Colombie

La Colombie est un pays situé au nord-ouest du continent sud-américain. Il s’étend sur 2.070.408 km² et compte aujourd’hui environ 48.424.483 habitants.

Contexte historique

La période coloniale se situe entre 1572 et 1810, année qui marque le début de son processus d’indépendance.

Ce premier siècle républicain sera une période turbulente pour les jeunes républiques latino-américaines. Dans le cas de la Colombie, deux conceptions de l’état s’opposent - l’une fédéraliste (plus libérale et laïque) et l’autre centraliste (plutôt conservatrice et fondé sur la religion catholique) - ce qui mènera à de forts combats politiques qui se traduiront en guerres civiles successives jusqu’à la fin du siècle.

XXème siècle

Le début du XXème siècle est néanmoins plus stable et permet l’affirmation de l’autorité de l’état sur le territoire. C’est une période marquée par l’essor de l’économie du café comme produit d’exportation. On pense aussi à la United Fruit Company qui installe la production de banane à exportation vers les Etats Unis, et débute aussi l’exploitation pétrolière par l’entreprise américaine Standard Oil.

Les revenus des exportations du café, notamment, permettent une certaine croissance. Cependant, les inégalités se renforcent autour de l’accès à la terre qui reste limité pour les paysans, les populations autochtones et afro-descendantes.
Plusieurs grèves voient le jour et sont tout de suite fortement réprimées, surtout dans les enclaves bananiers et pétrolifères.

Le massacre des bananeraies de 1928 est un des épisodes les plus noirs de cette époque - lorsqu’un groupe de l’armée colombienne ouvre le feu sur des travailleurs grévistes de la United Fruit Company, dont plusieurs centaines sont morts.

Dans un contexte mondial instable à l’issue de la Grande crise de 1929, . Pendant que les pays dits développés entrent dans un contexte de guerre, certains secteurs, autrefois concurrencés par les importations, se développent en Colombie - notamment l’industrie textile. Plusieurs réformes sont mises en place au niveau constitutionnel dont, notamment, une réforme agraire visant à mettre fin aux affrontements dans les campagnes entre les grands propriétaires terriens et leurs ouvriers agricoles.

Les réformes libérales sont fortement contestées par le parti et les secteurs plus conservateurs.

Les années suivantes, on observe un recul dans la mise en oeuvre des réformes sociales, ainsi qu’une contre-réforme agraire en faveur des grands propriétaires terriens.

Cela lance Jorge Eliecer Gaitán aux présidentielles de 1946. Sa popularité et son rapprochement des bases populaires effrayent le parti conservateur, ainsi que les factions plus conservatrices au sein de son parti. Le 9 avril 1948, il est assassiné à Bogotá dans des conditions ambiguës, déclenchant une révolte violente, “El Bogotazo”.

La Violencia

C’est un crime qui marquera l’histoire de la Colombie, puisqu’il ouvre vers une époque sombre appelé La Violencia : les divisions politiques entre libéraux et conservateurs se cristallisent dans les zones rurales, où il y aura une forte persécution des sympathisants libéraux et de gauche par des milices et groupes armés conservateurs. Ainsi évoluent des groupes d’autodéfense paysanne et les premières guérillas voient le jour. Près de 300.000 morts, des déplacements de populations massifs auraient été produits pendant cette époque. Elle se terminera par la mise en place du Front National en 1958, un accord politique entre les partis libéral et conservateur, qui s’alternent au pouvoir jusqu’en 1974.

Malgré les affrontements dans les campagnes, l’économie du café, du pétrole et de l’or pour l’exportation se développent. Dans les villes, quelques industries se renforcent grâce aux politiques d’industrialisation par substitution d’importations.

Lorsque La Violencia prend fin en 1958, porteurs des idéaux révolutionnaires de l’époque et animés par l’exemple de la révolution cubaine, plusieurs groupe d’autodéfense paysannes se constituent en guerrillas dites marxistes, dont les plus représentatives seront les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC-EP) et l’Armée de libération nationale (ELN). Plusieurs autres formes de résistance armée suivront les décennies postérieures.

Dans le contexte de la guerre froide et sous une forte idéologie anticommuniste, les gouvernements successifs tant libéraux que conservateurs, peinent à trouver des solutions politiques au conflit armé, et de nombreuses tentatives échouent. La répression policière et militaire est souvent la réponse de l’état face à toute expression politique assimilée à la gauche.

