Honduras

Le Honduras, pays d’Amérique centrale situé entre le Guatemala et le Nicaragua est, à l’instar des autres États de la région, dans une phase délicate de transition économique et démocratique. Ce pays de 8.5 millions d’habitants qui a acquis, dans le sillage des autres colonies espagnoles d’Amérique, son indépendance en 1821, peine à prendre un virage sérieux aux niveaux économique et politique. Minées par une importante corruption (45ème pays le plus corrompu au monde), les institutions politiques du pays demeurent instables et s’efforcent d’obtenir une légitimité vis-à-vis d’une population où le taux d’homicide volontaire est le 2ème plus important à l’échelle mondiale. Par ailleurs, le pays demeure fort dépendant de la conjoncture économique régionale et internationale ainsi que de la politique commerciale de ses partenaires privilégiés comme les USA.
Fox News
Aujourd’hui établie comme République parlementaire, bien que fragile, Tegucigalpa a connu une évolution politique similaire à d’autres pays d’Amérique latine, marqués par des régimes populistes et militaires d’après-guerre. L’adoption d’une nouvelle Constitution en 1980 augure l’apparition d’un multipartisme au sein du pays, synonyme d’une évolution démocratique concrète. Néanmoins, en juin 2009, un coup d’État fomenté par l’armée provoque l’éviction du président de centre-gauche, Manuel Zelaya (parti libéral), et remet en question bon nombre d’acquis démocratiques. Ce revers politique implique le retour de principes anti-démocratiques comme la censure ou l’utilisation arbitraire de la force armée. L’élection présidentielle anticipée de novembre 2009 aboutit à l’élection de Porfirio Lobo (parti national) mais fait l’objet de vives contestations au sein de la population (par son issue et son processus électoral jugé illégitime). Malgré cela, la communauté internationale prend acte du scrutin, élargissant la fracture entre une partie de la population et ses institutions politiques. Depuis le coup d’État de juin 2009, chaque scrutin fait l’objet de suspicions de fraude électorale. Le 26 novembre 2017, la réélection de Juan Orlando Hernandez (parti national) en tant que président de la République est vivement contestée, générant de violentes manifestations. Le 1er décembre, l’État d’urgence est décrété en Honduras. 17 jours plus tard, après un recomptage des voix et l’étude de certaines irrégularités, le Tribunal suprême électoral entérine la victoire de Juan Orlando Hernandez, par 42,95% des voix contre 41,24% pour son rival de gauche : Salvator Nasralla. Simultanément, l’OEA (Organisation des États américains), qui regroupe les pays d’Amérique, soulève à travers un rapport de nombreuses incohérences antérieures et postérieures au scrutin. Le secrétaire général de l’OEA, Luis Almagro, appellera le Honduras à organiser une nouvelle élection, option que le gouvernement écartera aussitôt.

Si le développement et l’économie hondurienne dans son ensemble pâtissent de structures institutionnelles incertaines, d’autres facteurs impactent aussi négativement l’économie du pays : la corruption et la violence générées par les gangs et le trafic de drogue. Selon la Banque Mondiale, la criminalité coûte au Honduras 10% du PIB, ce dernier culminant à 22,6 milliards $ en 2017. En outre, le spectre du coup d’État génère encore aujourd’hui une méfiance des agents économiques étrangers vis-à-vis du pays (même si une reprise positive de la croissance est à souligner depuis 2014). La politique commerciale hondurienne s’appuie sur des partenariats régionaux privilégiés, notamment avec les USA (dépendance importante), le Mexique ou encore le Guatemala. Identifié comme un des pays les plus inégalitaires et les plus pauvres du monde, le Honduras possède une économie dominée massivement par le secteur des services (64% du PIB), suivi du secteur industriel (25,5% du PIB) et d’un secteur agricole relativement faible (12% du PIB). Néanmoins, les produits agricoles et agroalimentaires représentent 40% du total des exportations du Honduras. Le pays jouit de nombreuses ressources naturelles : mines, forêts abondantes, café, bananes, cannes à sucre… Mais les bénéfices économiques de l’exploitation de ces ressources ne bénéficient pas à la population dans son ensemble, puisque 66% de celle-ci vit aujourd’hui sous le seuil de la pauvreté (la sécurité alimentaire et la souveraineté alimentaire restent des enjeux majeurs). Enfin, les ressources et les marchés publics sont accaparés par de puissants oligarques qui, à travers un système clientéliste et corrompu, n’hésitent plus aujourd’hui à menacer et évincer ceux qui s’opposeraient à cette domination et à la primauté des intérêts économiques sur la préservation de l’environnement et de l’espace social.