (p\u00e9trole, gaz, \u00e9lectricit\u00e9, eau, etc.). Les tensions sont pr\u00e9sentes, mais nous sommes toutefois loin de la rupture [[  \u201cTurkish foreign policy towards Israel: the implications of Turkey\u2019s Relations with the West\u201d, par Tolga Turann. Th\u00e8se soutenue \u00e0 la Graduate School of Social Sciences of Middle East Technical University, 2008.]].\n\nD\u00e9sormais, la Turquie, forte de sa position g\u00e9ographique et de ses racines historiques, d\u00e9sire se placer en tant que puissance r\u00e9gionale capable de jouer le r\u00f4le de m\u00e9diateur dans les conflits afin de pr\u00e9server la stabilit\u00e9 dans son environnement proche. Il s\u2019agit pour le pays d\u2019acc\u00e9der \u00e0 une place privil\u00e9gi\u00e9e dans le concert des nations, ce qui explique son dynamisme au sein des forums \u00e9conomiques et politiques internationaux, comme le G20, l\u2019Organisation de la Conf\u00e9rence Islamique et le Conseil de S\u00e9curit\u00e9 des Nations Unies [[ \u201cThe New Turkish republic: Turkey as a pivotal state in the Muslim World\u201d, par Graham E. Fuller, Ed.United States Institut of Peace, 2008.]]. Elle offre ainsi ses bons offices pour de possibles n\u00e9gociations afin d\u2019am\u00e9liorer les relations entre Isra\u00ebl et ses ennemis syriens, iraniens, ainsi que du Hamas et du Hezbollah [[  \u201cTurkey and Israel\u2019s relationship in the Middle East\u201d, par Joshua Walker,  in Mediterranean Affairs, Inc., 2006.]]. Si pour l\u2019instant aucun r\u00e9sultat notable n\u2019est \u00e0 souligner, la Turquie aura au moins eu le m\u00e9rite de regagner la confiance de la population arabe du Proche-Orient qui voit en elle une puissance protectrice face \u00e0 l\u2019Occident. Sa s\u00e9curit\u00e9 est donc assur\u00e9e pour autant qu\u2019elle continue cette politique  d\u2019ouverture vis-\u00e0-vis des pays arabes.\n\nLa mont\u00e9e en puissance de la Turquie, se positionnant comme un pivot r\u00e9gional d\u2019importance au d\u00e9triment d\u2019une alliance pro-occidentale avec Isra\u00ebl, pourrait \u00eatre vue positivement par les \u00c9tats-Unis. Sentant que sa supr\u00e9matie globale est depuis longtemps menac\u00e9e mais d\u00e9sirant n\u00e9anmoins rester num\u00e9ro un, Washington aurait int\u00e9r\u00eat \u00e0 voir un acteur-pivot \u00e9merger au Moyen-Orient. Tant que les relations avec ce dernier sont meilleures que les relations que le pivot entretient avec ses pays voisins du Proche-Orient, les \u00c9tats-Unis ne voient pas leurs int\u00e9r\u00eats g\u00e9ostrat\u00e9giques menac\u00e9s. M\u00eame si elle \u00e9tait per\u00e7ue positivement, l\u2019alliance privil\u00e9gi\u00e9e entre la Turquie-Isra\u00ebl aurait pu, \u00e0 terme, constituer une menace pour les Am\u00e9ricains si ce couple avait d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019\u00e9carter des int\u00e9r\u00eats de Washington et de former une contre-alliance. En effet, les deux \u00c9tats ont vu, gr\u00e2ce \u00e0 leur collaboration, leur puissance (militaire, politique, \u00e9conomique) s\u2019accro\u00eetre consid\u00e9rablement. La nouvelle politique turque constitue donc en ce sens un r\u00e9\u00e9quilibrage en faveur de l\u2019int\u00e9r\u00eat am\u00e9ricain, mais au d\u00e9triment d\u2019Isra\u00ebl, qui se trouve de nouveau isol\u00e9 dans un environnement arabe chiite hostile. \n\nEn s\u2019appuyant sur la r\u00e9flexion apport\u00e9e par le Pentagon\u2019s Map [[\u201cThe Pentagon\u2019s New Map\u201d, par Thomas P.M. Barnette, in Esquire politics Blog, 1er mars 2003.]], la Turquie pourrait jouer le r\u00f4le de soudure entre les \u00c9tats de la faille du Proche-Orient (les \u00c9tats faillis ou voyous comme l\u2019Iran et la Syrie) et le c\u0153ur (les grandes puissances, dont les \u00c9tats-Unis). Une alliance de la Turquie avec Isra\u00ebl, de par l\u2019identit\u00e9 et la m\u00e9fiance des pays arabes \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ce dernier, risquerait de compromettre la mission conf\u00e9r\u00e9e \u00e0 la Turquie de faciliter l\u2019int\u00e9gration de ces \u00c9tats au sein du syst\u00e8me de libre-\u00e9change mondial garant de la paix globale.