Ce contexte se complexifie d’autant plus avec l’essor du narcotrafic. Les guerrillas, pour se financer, demandent un impôt de guerre aux grands propriétaires terriens. Face aux actions d’extorsion des guérillas, entre autres, les propriétaires terriens, parmi lesquels se trouvaient aussi des narcotrafiquants ayant acquis ou confisqué des grandes propriétés, créent ou s’allient souvent à des groupes d’autodéfense privés - ou paramilitaires. On trouvera par la suite une collusion entre militaires et paramilitaires, dans le cadre d’une politique contre-insurrectionnelle.

D’autre part, puisque la guerre se prolonge et les sources de financement diminuent, les guerrillas prennent progressivement le contrôle de plusieurs champs de production et chemins de distribution de coca. Le conflit colombien dégénère et est suivi d’une période très violente. Les affrontements entre guérillas, militaires et paramilitaires pour le contrôle territorial se produisent en milieu rural, où la présence de l’état est souvent faible ou inexistante. Le conflit armé produira, jusqu’à nos jours, plus de 250.000 morts, près de 80.000 personnes disparues et près de 7.000.000 de personnes déplacées en interne.

Les années 90

Les années 90 voient la signature d’une nouvelle constitution - fondée sur la reconnaissance des droits humains, l’ouverture politique signant la fin du bipartisme et la décentralisation donnant plus d’autonomie aux régions et départements, la reconnaissance de la Colombie en tant que nation pluriculturelle, dont les droits des peuples autochtones et afrodescendants sont mis en avant. En même temps, cette époque est marquée par une ouverture économique forte, un régime néolibéral fondé sur les réformes d’ajustement structurel, dans le contexte du Consensus de Washington.

C’est ainsi que le secteur industriel, face à la concurrence étrangère et la diminution des protections de l’état (subsides, tarifs douaniers, etc.), recule très fortement, les services publics sont progressivement et massivement privatisés. Le secteur des services, ainsi que l’économie extractive - tant pétrolifère que minière - se développe grâce aux investissements directs étrangers (IED), ainsi que la mise en place de projets d’intégration régionale et des traités de libre-échange avec plusieurs pays sous la promesse de la croissance et du développement économique.

Nous observons cependant un re-primarisation de l’économie, à savoir une croissance fondée sur le secteur primaire - monocultures agricoles, notamment l’huile de palme, la canne à sucre (pour la production du bioéthanol), le café ; l’exploitation minière et pétrolière, ainsi que la construction d’infrastructures de grande envergure. Lorsque les prix du pétrole se trouvaient à la hausse sur les marchés mondiaux - notamment entre X et X - la Colombie a bénéficié de forts taux de croissance économique. A partir de 2014, nous observons une tendance à la baisse et une situation de récession économique de X jusqu’à présent.

Contexte actuel

Dernièrement, depuis 2012, sous la présidence du président Juan Manuel Santos, la Colombie entame des pourparlers de paix avec la guérilla des FARC, après plus de 50 ans de conflit armé. Plus de 4 ans de négociations autour de 5 points jugés les pierres angulaires de l’accord - (1) réforme rurale intégrale, (2) participation politique (3) justice transitionnelle et réparation des victimes (4) solution au problème du narcotrafic (5) fin du conflit.

Il faut remarquer la centralité des victimes et leur participation fondamentale pour l’avancement de certains droits - notamment le chapitre sur les violences faites aux femmes dans le cadre du conflit armé et du besoin d’une “approche différentielle”, qui prend en compte la spécificité du vécu des femmes et de la communauté LGBTI+, ainsi que du chapitre ethnique, qui aborde les vécus et les attentes des peuples autochtones et afrodescendants.

Suite à un référendum négatif en octobre 2016, l’accord a été signé fin novembre 2016. L’implémentation de cet accord est cependant mise en question par les secteurs les plus radicaux contre l’accord, et marque le contexte politique actuel. Ivan Duque, représentant d’un des courants les plus réactionnaires face à l’accord, a été élu nouveau président de la Colombie en juin 2018.

Sources :
- Melo, Jorge Orlando. Historia Mínima de Colombia. Colegio de Mexico. 2017
- Tierra en disputa
- Observatorio de Memoria y Conflicto
- Actualidad de los procesos de paz en Colombia