Mexique

Un siècle après avoir obtenu l’indépendance de l’Espagne (1821), le Mexique s’est proclamé République fédérale à régime présidentiel en 1917, sous l’égide du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI). Ce dernier, fondé par les réformistes sortis gagnants de la révolution de 1910, a gouverné le Mexique de 1920 à 2000, jusqu’à ce que le candidat du parti de centre-droite PAN, Vicente Fox, gagne les élections présidentielles. En 2012, Enrique Peña Nieto est élu président, permettant ainsi au PRI de retourner au pouvoir.

Pendant ses 80 ans de gouvernance, le PRI a privilégié une économie fondée sur les exportations de pétrole et l’achat de grandes quantités de crédits externes, de telle sorte qu’aujourd’hui le Mexique est le 14ème pays en termes de réserves d’or et de devises. Ayant obtenu le pouvoir suite à la révolution, le PRI a accordé la priorité à la stabilité politique interne. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre la loi de 1915 pour la redistribution des terres aux agriculteurs, qui portera sur plus de 400 000 km2 de terres redistribuées à travers la création de propriétés collectives (ejidos). L’objectif de stabiliser la situation politique interne est privilégié par le PRI au détriment de la création d’un système économique viable, qui aurait requis la substitution des importations par les productions nationales.
Ces choix ont créé une forte dépendance du Mexique vis-à-vis de l’économie internationale, avec des répercussions négatives comme lors de la crise financière de 1982 liée à la chute du prix du pétrole. Comme réponse à cette crise, le gouvernement a opté pour la libéralisation économique et la diminution ultérieure de l’intervention étatique, non seulement au niveau économique, mais aussi politique et social. De ce fait, une politique industrielle nationale n’a pas vu le jour, empêchant l’intégration de la production locale dans les secteurs d’exportation. Nombre d’entreprises ont été privatisées. Aussi, dans le but d’attirer les investissements étrangers et d’accroître la compétitivité économique, le PRI a procédé à la compression des salaires et à des politiques de travail restrictives. En outre, les subsides aux ejidos ont été abandonnés et l’État providence a été limité à des fonctions résiduelles d’assistance. Par ailleurs, dans le cadre de cette transition néolibérale, en 1992, le PRI a amendé l’article 27 de la réforme agraire afin de privatiser les terres qui étaient auparavant sous le régime collectif des ejidos. En démantelant l’un des résultats les plus significatifs de la révolution mexicaine de 1910, cette nouvelle Loi agraire représente un changement structurel dans le système économique du Mexique.

La création d’un marché foncier a obligé les agriculteurs à migrer pour travailler comme main-d’œuvre bon marché. Ce processus s’est aggravé avec l’entrée en vigueur de l’Accord de Libre Échange Nord-Américain (NAFTA) en 1994. Environ 2 million de personnes ont dû abandonner leur ferme à cause des prix concurrentiels des produits venant des Etats-Unis, en particulier du maïs, cultivé aux USA et soutenus par des subsides gouvernementaux, et de de la facilitation des investissements étrangers. A l’heure actuelle, 81% des exportations et 46,6% des importations mexicaines se font vers et depuis les Etats-Unis. Dans le sud du pays, le mécontentement de la population a abouti à la révolution zapatiste en 1994 visant à lutter contre le système économique néolibéral, responsable des atteintes aux droits des travailleurs et de la réduction des dépenses sociales.

La dépossession des terres, de même que la négligence des besoins et des droits des minorités indigènes existantes au Mexique, qui représentent 13% de la population (12.7 millions de personnes, qui parlent 62 langues différentes), a donc donné naissance à une pluralité de mouvements, d’initiatives et d’organisations locales qui veulent affirmer un modèle alternatif à celui du capitalisme. Alors que le président actuel Peña Nieto s’efforce de promouvoir la croissance économique, la priorité donnée au profit est mise en question face au besoin de protéger la Terre Mère et de prendre en considération les revendications des peuples indigènes, trop longtemps négligées. Ainsi, le modèle économique capitaliste est lui-même contesté par la nécessité d’affirmer une société pluraliste, inclusive et respectueuse de tout être.