\n\nMais au final, les \u00c9tats-Unis doivent-ils craindre la Turquie, lui conf\u00e9rant ainsi le r\u00f4le de peer-competitor [[  \u00ab Le Concept de Peer Competitor \u00bb, in La politique \u00e9trang\u00e8re am\u00e9ricaine apr\u00e8s la guerre froide et les d\u00e9fis asym\u00e9triques, Presses universitaires de Louvain, Louvain-la-Neuve, 2003.]], c\u2019est-\u00e0-dire un pays capable et voulant d\u00e9fier \u00e0 terme leur puissance dominante \u00e0 l\u2019\u00e9chelle globale ? \n\nSi la Turquie est encore loin de constituer un acteur global, la r\u00e9ponse am\u00e9ricaine actuelle \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de l\u2019acteur turc se rapproche de la strat\u00e9gie de conciliation, en mettant en avant les int\u00e9r\u00eats communs et \u00e9vitant ainsi d\u2019en faire un concurrent. La strat\u00e9gie de la cooptation est \u00e9galement de mise. La puissance turque \u00e9tant encore bien faible au regard de l\u2019am\u00e9ricaine, les \u00c9tats-Unis peuvent donc lui pr\u00e9senter les r\u00e8gles du jeu en lui signifiant qu\u2019il vaut mieux les suivre car elles sont meilleures. Cela permettra, si la Turquie parvient un jour \u00e0 concurrencer la puissance am\u00e9ricaine, d\u2019\u00eatre certains qu\u2019elle continuera \u00e0 suivre ces r\u00e8gles. La Turquie ne d\u00e9sire pas briser ses liens avec l\u2019Occident et esp\u00e8re encore int\u00e9grer l\u2019Union europ\u00e9enne. Il est donc fort \u00e0 parier que la Turquie se pliera aux conditions \u00e9mises par Washington, \u00e0 savoir assurer une stabilit\u00e9 r\u00e9gionale par le containment des \u00c9tats voyous,  tout en promouvant le libre-\u00e9change et la d\u00e9mocratie.\n\nPour la Commission Justice et Paix, les atermoiements g\u00e9opolitiques qui lient les puissances ne doivent pas leur faire oublier que la recherche de la paix doit constituer l&rsquo;objectif premier de toute action diplomatique. Si nous saluons les nombreux canaux qui permettent le dialogue entre les acteurs et qui permettent ainsi d&rsquo;\u00e9viter les guerres, force est de constater que la r\u00e9gion du Proche-Orient est soumise \u00e0 de rudes turbulences. La tension entre l&rsquo;Iran et Isra\u00ebl est \u00e0 son comble, la Syrie est au bord de l&rsquo;implosion et enfin, la question palestinienne est loin d&rsquo;\u00eatre r\u00e9gl\u00e9e, en t\u00e9moignent les derniers affrontements de novembre 2012 entre le Hamas et Isra\u00ebl dans la bande de Gaza&#8230;En tant que citoyens belges, nous avons le pouvoir d&rsquo;interpeller nos d\u00e9cideurs politiques afin de les inviter \u00e0 prendre position fermement dans les forums internationaux en faveur d&rsquo;un Proche-Orient en paix!\n<\/bloc>\n\n\n<em> <em> Santiago Fischer <\/em> <\/em>\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Documents joints<\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-file\"><a href=\"http:\/\/demop.netbaz.be\/2021\/jp\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/pdf_2012_Analyse_Pourquoi_la_Turquie_n_est_plus_le_meilleur_allie_d_Israel.pdf\">Pourquoi la Turquie n\u2019est plus le meilleur alli\u00e9 d\u2019Isra\u00ebl ?<\/a><\/div>\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 27 octobre 2011, Isra\u00ebl envoyait une aide humanitaire d\u2019urgence en Turquie \u00e0 la suite du tremblement de terre ayant touch\u00e9 l\u2019Est du pays [1] \u00ab S\u00e9isme en Turquie. L&rsquo;aide humanitaire isra\u00e9lienne est arriv\u00e9e \u00bb, Le Nouvel Observateur, 27 octobre 2011. . Ce coup de main \u00e9tait accept\u00e9 par la Turquie, et cela malgr\u00e9 les [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"","_seopress_titles_desc":"","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"categories":[2722],"tags":[2795,2805,2822,2827,2825,2834],"class_list":["post-12091","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles-nos-publications","tag-article","tag-geopolitique","tag-mondialisation","tag-paix-securite-defense","tag-prevention-des-conflits","tag-union-europeenne"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12091","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=12091"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/12091\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12091"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=12091"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.justicepaix.be\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=12091"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}